7 minutes de lecture

Marie-couche-toi-là 6/6


De retour au bureau, Jérémie m’accueillit avec sa froideur toute professionnelle et la besogne m’occupa jusqu’à treize heures sans discontinuer.


Installé dans le fauteuil, il ouvrait son casse-croûte lorsqu’il me trouva face à lui, pratiquement nue. Il me considéra d’un air soucieux. L’heure n’était pas aux bagatelles… Je retirai mon string, enjambai le fauteuil abricot et lui présentai mon fruit.

— Tu commences par le dessert, c’est compris ! lançai-je sûre de mon impact.

— Non ! dit-il fermement.

— Ah ! répondis-je en rapprochant mes lèvres de sa bouche.

— La Direction souhaite offrir sa chance à une nouvelle recrue, ton CDD n’est pas renouvelé, répondit-il en fixant mon sexe.

— Quoi ?

— Nous sommes très satisfaits de tes services, tu peux compter sur moi si tu as besoin d’une recommandation.

Je suffoquai.

— Je ne comprends pas, finis-je par articuler.

— Ton second contrat à durée déterminée arrive à échéance demain, nous sommes bien d’accord ? dit-il posément.

— J’avais complètement oublié… mais…

— Je suis sûr que tu trouveras autre chose facilement, dit-il en effleurant ma fente d’un léger baiser.

— Et nous ?

— Nous ?

Il émit un long soupir.

— Nous n’avons aucune importance, Marie. La Direction…

— La Direction, comme si tu n’en faisais pas partie, toi, de la Direction !

— Oui, aussi, mais j’ai bien moins de pouvoir que tu crois sur ce qui se décide en haut lieu.

— Salaud ! lançai-je au bord des larmes.

— Salope ! rétorqua-t-il d’un ton presque amical.


Je quittai la pièce nue et désemparée.

Puis j’entendis encore sa voix dans le lointain. « Prends congé cet après-midi, mais reviens demain pour mettre la nouvelle secrétaire au courant. »


Je partis sans répondre ni même claquer la porte.



Le matin au réveil, je consultai rapidement mon téléphone : un courriel de Jérémie m’annonçait qu’il devait s’absenter pour la journée. Bien entendu !

J’arrivai au bureau, en avance comme le patron, pressée de voir la nouvelle secrétaire. À peine sur le départ, j’étais déjà remplacée ! Non mais des fois !! Je fulminais.


Elle se présenta à huit heures précises.

— Le directeur me demande de vous montrer comment nous travaillons. J’espère que la journée suffira, puisque vous débutez demain… lui dis-je d’un regard sévère.

— Je ferai de mon mieux.

Et nous commençâmes.


Je parvins à avaler ma colère pour tenter d’en savoir un peu plus. Son calme m’intriguait.

À dix heures, je lui offris du café.

— Puis-je vous demander où vous avez fait vos études, quelle est votre qualification ?

— Je vous comprends, je prends votre place… répondit-elle d’un ton franc.

Sans animosité ni états d’âme, la nouvelle secrétaire m’invita à consulter son dossier de candidature.

— Il doit se trouver dans le premier tiroir à droite, si le directeur ne l’a pas déjà classé.

Je me précipitai vers le bureau de Jérémie et fis coulisser le tiroir.

— Une chemise bleue, c’est cela ?

— Oui.

J’épluchai le CV détaillé, la copie des diplômes, les états de service. Cela me parut assez léger, mais correspondait au minimum requis. La lettre de motivation, on ne peut plus banale, s’accompagnait d’une enveloppe en papier kraft non cachetée dont le contenu me mit finalement sur la voie. Une photographie au format A4…

— Mais c’est vous ! m’exclamai-je.

L’image représentait la nouvelle secrétaire de face, entièrement nue.

Elle se tenait debout les bras le long du corps, presque au garde-à-vous, sur un plancher de pin clair. Ses seins, lourds mais fermes, contrastaient avec la discrète encoche de son sexe sans poil. Derrière elle, un simple mur crème. Quoi d’autre ? Des cheveux blonds mi-longs, un regard bleu évasif, une bouche entrouverte qui, sans sourire, révélait des dents blanches. Somme toute, des formes, bien proportionnées, qui étayaient à merveille son dossier de candidature.

— Je croyais que les CV étaient anonymes, dis-je d’un ton glacial, un rien menaçant.

— Les CV, pas les interviews. Il n’est pas interdit de porter une pièce complémentaire, répondit-elle placidement. J’ai envoyé des centaines de CV sans obtenir la moindre réponse. Ici, enfin, on m’a proposé une interview. J’ai alors mis toutes les chances de mon côté.

— Vous vous prostituez ?

— Non.

— Mais ça ne vous dérangerait pas ?

— Je n’ai pas pensé à cela, dit-elle une pointe de lassitude dans la voix. Il me fallait cet emploi. Savez-vous ce que m’a coûté le photographe ?…

— Une photo de femme nue, c’est tout ce qu’il y a de plus banal de nos jours ! coupai-je.


C’en était trop. La nouvelle secrétaire soupçonna peut-être la raison de mon trouble.

— Emploi décroché à la première interview, fit-elle en esquissant un rictus entendu, mais totalement dépourvu d’arrogance.

Tu ne perds rien pour attendre, ma belle. Plus tôt que tard, tu y passeras comme toutes les autres. Comme moi… Dans moins d’une semaine, tu seras nue au bureau, pour de vrai cette fois !


Je continuai toutefois de lui expliquer le métier comme on me l’avait demandé et allai même jusqu’à lui souhaiter bonne chance pour le lendemain.



Je ne tardai pas à recevoir un bref texto de Jérémie. Hôtel que tu sais, chambre 9, demain 13 heures. À bientôt.


Je me présentai au rendez-vous. Ensemble, nous pénétrâmes dans la chambre 9. Je me dévêtis immédiatement, mais conservai ma lingerie. Pas exactement du genre qui aurait pu lui plaire. Du noir transparent, mais grillagé, un soutien-gorge très enveloppant (qui laissait toutefois voir la pointe de mes mamelons) et une culotte très haute qui ne montrait rien et me prenait jusqu’au-dessus du nombril.

— Qu’attends-tu pour te déshabiller ? lançai-je sévèrement.

— Hum, pressée de baiser ! dit-il en riant.

Il était nu. Je m’emparai de son sexe conquérant, déjà dressé, le pressai, l’étirai et le suçai avidement. « Ah tu sais y faire, gourmande ! ». Il gémissait.

« Arrête, arrête, je vais me lâcher ! » souffla-t-il.

Il se retira et chercha ma fente derrière la crêpe noire de ma culotte serrée.

« Allons-y tout de suite ! » dit-il.

Assise sur le lit, je le toisai. « On ne va nulle part, espèce de con ! »

Il semblait ne pas entendre. Il se jeta sur moi, déchira mon soutien-gorge et tenta en vain d’arracher ma culotte. Je me dégageai et me rhabillai sous un orage de protestations désespérées. Ah, Jérémie perdait son calme, tiens donc !

Il vociférait, mais ne m’insulta pas quand, d’un pas pressé, je quittai la chambre sans fermer la porte.


L’histoire était terminée. Je venais d’y mettre le point final.




Un mois dut s’écouler quand Jérémie me sollicita de nouveau. Il avait choisi un nouvel hôtel, plus classe.

Comme toujours, c’était à prendre ou à laisser. J’avais toutefois le pressentiment que si je laissais, il ne m’appellerait plus. L’histoire s’était terminée par une de mes (bonnes ?) leçons, je n’avais aucune raison de revoir cet individu.

Pourtant, je passai un panty de dentelle couleur chair sous une jupe assortie d’une paire de bottes et me rendis à l’hôtel.


— Je ne t’ai jamais vu en jupe, ça te va à ravir.

— Je ne sais pas ce que je fais ici, pourquoi je suis venue, encore ! lui dis-je ouvertement.

— Je vais t’expliquer.

— Ah !

Pour une fois que Jérémie donnait une explication…

— Il y a le travail puis ce qu’on appelle le privé. Dans le travail, nous devons être rigoureux, disciplinés, irréprochables — et tu l’as été…

— Reconnaissant en plus ! fulminai-je.

Il poursuivit.

— Dans le privé, c’est différent. Tu es venue à ce rendez-vous, rien ne t’y obligeait.

— J’ai perdu mon emploi, tu m’as foutue dehors ! Et tu la ramènes ?

— Tu retrouveras du travail… La différence c’est que tu es ici pour te faire sauter. Au travail, tu ne voulais pas, sois honnête !

Il me prit par la taille, m’embrassa un court instant (pour la première fois) et tira mon chandail que je portais à même la peau.

— Au travail, nous faisons tout ce qu’on nous demande, dit-il en pelotant mes seins libérés.

Il fit couler ma jupe au bas de mes bottes.

— Dans le privé… susurra-t-il en me mordant l’oreille.

Je l’écartai légèrement.

— Je suis venu pour savoir, Jérémie.

— Savoir ?

Sa main glissa dans le panty, sur mes fesses, puis je sentis son doigt contre mon anus.

— Savoir que tu es une salope ? Moi je le sais, mais toi aussi ! grogna-t-il rageusement.

D’un seul coup, il arracha mon panty, le laissa choir sur la moquette et me repoussa de quelques pas.

— Regarde-toi dans le miroir !

J’aperçus un instant mon corps nu dans mes bottes à mi-jambes. Il me plaça à califourchon sur ses épaules et sa langue glissa dans ma fente ouverte.

— Regarde-toi ! Regarde le miroir ! dit-il frénétiquement.

Je vis ma paire de bottes pendre dans son dos, mon buste arqué, mes seins en l’air, sa bouche qui dévorait mon sexe.

— Oh, oh… fut ma seule réponse.

Son doigt magique allait et venait maintenant au sommet de mes lèvres en feu.

— Dans le privé… haleta-t-il.

— Oui, dans le privé, dans le privé ! l’interrompis-je impatiente.

— Dans le privé, tu es une salope. Tu le sais maintenant ?

Je me taisais, le plaisir devenait incontrôlable.

— Tu es prête à te faire baiser par le premier venu, c’est tout simple.

— Simple ! criai-je.

Il m’enfila soudainement, jusqu’au fond.

— Et le premier venu, aujourd’hui, c’est moi.

— Aah ! Baise-moi, baise-moi, baise-moi !

Au bord de l’orgasme, il plaqua ses yeux contre les miens.

Il m’emmanchait jusqu’à la garde. J’étais toute à lui et je le possédais. Et nous allions jouir. Nous formions le couple parfait, nous…

« Marie-couche-toi-là ! » me jeta-t-il, dans le souffle rauque de son orgasme.



Encore aujourd’hui je vois notre réplique dans le miroir, mon buste arqué, à califourchon sur ses épaules, mes bottes dans son dos. Le quidam et la salope.

Oui, j’avais voulu aller jusqu’au bout, l’entendre me dire qu’il était n’importe qui et que, impitoyable dans ma soif de jouir, je ne valais pas mieux. J’avais recherché la perfection dans le plaisir et je l’avais obtenue : un homme et une femme, Ève et Adam.


Employée modèle, le patron m’avait sollicitée sans relâche dans le travail et je m’étais soumise à ses exigences (croyant mener le jeu). Je lui montrai tout, mais, jamais, il ne fut question de me toucher. Patron modèle ?

Bref, l’employée modèle était une salope. Tout comme le patron qui l’avait baisée puis foutue dehors, pour une nouvelle. Soit.

Notre relation privée durant un an — à peu près le temps qu’il me fallut pour retrouver du travail…

Jérémie m’avoua rapidement qu’il couchait avec la nouvelle secrétaire ; mais chez elle, jamais au bureau. J’éclatai de rire face à sa gêne mal dissimulée et ne songeai pas à lui demander pourquoi il ne la prenait pas sur son bureau — ne s’était-elle pas, d’emblée, proposée et offerte ?

Nos torrides entrevues se poursuivirent dans la plus grande insouciance. Bien sûr, je n’en touchai pas un mot à mon mari. L’épouse fidèle que je fus s’était muée en salope de première, mais, je ne sais pourquoi, cette pensée me faisait rire.

Pourtant, tout changea lorsque Jérémie m’annonça qu’il allait se marier. Avec la nouvelle secrétaire. Ce n’était donc pas une salope, elle… Là, je claquai la porte sans explications.

À l’heure où j’écris, je me rends compte que Jérémie, plus que toute autre chose, m’avait préparée à coucher avec n’importe qui ou presque, à saisir le plaisir au vol.

Je n’avais jamais eu d’amant avant. Je n’en ai pas eu depuis non plus, si ce n’est quelques rares aventures de soirs ou de semaines sans lendemain. En salope assumée, j’ai appris à m’offrir, sans tomber amoureuse. Et je reste sagement avec mon mari.


Copyright © Ji Bocis 2017                                        F I N