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Lubie de Noël

En cette veillée de Noël, les bras pleins des derniers cadeaux trouvés à la hâte avant l’heure fatidique, je courais dans les rues. A la maison, tout était prêt. Le repas pouvait être servi, les premiers cadeaux trônaient au pied du sapin, il me fallait encore me préparer et enfiler une tenue acceptable. Un coup d’œil rapide à ma montre, 17 heures 30, plus qu’une étape avant de rentrer chez moi pour la transformation finale. Je devais récupérer chez ma tante une fournée de desserts qu’elle m’avait préparés pour l’occasion avant de prendre un vol pour l’Angleterre où l’attendaient mes cousins.

Les clés naïvement cachées sous le paillasson me permirent de rentrer aisément, récupérer la boîte de desserts que je ne pus m’empêcher d’ouvrir pour m’imprégner des senteurs généreusement sucrées et de ce que nous regarderions à coup sûr avec un extase non dissimulé, malgré les estomacs trop remplis et l’esprit trop imbibés. Une fois ce trésor recueilli dans mes bras déjà trop chargés, je quittai l’appartement pour reprendre l’ascenseur. Un homme se tenait debout face à lui, sans doute un voisin. J’esquissai un sourire furtif en guise de bonjour, sans même l’observer trop longtemps. L’homme galant me laissa passer avant que la porte ne se referme sur nous et avant d’enclencher le bouton pour redescendre les huit étages de l’immeuble dans lequel ma tante vivait. Alors que je tentais de maintenir mes paquets en l’état pour éviter que tout ne se fracasse à terre, surtout les gâteaux, l’ascenseur se bloqua d’un coup et tout s’éteint soudainement. Je ne pus m’empêcher de pousser un petit cri. Non ! Ce n’était vraiment pas le moment ! S’ensuivit un silence macabre, je commençais à trembler et l’obscurité totale m’angoissait au plus haut point. L’ascenseur n’était pas très grand, aveuglée, j’entendais le moindre des gestes de mon silencieux voisin qui appuyait sur les boutons nerveusement.

- Je crois que nous sommes bloqués, dit-il d’un ton faussement calme.

- Oui, je le crois aussi...

Les secondes qui passèrent semblaient des heures. Nos respirations troublées par la crainte de rester là coincés une éternité se mélangeaient. Une lumière jaillit soudain, l’homme avait enclenché la lumière de son téléphone pour y voir plus clair. La lumière dirigée vers moi m’éblouit, je ne pouvais le voir, mais je sentis bien son regard pesant sur moi. Mes paquets, à présent, semblaient peser une tonne. Très délicatement, mais toujours dans le noir, je tentais de les poser à terre.

- Vous avez un problème ?, dit la voix dans le noir.

- Euh, je tente juste de mettre mes paquets par terre.

L’homme actionna de nouveau la lumière de son téléphone qu’il diffusa en direction du sol, puis m’aida pour empiler les paquets les uns sur les autres. Ce faisant, sa main toucha accidentellement la mienne. Je reçus comme un électrochoc. Nerveux, on se releva l’un après l’autre, comme si de rien n’était. Les minutes s’écoulaient, la lumière n’était toujours pas revenue, mais mes yeux s’étaient habitués à l’obscurité. Je m’étais assise par terre, près de mes emplettes. Mon voisin, quant à lui, continuait d’appuyer sur le bouton d’alarme qui, décidément, ne semblait guère efficace.

- C’est la panne d’électricité qui doit nous empêcher de communiquer avec l’extérieur, dis-je d’un ton placide.

Je ne savais même pas ce que je disais, ni même si cela avait un côté pertinent ou non, mais il fallait que je parle. Ce silence était trop oppressant. L’homme cessa immédiatement d’appuyer sur les boutons.

- Une panne d’électricité, la veille de Noël, on n’est pas prêt de sortir...

Ne pas paniquer, ne pas paniquer ! En quelques mots, il me fit paniquer. Et si nous restions là jusqu’au petit matin, dans le noir complet ? Non, ce n’était pas possible. J’avais des invités qui allaient arriver. Je ne pouvais pas manquer ça ! Ma respiration s’accéléra, je sentais comme des bouffées de chaleur, mon cœur battait à une vitesse incroyable. L’homme dut s’en rendre compte.

- Vous vous sentez bien, demanda-t-il, le ton légèrement inquiet.

- Je crois que...non, dis-je en tentant de retrouver une respiration plus tranquille.

Il se rapprocha de moi, à l’aide de sa lumière, en butant visiblement sur certains de mes paquets (pourvu que ce ne soit pas les gâteaux !), puis s’assis près de moi et me prit la main. Je reçus un second coup d’électricité qui se diffusa dans tous mon corps, des pieds à la tête. Lentement, la chaleur de sa main réussit à me calmer, je retrouvais un rythme de respiration plus tranquille, mais étonnamment, je ne voulais pas qu’il me lâche la main.

- Je suis sûr qu’ils vont bientôt rétablir l’électricité, dit-il d’un ton rassurant.

- C’est que....c’est Noël quand même, répondis-je en m’effondrant.

La panique avait fait place à des larmes et l’homme me prit dans ses bras pour me consoler. D’un geste tendre à l’autre, ses lèvres vinrent effleurer les miennes. C’était doux, c’était tendre, c’était...si amoral ! Je ne le connaissais pas, nous étions dans l’obscurité, coincés dans un maudit ascenseur, en cette veillée de Noël. Puis, malgré tout, malgré nous, ce devint plus avide. Les baisers étaient passionnés, les mains se baladèrent pour découvrir nos corps mutuellement. L’homme était doué de ses mains et moi, diablement excitée. Il me releva, engouffra sa bouche au creux de mon cou, tandis que ses doigts farfouilleurs couraient sur mon corps. Les corps plaqués, la jupe relevée, le caleçon abaissée, tout allait si vite. Je me sentais défaillir au fil de ses assauts qui me comblaient davantage à chaque minute. Totalement aveuglée par l’obscurité, mes jambes enserrant ses hanches, je sentais sa respiration accélérer, au rythme de la mienne. La jouissance était sur le point de nous emplir tous les deux, lorsque la lumière revient subitement. Troublés de nous voir enfin et de constater ce que nous étions en train de faire, mais trop excités pour nous arrêter. Je fermais les yeux, le plaisir m’envahit, je me sentis défaillir jusqu’à ne plus rien entendre, si ce n’est un bip lointain, mais qui semblait se rapprocher de plus en plus.

J’ouvris les yeux. La porte de l’ascenseur s’était ouverte au rez-de-chaussée. Je regardais l’homme me saluer et s’éloigner, je regardai mon reflet dans le miroir de l’ascenseur. Comment était-ce possible ? J’étais parfaitement apprêtée, les paquets dans les bras, l’homme était parti...C'était un peu comme s’il ne s’était rien passé...Mais au fond, s’était-il passé quelque chose ???

Hannah...

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Photo : auteur inconnu - source Pinterest

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