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Marie-couche-toi-là 3/6


Jérémie m’avait proposé de l’accompagner pour un rapide tour à l’extérieur. Proposition un rien saugrenue en ce début d’après-midi d’automne au ciel menaçant. « Mais non, allons prendre le frais cinq minutes, ce bureau devient morose. »

Un petit bois jouxtait par hasard le parking des bureaux encastré dans la zone industrielle. Me balader avec le patron… « Ça nous fera du bien, renchérit-il, nous avons encore du pain sur la planche aujourd’hui ».

Plutôt cool ou… pas cool du tout, me demandais-je de par moi.

« N’oublie pas ton portable, je prends le mien, la clientèle n’attend pas ».


Nous marchions depuis quelques instants, je veillais à ne pas filer mes bas dans les petites branches courtes aux pointes parfois aiguisées.

— Retire ton slip, tu seras plus à l’aise, lâcha-t-il sur un ton faussement badin.

— Tu imagines que je porte un slip ? rétorquai-je.

— J’en suis sûr.

Je haussai les épaules et nous poursuivîmes notre escapade en silence.

— Excuse-moi une seconde, je vais pisser.

— Je t’en prie.


Je m’écartai derrière un fourré puis le rejoignis quelques instants plus tard.

Sa cigarette s’achevait.

— Il est temps de rentrer, ordonna-t-il.

Je sortis à mon tour une cigarette.

Il me toisa vaguement interloqué, je n’avais pas l’habitude de le contredire quand il était question de travail.

Je me plaçai de trois quarts profil et relevai ma jupe jusqu’à la lisière de mon pubis.

— Tiens donc, jarretelles et robe sans dessous !

Il se pencha légèrement pour mieux voir.

— Je croyais qu’on était pressés.

— Joli minou et fine toison ! coupa-t-il absorbé.

Le temps sembla s’arrêter. Il considérait ma motte clairsemée, la blancheur de mes cuisses interrompue par mes bas gris, mes doigts fins (dont un portait l’alliance) qui retenaient ma jupe à son intention, mon entrejambe de nouveau.

— Rideau ! décrétai-je en laissant retomber ma jupe.

— Chapeau ! jeta-t-il du tac au tac.

Je repris ma cigarette abandonnée sur un tronc d’arbre.


Rideau, chapeau, rideau, ces mots se heurtaient dans ma tête tandis que nous rejoignions en silence le bureau.

J’avais prétexté une urgente envie d’uriner pour aller retirer mon slip. Comme il me l’avait conseillé. D’où me venait cette bévue de me sentir plus à l’aise ? De m’exhiber, pour la première fois, de mon propre gré ?

Tu crânes mon coco, mais je te fais fondre quand bon me semble. Pouvoirs féminins. Quoique, non, avec ce type-là, c’était un peu plus compliqué.



Un mois s’écoula sans anicroche. Chacun resta sur quant-à-soi, travaillant dans une sorte de réserve pudique. Du reste, Jérémie dut s’absenter du bureau plus que de coutume si bien que je passais plusieurs jours seule recevant mes instructions par courrier électronique. Jérémie évitait sans doute de me téléphoner.


Puis le soir de son retour, étrangement, il leva son regard sur moi et me demanda :

— Marie, tu es heureuse ici ?

— Oui… quelle question !

— Tu ne comptes pas quitter ?

— Le travail ne court pas les rues.

— Je voudrais que tu te sentes bien.

— Pas de problème, je me sens très bien.

— Je veux dire, mieux encore, mise en valeur.

— Tu m’accordes une augmentation ?

— Oh, ce n’est pas moi qui décide, tu le sais. Je pourrais en toucher un mot à la direction si tu le souhaites, mais je ne pensais pas à cela.

— À quoi pensais-tu ?

— À toi, tout simplement.

— Merci…

— Tu mérites mieux, coupa-t-il.

— Quoi ?

— L’admiration.

— Ah.

— Tu mérites d’être admirée pour ce que tu es.

— Que suis-je donc ?

— Une femme.

— Et nous y voilà !

— Je voudrais te proposer quelque chose.

Pour la première fois, je le sentis gêné, presque hésitant, soudain capable de proposer sans donner d’ordre…

— Un jeu.

— Monsieur le Directeur de la logistique joue au travail maintenant ?

— Si cela reste entre toi et moi…

Décidément, le profil du patron devenait flou.

— Mais encore ?

— Chaque jour, tu me montreras une partie de toi-même qui…

— Je crois que tu as tout vu, avançai-je froidement.

— Une partie de toi-même qui te résume toute entière.

— Je suis secrétaire ici, ni plus, ni moins.

— Je sais, mais tu mérites mieux Marie.

Et il reprit « c’est toi qui choisiras quoi, quand, comment. »


Je méritais mieux, nous allions jouer et je mènerais la danse. Ma nouvelle feuille de route ?

Je ne savais pas si j’avais envie de jouer. Je laissai Jérémie sans réponse et repris mon travail.




La révélation de mon intimité, au bois l’autre jour, m’avait donné un nouveau souffle. Je prendrais désormais les devants, c’est-à-dire mes propres initiatives, tout en restant dans le cadre strictement professionnel.


Je m’étendis sur le canapé et tirai le jeans noir délavé que je portai sans ceinturon.

Jérémie était au téléphone en pleine conversation. Il jeta un regard surpris dans ma direction. Le dialogue s’éternisait, je me plus à le voir s’impatienter puis perdre son sang-froid, si professionnel, pour terminer sur un très sec « Entendu, je vous rappelle plus tard. »

Il s’approcha promptement et braqua le lampadaire sur mon slip en vinyle noir transparent. Seule une étroite bande de gazon sombre masquait aujourd’hui mon sexe. Je serrai les jambes, mettant ma motte glabre en valeur.


Le problème fut que Jérémie se montra moins contemplatif qu’à l’accoutumée.

— Marie, ce jeans, cette culotte… souffla-t-il dans mon oreille.

Il me dépouilla de ce jeans sans toutefois toucher à cette culotte, me retourna sur le ventre et s’allongea sur moi. Sa bouche mordillait mes oreilles puis se perdait dans ma chevelure. Il glissa ses doigts sous mes seins à travers mon soutien-gorge. La tête me tournait, je me laissais faire.

La boucle froide de sa ceinture contre mon mollet m’indiqua qu’il baissait également son pantalon. Et son sous-vêtement sans doute ?

Oui.

Je laissais son sexe dur se promener sur ma peau. Il atteignit le haut de mes reins, redescendit lentement puis glissa soudain sous mon slip. Sa hampe dressée dans mon vinyle se frottait entre la raie de mes fesses.

Quelques gouttes perlaient au creux de mon dos quand je me projetai en avant pour me dégager.

Je fis volte-face et le considérai, la bite en l’air.

— Non, Jérémie !

— Non ?

— C’est absurde, pardonne-moi.

— Alors, va-t’en, tout de suite, va-t’en…


Je boutonnai ce jeans sur cette culotte, trempée, passai mon manteau et m’effaçai dans un claquement de porte.

— Demain 8 heures, n’oublie pas ! cria-t-il essoufflé.


Petite conne, tu joues à quoi ? Je sortais de mes règles, j’étais très excitable. Jérémie ? Le patron ? Allons donc, un pantin de service. Une bite sur deux pattes que je m’étais crue capable d’utiliser.

Une chatte en chaleur ne joue pas avec son patron, « Espèce de conne de secrétaire ! » criai-je à tue-tête dans ma voiture.

Je fis une halte dans un bar. Un whisky, un seize ans d’âge, me rasséréna : je n’avais pas à m’inquiéter outre mesure, le travail reprendrait demain, plus tôt que de coutume même à cause d’une réunion stupide, et il ne s’était rien passé aujourd’hui de bien différent, le patron encaissait le coup les bourses encore pleines, c’était tout. Chacun son tour, désolée Jérémie.



Quelques jours plus tard, Jérémie me demanda si j’avais songé à sa proposition, voulais-je jouer ? La nuit tombait, nous allions partir.

Sans crier gare, je retirai mon pull.

Mon soutien-gorge blanc en vinyle transparent sur ma peau également blanche se révéla à la face de Jérémie, un rien surpris par ma rapidité. Je voulais donc jouer ? Il se rassit. J’affectai un air absent, tout en l’observant du coin de l’œil.

Je tirai. La bordure du sous-vêtement, plaquée contre mon aréole, révéla en partie mon sein gauche, et sa pointe.

Mais le regard de Jérémie se porta rapidement à côté, sous le vinyle transparent qui masquait à peine mon mamelon droit traversé d’un piercing à deux boules.

— Tiens, c’est nouveau ?

— Pour toi peut-être, répondis-je évasivement.

— Ça te va.

Je haussai les épaules et repassai mon pull.


Le lendemain, à peu près à la même heure, je décidai de reproduire la scène de la veille…

Jérémie m’avait annoncé qu’il terminerait très tard et me donna congé. Penché sur son bureau, absorbé par son écran, il ne remarqua pas mon manège. Quand il haussa la tête, j’avais retiré les bretelles de mon soutien-gorge de crêpe noir, masquant à moitié mon sein gauche, mais révélant entièrement le droit, avec son piercing.

J’esquissai un sourire à la fois d’excuse et un rien aguicheur.

Jérémie se taisait et, fasciné, regardait.

— Ce n’est qu’un jeu, n’est-ce pas ? fis-je tant son regard était intense.

— Mais oui, se reprit-il. Bonne soirée.

Je filai sans lui répondre.




Le patron me fit parvenir une énorme liasse de documents que mon ordinateur peinait à décompresser. Je jetai un coup d’œil à l’horloge au bas de mon écran. Je n’aurais pas le temps de traiter ce dossier maintenant, allons donc ! Jérémie s’impatientait, tout cela m’énervait. Autant jouer, tiens !

Je levai soudain, me plaçai de profil et baissai mon jeans.

Je me souvins alors, bien trop tard, que je ne portais pas de slip — j’étais partie en catastrophe ce matin, à moitié endormie, panne de réveil.

Jérémie allait donc enfin voir mon cul, ou du moins le haut de mes fesses qui s’arrêtait à hauteur de ma table de travail. Je pivotai un rien sur moi-même et me cambrai pour lui dissimuler ma devanture.

Puis je relevai mon chandail. Mon regard légèrement dans l’ombre entre ma laine et ma chevelure, les bras dressés, la poitrine découverte, les seins en obus, je fixai Jérémie.

Il me toisa, doublement surpris.

— Ce ne sont pas des façons !

— Il est trop tard pour ce dossier, décrétai-je.

Jérémie hocha le menton et s’exclama : « Comme tes seins sont pointus ce soir ! »

Le patron ne s’extériorisait jamais. J’eus la vague impression de marquer un point.

Je baissai immédiatement mon chandail et repassai mon jeans.

Sans piper mot, je pris mes affaires et me dirigeai vers la sortie.

— Au revoir Monsieur le Directeur.

— À demain, Marie.


Mon mari m’attendait dans le parking, il avait porté ma voiture à la révision. Je grimpai à bord.

— Tu en as mis du temps, fit-il, j’espère qu’il te paie tes heures supplémentaires !

— Euh… oui, oui, bredouillai-je.

Il embraya nerveusement.

Nous progressions lentement d’un feu rouge à l’autre. L’habitacle était obscur, traversé de temps à autre par le halo d’un lampadaire. Une étrange voix, au fond de moi-même, me dictait très distinctement, comme dans un jeu de rôles, le texte que je devais prononcer. Oui, là, maintenant. C’était le moment ou jamais. Pendant que tu attendais, le patron me regardait. Sans slip ni soutien-gorge, oui, tu sais bien ce matin ! Nue, oui. Ce n’est pas la première fois, non. Mais

Mais, je restais muette.

Marie pleine de grâce ! caqueta en moi une voix de crécelle.

Je ne trompe pas mon mari. Et du reste, que sais-tu, toi, de la tromperie ? C’est quoi tromper ? Vas-y, explique !

La crécelle s’arrêta net.

Les à-coups du moteur et les klaxons brutaux ne laissaient pas place au silence.


Jérémie émit une suggestion de jeu.

— Non ! Ce n’est pas… du jeu, répondis-je.

— Mais si, c’est toi qui décides.

— Alors, tais-toi.

— Haut couvert et bas caché, lâcha-t-il tout de même.

Puis nous nous remîmes au travail.


Jérémie allait sortir déjeuner lorsqu’il me trouva, debout, adossée au mur près de la porte. Je ne portais qu’un soutien-gorge noir opaque, une bretelle tombant sur le haut de mon bras, la jambe gauche repliée contre ma toison brune.

— Tu ne t’épiles donc plus ? dit-il d’un ton enjoué.

Je fixai le mur d’en face avec l’immobilité d’une statue.

Sa question restait sans réponse.

Jérémie esquissa un clin d’œil et vida les lieux.


Je réservais pourtant une nouvelle surprise à celui qui restait mon patron.

Lors des jeux, les frontières devenaient troubles, ou obsolètes. Destitué, le maître perdait tout pouvoir. Mes apparitions déshabillées étaient autant de coups de talons aiguille dont je perforais son être le plus profond qui, ma foi, ne valait pas grand-chose.

Non sans plaisir, je laissais Jérémie pantois et impuissant. Le directeur reprenait alors sa place parmi ses congénères dont la planète regorgeait, quidams insignifiants, soumis et frustrés.


Le lendemain, à la même heure, il s’apprêtait à sortir lorsque je l’appelai.

— Jérémie !

Il rebroussa chemin sans hésiter, le ton impérieux de ma voix ne laissant aucun doute sur ce qui l’attendait.

Debout, nue, le corps en torsade partiellement masqué par mes bras appuyés sur mon bureau, je le regardai derrière ma chevelure défaite. Mon bras gauche sur mon sein, la ligne ronde de mes fesses, le bronzage de mes cuisses, la trace blanche d’un maillot oublié, mon sexe un rien dissimulé entre mes jambes serrées laissèrent Jérémie pantois.

Il émit un sifflement, presque vulgaire, en profitant du spectacle.

« Et tu as fait ta toilette ! » lâcha-t-il quelques instants plus tard (la veille je m’étais offert une épilation intégrale au salon de beauté, mon mari avait failli me questionner puis s’était ravisé…).

Je soutenais le regard de Jérémie avec une expression glaciale. Il comprit que le jeu était terminé et reprit le chemin de la sortie.

Je me rhabillai et quittai le bureau.


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