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Léa

C’était juste après le bac, nous étions un peu désorientés par notre nouvelle vie étudiante à la faculté. Nous éprouvions une grande liberté, nous étions loin de nos parents. Il fallait faire preuve d’autonomie, s’organiser, se repérer, identifier les lieux utiles.

Des clans se formaient… Je flânais avec mon ami Alexandre et une fille dénommée « Léa » que nous avions rencontrée. Nous traînions partout ensemble sur le campus, ce qui faisait dire à certains que nous formions un trio et que nous couchions ensemble… Pourtant à cette époque, bien que subissant, tous les trois, la viridité de notre jeunesse nous n’avions pas d’idées bien définies sur notre sexualité et à vrai dire nous n’étions pas très expérimentés. Souvent, nous nous réunissions dans sa chambre d’étudiante et nous nous asseyons côte à côte pour lire des poèmes à haute voix. Nous adorions les œuvres de Baudelaire, de Lord Byron et de William Blake. Nous fuyons les soirées dansantes et les nuits de fêtes pleines d’étudiants alcoolisés. Nous nous complaisions dans une sorte de romantisme noir…

Je ne veux pas dire que nous étions totalement innocents, car je pense que nous étions attirés par Léa, nous étions ses poètes transis et gauches et aucun d’entre nous deux n’auraient su lui déclarer sa flamme. Elle était belle, grande, légèrement gironde mais sa jeunesse magnifiait sa beauté plantureuse. Ah ! Son joli ventre rond, son nombril au milieu de cette plaine bombée qu’elle dévoilait par ses chemisiers trop courts et ses pantalons à la taille trop basse. Elle était peut être trop belle pour nous, elle aurait pu sans doute devenir mannequin. Pourtant elle était simple et douce, elle ne se mêlait pas aux autres filles qui vantaient leurs exploits de starlettes avides de gloire et de corps musclés. Léa avait l’air de ne pas s’apercevoir de sa propre beauté, ses yeux doux nous regardaient attentivement, elle nous écoutait patiemment, sensible à nos petites lectures littéraires.

Et puis un jour…. Alors qu’anonchalie et rieuse, elle se calait contre les coussins, elle nous fit signe de là rejoindre en écartant les bras. Nous avions l’habitude de lire côte à côte sur son lit convertible mais jamais elle n’avait étendu ses bras le long de son canapé de cette façon. Nous avions l’impression qu’elle nous demandait silencieusement de venir se serrer contre elle. Je jetais un coup d’œil à Alexandre qui était aussi gêné que moi et maladroitement nous nous plaçâmes de chaque côté d’elle sans oser bouger.

Nous ne savions pas si ce signe était une nouvelle marque d’amitié envers nous ou une invitation à des jeux plus intimes. Nous restâmes ainsi un instant qui nous paru très long. Ses joues me paraissaient légèrement empourprées. J’avais son bras au-dessus de mon cou. Je ne voulais surtout pas qu’elle l’enlève. Pour briser ce silence, je me rapprochais encore plus près d’elle et je fis mine de ronronner en enfouissant ma tête dans sa chevelure. Alexandre m’imita, elle se mit à rire comme si nous la chatouillions. Nos gestes se firent plus lents car dans le jeu nous avions rencontré d’autres sensations moins innocentes, en bougeant un peu, ma tête avait frôlé le haut de sa poitrine et à travers son vêtement ma joue s’était un moment appuyée sur le doux relief de son sein. Nous nous attendions à tout moment d’être rejetés car nous savions que cette promiscuité nous était défendue.

L’instant que l’on goûtait était divin, nous étions sur le fil ou tout pouvait basculer, nous n’osions plus faire un geste. Pourtant, tout doucement le feu aux joues, loin de vouloir nous arrêter dans nos ébats naissants, ses bras se resserrèrent sur nos têtes, ses mains frôlèrent nos nuques, s’appuyèrent sur nos cous en nous pressant plus encore contre elle. L’effervescence suspendue comme un grondement se diffusa dans tous nos corps, j’avais l’impression d’être ivre. Je savais à l’écoute de son souffle qu’elle attendait aussi. Elle nous désirait plus téméraires. Elle avait penché sa tête en arrière, et nos bouches étaient remontées le long de son cou. En même temps que je déposais un baiser dans le creux de son épaule, je déboutonnais le premier bouton de son chemisier.

Alexandre en face de moi caressait le sommet de sa poitrine à travers le tissu. Notre timidité s’était changée en sadisme, nous faisions languir nos caresses. Je libérais progressivement l’éclat luné de sa peau à nos regards et au fur et à mesure Alexandre explorait du bout des doigts le galbe de ses rotondités. Je libérais tout doucement ses seins de leur corsage. Elle semblait plus pressée que nous, en haletant, elle gonflait sa poitrine comme pour la faire sortir elle-même de son soutien-gorge. Elle était pressée d’exposer à notre concupiscence les pointes tendues de ses seins dont nous voyons déjà les aréoles. Mais nous, nous contournions, nous nous éloignons parfois du chemin attendu, nous remontions vers ses clavicules et enfin nous redescendions en éprouvant le velouté de sa peau du bout des doigts, l’élasticité de sa chair du bout des ongles. C’était un paradis de voluptés, un rêve de fruits profus au velouté de pêche. 

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