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Lettre au Père Fouettard

Père Fouettard

Tu dois être bien surpris de recevoir mon courrier. Non, ce n’est pas une erreur. Il n’était pas à ton voisin Noël destiné.

Nous nous connaissons bien ; tu viens me voir tous les ans depuis que je suis adolescent. Cette année, à ton grand étonnement, je désire ta venue ardemment. J’ai en effet besoin de toi pour satisfaire ma belle amie…

Oui, je sais, tu n’as pas pour habitude de déroger à tes principes. N’ont droit au fouet que ceux qui ont mal agi l’année passée, et elle n’a rien fait pour être punie, bien au contraire. Depuis que je l’ai rencontrée, je n’ai vu que vertu et abnégation dans chacun de ses actes. Et elle est avec moi d’une douceur infinie, y compris dans nos jeux les plus enivrants. Elle sème sur notre couche cent pétales de roses, et se délecte des feuilles que je lui prodigue à grand coup de langue. Mais voilà, la dame en veut plus et, provocante, voudrais que dans nos corps-à-corps je l’avilisse.

Tu sais bien, toi, que ce me serait chose aisée. Mes vices qu’annuellement tu viens me faire payer me permettraient de la faire couiner sans fin, de lui tirer des gémissements à lui brûler la gorge, de lui arracher des cris qui la laisseraient sans voix. Il me serait facile de torturer sa magnifique poitrine de mes doigts pervers, de faire claquer ses seins ronds plus bruyamment que le tonnerre, de pincer ses tétons bruns entre mes ongles jusqu’à en extraire un autre liquide que le lait. Tu sais, toi, Père cruel, que ma bouche saurait la rendre folle. Mes lèvres courant de son cou à son con pour voir son corps frissonner, ma langue fouillant son antre pour faire son ventre se creuser, mes dents croquant son bouton pour sa raison faire vaciller. Tu me connais assez pour savoir qu’une fois attachée, la belle n’aurait pas assez de prières pour se repentir de voir ses désirs au centuple exaucés. Ses jérémiades seraient pour moi un apéritif. Ses hurlements agiraient comme autant d’encouragements. Ses sanglots constitueraient mon cadeau. Et même toi, mon vieux Fouettard, tu rougirais en me voyant jouer de mon braquemart. Non content de lui titiller les amygdales de ma fraise urticante, d’enfoncer dans son manchon jusqu’au col ma trique lubrique, je n’aurais de repos que lorsque ses entrailles dégoulineraient de mon flot.

Mais voilà, ô compagnon de mes délires obscènes, je ne peux me résoudre à accéder à sa demande ! Cette compagnie est pour moi si précieuse que je ne peux prendre le risque de la faire souffrir de ma main, combien-même elle m’en supplierait. Aussi, je compte sur toi, Père Fouettard, pour rassasier son appétit. Tu te dis que cela serait trop gentil, que je ne mérite pas une telle largesse ? Je te propose que ma punition soit, pour cette fois, de te regarder faire, impuissant. Je sais que toi, au moins, tu as de la mesure même dans tes châtiments, et que mon amour s’en sortira vivant…

Je t’attends pour une fois avec impatience,

Ton écrivain maudit, qui, pour tenter de te chasser, couche ses horreurs sur le papier.

P S : Tu prendras garde en venant au petit matin, de ne pas glisser sur la neige qui va tomber, c’est certain.