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Lettre au front

Mon très cher,

Te voila si loin de moi, dans un pays dont j'ignore tout, même jusqu'à son nom. Il est difficile de ne pas savoir où tu te trouves, si tu es en sécurité ou si tu t'endors avec le chant des bombes.

Je pense à toi tous les jours. Chaque soir avant de m'endormir, je serre fort, dans le creux de ma main mon pendentif. Je ne te l'ai jamais dit, je le porte comme un secret, peut-être un peu honteuse d'être aussi faible et amoureuse. Il y a un petit compartiment secret où j'ai plié et roulé une petite photo de nous. Celle que tu as prise dans un café de Lille Bois Blanc près des berges de la Deûle. Je m'en souviens encore, c'était un jeudi. Je t'avais apporté un mille feuilles, n'ayant pas trouvé ta pâtisserie favorite. Je me rappelle du moment où tu as vu l'emballage dans mon sac à main. De ton regard et ton sourire comprenant tout de suite que c'était pour toi, bien que je ne te disais rien et ne te le tendais pas. J'ai même failli oublier de te la donner quand on s'est quitté. Excuse-moi, je me perds dans nos souvenirs.

Je te disais donc que je pensais à toi, tous les jours. Étendue dans mon lit, les paupières fermées, je vois ton visage, tes yeux d'or et d'émeraude me sourirent. Mon esprit part à tes côtés, tu en deviens presque palpable. Ton corps nu contre le mien, je me niche entre tes bras. Les vestiges de ta peau, de ton odeur encore en mémoire te rendent réel à cet instant. Je ne prétendrai pas que des envies plus charnelle ne m'assaillent pas à ce moment, tu ne connais que trop mon désir de toi. Mon cœur et mon âme sont partis avec toi, mais mon corps te réclame et mes pensées me livrent les réminiscences de nos étreintes.

Si je me concentre j'arrive encore à te sentir en moi, sur moi. Les souvenirs me reviennent, me ramènent sous ton corps, sous tes mains. Je me remémore, me revois devenant folle, tremblante sous les délices de tes doigts, de ton corps contre le mien, de ta langue.

J'ai ton corps dans la mémoire, ton visage sous mes paupières et ta voix dans la tête. Enivrée par les songes de nos moments partagés, je me caresse. Mes doigts deviennent les tiens.

Doucement nos doigts passent sur mes lèvres, les ouvrent. Effleurent mon clitoris, le contournent, caressent les bords, descendent sur mon vagin et remontent sur ma perle. Nous la faisons rouler sous nos doigts, la prenons entre notre index et le majeur, la pinçons légèrement. Nous la taquinons, la frôlons, laissant lentement le plaisir monter.

Je me souviens de ta peau sous ma langue, de ta chaleur. J'ai faim de toi, de ta saveur, de ta douceur. J'imagine ton membre glisser entre mes lèvres, sur ma langue et mon plaisir s'envole.

Nos doigts sur mon clitoris accélèrent leurs mouvements, se font de plus en plus lourds jusqu'à ce que je me cambre, mordant mes lèvres, me retenant de crier ton prénom que je finis toujours par lâcher dans un souffle.

Il m'arrive, parfois, lors de ces nuits trop longues et froides sans toi, de me réchauffer ainsi. Sans toi, mais avec toi.

Parfois je me laisse aller à imaginer que toi aussi tu te caresses en pensant à moi. Tu ne dois pas en avoir beaucoup l'occasion, il est vrai, mais cette idée me redonne le sourire.

Oh mon très cher comme tu me manques. J'ai tellement hâte que la st Jean te ramène auprès de moi. Te prendre dans mes bras, que tous les stigmates prennent forme et deviennent réalité.

J'attends avec une impatience non contenue tes lettres. Je les lis et les relis tentant de déchiffrer entre les lignes, les mots que tu ne dis pas. Il y en a toujours, comme la petite tache d'encre un peu plus haut qui doit déjà te chuchoter toutes mes larmes tombées. Ne la crois pas, elle me trahit, ce n'est pas mes larmes mais la pluie. Le temps est mauvais ici, il fait gris, humide et froid ; un temps d'hivers des plus normal. Je ne sais pas pourquoi, mais je t'image assis dans ton lit en tee shirt en lisant cette lettre. Moi, je suis à l'opposé de cela, à mon bureau pour que mon écriture soit la plus belle possible, avec mon gros gilet marron.

Je vais te quitter pour aujourd'hui, avant d'écrire les mots qu'on ne dit pas et te laisser lire entre les lignes à ton tour.

Je …... mon très cher.

Ta tendre

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