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Lettre de l'Halloween

Salem, le 30 octobre

Mon cher Amour,

Demain soir, c’est l’Halloween et je t’invite chez moi. Viens, ne crains rien !

Tu n’arriveras pas trop tard, juste au moment où la nuit tombe. Tu toqueras à ma porte et me demanderas si je préfère te donner une friandise ou subir une de tes farces. J’aimerais certainement les deux. Je t’imagine déguisé en pirate, ce qui nous rappellera notre séjour à Fort-de-France et nos soirées tropicales à regarder l’horizon s’obscurcir sur la mer de Caraïbes. Ici, à cette époque de l’année, le soir commence désormais de plus en plus tôt et notre climat est bien plus froid. Il vivifie et donne envie de chaleur, d’être dedans, lovés l’un contre l’autre, nus sous d’épaisses couvertures douces, ou alors allongés près du feu… Oui, je te ferai entrer dans mon cocon bien chaud, dans ce monde de merveilles et de plaisirs que nous savons si bien créer ensemble avec nos doigts, nos bouches, nos sexes et nos deux corps tout entiers. Après un long baiser, sur le pas de la porte, je t’inviterai à pénétrer dans mon antre. À ton arrivée, je ferai fumer tout autour de toi un fagotin de sauge séchée pour te purifier, te débarrasser de tout ce qui te pèse. Tes soucis, tu les laisseras dehors : deux lanternes sculptées, des citrouilles grimaçantes, les garderont ou, peut-être leur feront si peur que tu oublieras de les reprendre quand tu t’en iras, après une nuit magique.

Car demain, je serai une fois encore ta bien-aimée et bienfaisante magicienne, vêtue de noir de la tête aux pieds, les cheveux détachés, portant entre mes seins les talismans appropriés pour les rites que je te propose. Avant ta venue, j’aurai déjà honoré mes lignées ancestrales et toutes ces femmes jadis battues, brûlées, mises à mort parce qu’elles savaient atteindre les plus hautes sphères du plaisir, avec ou sans balais volant, et gérer leur fertilité de façon autonome. Elles étaient aussi expertes des remèdes qui rendent aux hommes leur vigueur quand celle-ci défaille, mais que le désir est pourtant là. Ça, tu sais déjà que j’en suis aussi capable. Demain soir, j’aurai préparé mon cœur et mon corps pour t’accueillir, toi, tel que tu es, déguisé mais pourtant authentique, ne jouant que ton propre rôle, ne suivant que tes envies profondes qui concordent si souvent avec les miennes.

Toi et moi, nous voulons des gestes doux et consentis, une mutualité, un plaisir partagé, une fusions de nos corps remplis de désir l’un pour l’autre. Laissons à d’autres les jeux sanglants, ceux qui impliquent coups et contraintes. Je pourrai, cependant, t’attacher, si tu y consens, avec des tiges de lierre que je serai allée couper dans le jardin… C’est en fait surtout moi qui me suis attachée à toi, depuis que nous avons franchi le cap du désir ensemble, il y a exactement trois ans de cela, à cause d’une ourse que tu as tuée. Ces liens, ceux de l’attachement, quand nous en aurons terminé, nous les brûlerons symboliquement en les jetant dans le feu crépitant de la cheminée du salon. Tu découvriras plus tard ce soir-là une autre partie de moi brûlante d’envie et aussi moite que l’intérieur de ces cucurbitacées que j’ai évidées aujourd’hui. Oseras-tu y mettre les doigts ?

Mais d’abord, je t’offrirai de boire avec moi un verre de cidre nouveau. Je te ferai goûter à mon pain tout chaud, sortant du four, et je te servirai de mon chaudron une soupe savoureuse à la courge et au gingembre. Je connais les secrets des plantes qui font du bien, qui réchauffent de l’intérieur, qui font circuler le sang jusque là où il doit se rendre, dans ton membre qui, si rapidement, durcit, avant même que je ne l’aie touché, pris en moi, enserré par mes muscles puissants. Les plaisirs de la table doivent trouver mesure, nous ne voulons pas nous alourdir, mais nous partagerons quand même un dessert : une tarte aux pommes, avec de la crème chantilly. Je ferai confiance à ton imagination pour savoir comment en utiliser le surplus, quand nous passerons à d’autres délices, plus tard dans la soirée.

Sache que je te désarmerai, pirate. Par ruse, je te ferai poser ton sabre et tout ce qui en toi est tranchant, blessant, cassant… Je t’adoucirai et, par séduction, je te ferai asseoir sur le grand fauteuil face au feu de cheminée. Là, je te déshabillerai. Je t’enlèverai ton tricorne et passerai mes mains dans tes cheveux, sur ta nuque. Tu resteras assis, je me placerai derrière le fauteuil, et je poserai mes mains chaudes sur ta poitrine. Je resterai ainsi longtemps, penchée sur toi, embrassant ton cou par derrière pendant que tu contempleras le feu de cheminée. Ensuite, j’ôterai ton gilet, ta chemise, puis ton pantalon et même ton caleçon, laissant mes doigts habiles s’attarder sur ton pénis magnifique, trapu mais déjà bien dressé, tout épais à sa base et qui me donne tellement de plaisir tant tu y mets d’ardeur. Toutes tes cuirasses, y compris celles de ton cœur, tu devras les déposer devant moi, à mes pieds, pirate, et te montrer dans ta plus grande vulnérabilité. Je promets de ne pas te faire de mal, tu sais bien désormais que tu peux me faire confiance. Le pire qu’il puisse t’arriver, en cette nuit d’Halloween, est que je te transforme en bébé lynx tout doux et que je passe le reste de la nuit à te caresser sur mes genoux. Par jeu, tu chercherais à griffer et à mordiller mes doigts, puis tu te tournerais sur le dos et tu ronronnerais de bonheur entre mes mains et, au petit matin, je te rendrais forme humaine. Mais justement, c’est surtout de ta forme humaine et virile dont j’aurai envie demain soir. Et puis, ma chatte serait jalouse te de voir l’objet de toute mes attentions sous forme d’un lynx. Nous jouerons aux fauves une autre fois. Enfin, j’ôterai ton cache-œil, pirate dévêtu, pour que tes deux yeux avides puissent bénéficier du spectacle que je vais t’offrir. Les tiges de lierres seront-elles nécessaires à te retenir ? C’est toi qui me le diras.

Seras-tu curieux d’apercevoir ou de sentir ce que je porterai sous mes vêtements de magicienne ? Une lingerie de dentelles noires, laissant voir sur ma peau blanche des motifs complexes aussi finement brodés que des toiles d’araignées entremêlées. Te laisserai-je déjà me toucher ? Seras-tu impatient de m’ôter ce soutien-gorge pour saisir à pleine bouche la pointe de mes seins, de placer ta tête contre eux pendant que je caresserai tes cheveux et ta barbe noire où quelques rares poils blancs trahissent déjà ton âge ? Je danserai ensuite devant toi, ne te laissant pas la chance de me déshabiller. La musique m’entraînera à bouger mes hanches en cercles, en huit, en spirales même, anticipant le mouvement interne de mon propre plaisir quand il monte, lentement mais sûrement, tout le long de mon canal d’énergie. Quand la cadence de la musique ralentira, je serai prête à me donner à toi. J’irai chercher le reste de la crème chantilly et tu décideras comment tu souhaites la consommer… Ou peut-être devrais-je la manger moi-même si tu choisis de t’en étaler sur toi ?

Pourras-tu encore attendre un peu avant de me coucher sur cette peau en fourrure si douce posée devant la cheminée ? C’est la peau de cette ourse que tu as tuée il y a de cela trois ans, me sauvant d’une attaque que je n’avais pas anticipée. Moi aussi, je portais un fusil, par précaution, comme à chaque fois que nous nous aventurons dans l’arrière-pays, mais je ne l’ai pas vue venir et, seule, je n’aurais rien pu faire. Tu n’as eu besoin que d’une balle, l’atteignant en pleine tête, alors qu’elle me chargeait, surgie de nulle part pendant notre promenade. J’étais très chagrinée, sur le moment, que tu aies tué ce bel animal, probablement une mère inquiète pour ses petits cachés dans les parages. Le soir même, entre tes bras, je me laissais aller pour la première fois au plaisir et à ces larmes puissantes qui me saisissent quand tu me fais jouir si fort que l’émotion me submerge. Tu m’as sauvé la vie ce jour-là, dans la forêt, et cette nuit-là, qui était aussi une nuit d’Halloween, tu m’as rendue à une vie que je n’osais plus espérer. Tu as réussi à vaincre en moi l’ourse féroce et méfiante pour me faire émerger en douceur.

À ce moment-là, demain soir, tu auras déjà chaviré complètement dans la mer de nos désirs. Tu voudras me prendre tout en prenant ton temps, et nous en aurons, aussi longtemps que brûlent les bûches dans l’âtre. La lumière orangée du feu, douce et chaude, éclairera la pièce et adoucira les défauts de nos corps imparfaits mais si pleins de volupté. Je voudrai tes yeux dans mes yeux pendant un long moment, puis tu te décideras à me retourner, tu me caresseras et tu feras semblant de me mordre la nuque. Je sentirai ensuite tes mains sur mes courbes, tes jambes entre les miennes, écartées tandis que je serai à quatre pattes, faisant l’ourse sur cette peau d’ourse, devant la cheminée. Tu n’auras alors plus rien d’un pirate, du bad boy que tu prétends être parfois. Tu t’agripperas à mes rondeurs bien placées comme à une bouée pour te sauver du naufrage dans cette tempête de nos désirs. Tandis que dehors le vent glacé hurlera, nous ferons peut-être des bruits étranges ressemblants à ceux des animaux, mais tu seras juste un homme ––mien pour la nuit–– rempli d’ardeur à me pénétrer, à bouger en moi lentement et longtemps. Nous aurons le temps de satisfaire nos envies, de nous toucher longuement. Tu malaxeras mes hanches et mes fesses. Tes mains s’aventureront aussi jusque vers ma poitrine libre, balançant sous moi au rythme de tes coups de reins, mes mamelons effleurant les poils de l’ourse en dessous de nous tant je me serai cambrée et abaissée. Tes doigts habitués à cet exercice pinceront le bout de mes seins, juste assez fort pour me stimuler, mais assez délicatement pour ne pas me faire mal. Je te demanderai de t’arrêter parfois, pour faire durer notre plaisir encore et encore. Tu resteras en moi, mais je me retournerai pour te jeter un regard complice et tu seras comme pris au piège du mascara noir entourant mes yeux. Je t’entendrai respirer, maîtriser ton souffle, puis tu reprendras la cadence, tantôt lente, puis plus marquée. À un certain moment, je ne pourrai plus retenir le cri de mon orgasme, te sentant si fort à l’intérieur de moi, le bout de ta verge comme faite sur mesure pour moi appuyant sur mon col utérin, puis coulissant presque jusqu’en dehors de mon sillon de plaisir pour mieux y pénétrer à nouveau avec élan. Après que des larmes de gratitude pour tout ce que tu me donnes auront fait couler la noirceur de mes yeux et lavé celle de mon âme, tu sauras qu’il est temps pour toi de te laisser jaillir, de te laisser venir à ton plaisir.

Demain soir, c’est l’Halloween et je t’invite. Je sais que tu viendras.

Ta Magicienne

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