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Le moine et le boucher.

Toi, puisqu'il s'agit bien de cela dont je vais te parler. Toi !

Nous nous sommes fâchés le week-end dernier et cela m'attriste. Chacun est reparti en silence, le cœur cognait, mais pas de la bonne manière. Je tiens à préciser mon propos. Je n'ai pas dit que je m'ennuyais avec toi, mais qu'il me manquait un petit quelque chose, une dimension, un parfum, pour m'abandonner pleinement. J'ai sans doute été maladroite dans mes termes, mais en y réfléchissant, je ne reviens pas sur ces paroles, car elles étaient au plus près de mon ressenti.

Tu es le plus doux des amants. Tu me caresses le corps en cartographe délicat, tu traces des routes plaisantes et sensibles sur mon corps-monde. Tes mains m'enrobent, me frôlent, glissent en l'humide et semblent s'y plaire. Ta langue, chéri, sait aussi s'attarder sur mes recoins les plus tendres, les plus nerveux, et tu n'es pas avare de tes soins. Alors, oui je fonds à ta tiédeur, j'ai souvent le cœur au bord des lèvres et cela me procure beaucoup de plaisir quand ensuite je viens m'empaler sur toi. Ne noircis pas le tableau ! Tu es toujours excessif, toujours, sauf au jeu de l'amour. Tu me traites en déesse, en divinité, et je ne suis qu'une femme, un être de chair comme toi, imparfait, bourré de contradictions. Alors oui, mon tendre, j'aime ce profond respect que tu as pour moi, mais ce n'est qu'une dimension de toi. Je sais que derrière, il y a un autre qui se cache, parce qu'il a peur d'être jugé, parce qu'il s'ignore peut-être ? Tu te souviens de ces mots de Cioran « Un moine et un boucher se bagarrent à l'intérieur de chaque désir » Eh bien c'est un peu ce que je voudrais te dire. Garde ce côté moine, respectueux, dévoué, mais laisse aussi venir le boucher, celui qui tranche, qui s'attaque à la chair pour ce qu'elle est, sans états d'âme. Laisse venir la bête sur la belle, abandonne-toi à ton instinct, car cela voudra dire pour moi que tu as une profonde confiance. Soyons clairs, j'aurais détesté que tu le fasses au début. Cette douceur était nécessaire, nous nous connaissions peu et mal, mais aujourd'hui, il est grand temps, je pense, d'explorer à nouveau, et c'est toi que je veux, toi dans toutes tes dimensions. Je ne sais pas où tu es aller pêcher l'idée que j'en voulais un autre !

Je ne te demande pas de me cravacher au sang, ni de me lacérer le dos en m'insultant, mais de laisser libre cours à l'animalité que je sens réprimée chez toi. Elle est là, je la vois passer quand j'ondule devant toi. Tes yeux brillent et sont traversés d'éclairs. Alors quand ça se produit, ne te retiens pas, craque le ciel, viens pleuvoir sur moi comme un orage, laisse tonner ton corps et tu me verras tornade de toi. Soyons sismiques de temps en temps, cataclysmiques dans un verre d'eau, tombons du bord de la folie dans le fond du gouffre avec la joie de l'instant. Il n'y a rien de grave dans tout cela, c'est ludique, sans conséquences. Ce seront nos parenthèses, chéri, qui ne changeront pas ce que nous sommes. Révélons-nous l'un à l'autre, explorons ensemble the dark side of the moon avant de revenir à la lumière et je te promets que je serais encore plus douce, encore plus à toi en te connaissant sous d'autres facettes.

Voilà ce que je voulais te dire, mon amant. Je t'aime et je veux te déshabiller l'âme. Je veux que tu me baises en moine défroqué et en boucher délicat, je ne te donne aucun mode d'emploi, aucune indication précise, aucune direction vers mon bonheur, car ce que je veux c'est ta perdition. Viens te perdre en moi, comme je me perdrai en toi.

Laissons nos mains se durcir jusqu'au bout des ongles, confrontons nos corps en ennemis des convenances, soyons le terrain de jeu de l'autre, mordillons, léchons, griffons, geignons, crions, autorisons-nous l'intime conviction sans témoin. Soyons des assassins complices, du quotidien qui nous tue à petit feu. Je te chuchoterai mes désirs fous dans des lieux bondés et tu voudras les exaucer au plus vite parce que tout ce que l'on retient de la vie s'arrache à la sagesse.

Perdons-nous en toute inconscience. C'est comme cela que nous nous trouverons le mieux. Et quand nous nous serons trouvés, nous nous retrouverons et nous baiserons comme des dieux et comme des manants.

Au cas où tu ne serais plus fâché samedi prochain, je serai au café des tilleuls à 22H30. J'aurai des bas comme tu aimes, une jupe de salope et la vulve offerte aux frimas de l'automne. Sous un gros pull, mes seins et mes hanches t'attendront, et si tu tardes trop, il se peut que je me laisse distraire par un autre homme. Eh oui, chéri, je ne suis pas une déesse. Je ne suis qu'une femme. Je te taquine.

Amoureusement, sexuellement,

à toi...

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