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L'emprise de la colère

Après que mon mari soit sorti de la maison, j'ai peut-être claqué la porte un peu trop fort.

Je m'en suis d'ailleurs voulu quelques minutes. Ensuite, tout s'est envolé dans ma tête. La magie du café... La certitude d'avoir totalement raison dans notre chicane. 

Pourquoi se mettre en colère ainsi pour une histoire banale de lait ? Je lui avais pourtant demandé d'en acheter hier soir. Par trois fois ! 

Cette histoire couronnait d'autres épisodes où lui et moi en étions venus aux argumentations futiles, aux cris, puis aux récriminations. 

Je lui en ai tellement voulu que j'ai fait exprès d'annoncer à Guillaume que je comptais travailler de la maison aujourd'hui et que s'il le désirait, nous pourrions faire notre réunion chez moi, dans mon salon. Notre réunion au sens propre comme au sens figuré. Je me rends disponible par vengeance. 

Bien entendu, Guillaume a accepté. Il arrive dans 15 minutes. "À tout à l'heure, ma belle Sophie" et il raccroche. Je raccroche à mon tour, enthousiaste. "Ma belle"... J'ai des papillons dans les ovaires et il me semble que ma culotte se mouille un peu. Je dresse ma poitrine et je me réjouis que mes mamelons se soient durcis. "Ma belle"... Non, je n'ai guère le temps de me caresser avant son arrivée. Je ne veux m'éclipser au désir qui me guette comme un voyeur que j'imagine toujours quelque part derrière une fenêtre aux sotres mal fermés lorsque je fais l'amour avec mon mari. 

Seule avec un "étranger" dans mon salon ? Pourquoi pas ! Je débranche les téléphones pour éviter que ma mère m'appelle. Je mets mon cellulaire sur vibration et si mon mari tente de me contacter pour s'excuser, je ferai semblant de ne pas l'avoir entendu. Je ne veux surtout pas que Guillaume me dise "tu décroches pas?" au moment où il serait en moi et que l'orgasme est sur le point de m'emporter. 

Le silence dans la maison. Je retouche mon maquillage, me place une mèche rebelle. Me voilà présentable et, avec les dessous que je porte, franchement désirable... en cas de déshabillage. 

+++

Guillaume n'a même pas 30 ans. Toutes les femmes au bureau se pâment dès qu'elles l'aperçoivent dans un couloir, un 5 à 7 ou une réunion. Même en sortant de la salle de bain, il possède un charme fou. Ses cheveux noirs ebourrifés, son regard mystérieux "où brille l'une de ces lumières que l'on voudrait voir parcourir l'entiéreté de notre corps sur un lit de massage ou un lit d'hôtel 5 étoiles" comme le mentionnerait ma collègue Simone lorsqu'elle se sent poète de quatre sous. 

"Mon beau" Guillaume. 

Je l'embrasse sur les deux joues à son arrivée et l'invite derechef à s'installer dans le salon où mon ordinateur est allumé.  Je m'empresse de lui offrir un café, ce qu'il refuse parce qu'il en a déjà ingurgité trois depuis le début de la journée. Je m'assied à ses côtés. 

Je me rapproche de lui. Je le fais furtivement. Pour mieux voir ce qu'il me montre sur son ordinateur. Pour teste aussi son degré de disponibilité. L' est-il ? Dans l'affirmative, jusqu'à quel point ? Nos cuisses se collent. Nos bras aussi. Je me sens plus que jamais légère, disponible, prête à faire un pied-de-nez libidineux aux photos de mon couple sur le piano du salon. 

Il veut attirer mon attention sur quelque chose. Pour ce faire, il touche la peau de ma cuisse avec deux doigts. Ma jupe est peut-être un peu trop relevé. Il n'a probablement pas fait attention.  Je lui prends aussitôt la main fautive et la dépose sur mon entrecuisse. 

Qu'est-ce que tu fais Sophie ? As-tu perdu la tête ? Conscience, laisse-moi tranquille. 

Je plante mon regard dans le sien. Je sens un doigt qui s'emmêle dans l'elastique de ma culotte. 

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Lorsqu'on me frenche, je perds tous mes moyens. Oui, frencher. Au sens d'embrasser avec la langue... de French kiss... Au Québec, nous en avons fait un verbe. 

Lorsque je frenche, donc, je deviens une proie qui se laisse prendre facilement par le premier venu qui me plaît. Je déploie les portes du fort. Je baisse la garde. Dois-je en ajouter ? Lui, a les lèvres si douces, une haleine si bonne. Je m'enivre de son eau de Cologne. 

Mon mari m'embrasse toujours les lèvres un peu trop serré. C'est sec. C'est trop direct. Bien entendu, cela dure à peine une seconde. Peut-être moins. Il faut dire aussi que je fais la même chose parfois. Pire, je présente les joues parce que je ne tiens à ce que mon maquillage soit défait. 

Les bouche entrouvertes, nos langues communiquent tant de choses frustrantes entre elles.  

Il me fait allonger sur le divan. Il se glisse entre mes jambes ouvertes. Ses mains s'envolent aussitôt vers mes seins, tandis que son sexe turgescent se frotte sur les parois humides du mien. 

Mais qu'est-ce qui se passe Sophie ? Tu es frustrée par une chicane ? Oui, conscience. Par une chicane de trop. À présent, laisse-moi tranquille. 

Je lui demande d'enlever ma culotte. Voilà le point de non-retour. Il s'enquiert toutefois de ma certitude d'aller jusqu'au bout avec lui. Je lui soupire un "oui" à l'oreille. Il fait glisser doucement le sous-vêtement sur mes jambes, puis le laisse tomber sur le sol. Je guide sa main jusqu'à ma vulve. J'exige qu'il la touche et la caresse. Le reste suivra, j'en suis certaine. 

Sur le piano, l'objet de ma colère demeure inerte, sourire béat, torse bombé sur notre photo de fiançailles. 

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Sous la douche, ce n'est plus un désir de vengeance, mais du désir tout court. Tous deux craignons trop de "sentir le sexe". 

Je veux désormais Guillaume pour moi seule. Je parcours mes mains savonneuses sur son corps. De son torse légèrement velu à ses cuisses de joueur de foot, je ne me contente pas seulement de tout nettoyer, mais d'allumer, de titiller, de faire succomber uniquement pour mon bon plaisir. 

Mon parcours s'arrête sur son pénis. Je le lave délicatement tout en exerçant une caresse. Mes seins sont collés sur son dos, mon pubis entre ses fesses. Je dépose mes lèvres sur sa nuque, son cou, le haut de ses épaules. Je branle sa queue d'un geste lent. Je suis persuadé qu'il sourit. 

Lorsque sa verge a repris de la vigueur, je me décide à commettre un geste. Malgré le jonc autour de mon annulaire qui me rappelle de mon serment, malgré ma promesse solennelle devant Dieu, les hommes et les femmes qui trouvaient cela telllllllement romantique, je lui annonce dans le creux de l'oreille que je le veux vraiment. "Je te veux, Guillaume.

Le dos appuyé sur la tuile humide de la douche, je l'invite à s'approcher de moi. 

Je lève une jambe et j'appuie mon pied sur la tuile du mur. De nouveau je l'embrasse. Il plaque sa poitrine contre mes seins, me retient par les hanches.  Je l'enlace d'une main et j'ai à peine le temps de guider sa verge que déjà, il la fait pénétrer rapidement, profitant d'une lubrification expéditive de mes parois vaginales . Je m'accroche vigoureusement à ses épaules et lui signifie que je suis toute à lui. 

Il prend le contrôle. Je le laisse faire les choses à sa guise. Et je sens que je l'inspire... Pendant le va-et-vient, il m'embrasse goûlument sur la bouche et le cou, m'innonde de mots tantôt doux, tantôt indécents. Ses paroles conjuguées par ses coups de bassin m'életrisent. Je lui réponds par des soupirs ;  je murmure son prénom, je gémis, je m'abandonne au plaisir et Guillaume accélère le rythme de ses pénétrations. 

Guillaume geint. Les doigts ancrés dans mes fesses, il m'offre ses dernières secousses puis éjacule. 

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Un dernier baiser avant de partir. Je le préviens que je rentrerai en début d'après-midi. Je referme la porte, replace les coussins sur le divan du salon et c'est à ce moment que je m'exclame "merde alors! J'ai un amant..."  


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