Marie en liberté

Une saga de Pagerouge - 2 épisode(s)

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Épisode 2 : Enfin seule

Au retour de chez ma sœur, sur les sièges de notre voiture, tandis que je suçais Antoine, je ne lui avais rien répondu d’autre que « Oui ». A tout ce qu’il m’avait dit à voix basse en malaxant mes seins, j’avais dit « Oui, oui, oui… » Sans la moindre hésitation. Quelle que fut la question ou la scène qu’il s’était mis à me décrire.

« Oui, oui, oui… »

Puis il avait joui dans ma bouche.

Et le lendemain, dans mon miroir, je m’étais tout remémorée. Ce qu’il m’avait dit et ce que j’avais fait. Le moindre geste. Y compris l’incident qui était à l’origine de tout, survenu sur la terrasse d’un café bondé de monde.

A l’origine d’un chamboulement sans précédent dans notre couple.

Sans précédent dans mon esprit.

Le lendemain, lorsqu’Antoine revint de son jogging avec du pain et des viennoiseries, nous n’avons pas évoqué tout de suite ce qui s’était passé la veille. Ni ce que nous avions fait dans la voiture, ni le fait qu’il s’était effondré sur le lit à notre retour dans l’appartement, épuisé qu’il était d’avoir trop bu chez ma sœur et d’avoir éjaculé dans ma bouche ensuite.

Quand il est arrivé, j’ai fait la nana qui venait de se lever et de prendre une douche. J’avais joui cinq fois en son absence. Il m’a raconté qu’il avait eu une belle gueule de bois au réveil, qui s’était à peu près dissipée lorsqu’il s’était mis à courir autour de l’étang. Je lui ai répondu que j’avais eu du mal à me lever, et ce fut tout.

Ce jour-là, nous étions dimanche. Nous sommes allés déjeuner dans une petite brasserie, non loin de chez nous, et Antoine a mis une éternité à faire allusion à ce qu’on avait fait la veille. Pour ça, il a attendu qu’on nous emmène deux petites salades en entrée.

Il a dit :

« Je suis désolé pour hier soir. »

Je l’ai regardé, l’air surpris :

« Pourquoi tu es désolé ? »

Il a haussé une épaule et répondu en baissant les yeux vers son assiette :

« J’avais picolé… »

J’ai pris mon verre et une gorgée de vin. J’avais choisi un petit rosé très frais. Antoine avait opté pour de l’eau gazeuse. Il faisait encore chaud ce jour-là. Il y avait du monde et du bruit sur la terrasse où nous nous étions installés, à l’ombre de grands parasols rouges.

Je m’étais décidée pour une chemisette couleur argile et pour un petit short en tissus noir. Des sandales, un chignon.

J’ai reposé mon verre et dit :

« Tu regrettes ? »

Il s’apprêtait à porter sa fourchette à sa bouche :

« J’y suis allé un peu fort, non ? »

J’ai à mon tour piqué ma fourchette et mon couteau dans ma salade, et répondu sans lever les yeux vers Antoine :

« C’était surprenant. Et je sens bien que tu regrettes… »

« Non, non, c’était bien. »

« Juste bien ? »

« Tu voudrais que je te dise quoi ? »

« Ben… C’était ton idée, non ? Et il me semble que tu y étais à fond, dans la voiture. Je me trompe ? »

« Non, tu ne te trompes pas. Mais j’avais beaucoup bu. »

Je n’ai pas insisté.

C’était Antoine tout craché. Pas fichu de me demander ce que moi j’en avais pensé. Ni quel plaisir éventuel j’avais éprouvé. Ni si par hasard je n’étais pas ressortie de cette expérience avec l’esprit complètement retourné. Rien de tout ça. J’étais dégoûtée.

Et nous en sommes restés là.

Nous avons mangé nos petites salades et terminé nos verres. Nous avons fumé une cigarette en attendant le plat principal, et parlé d’autre chose.

Je portais des lunettes de soleil et j’avais remarqué depuis le début du repas qu’un homme regardait souvent dans ma direction depuis notre arrivée. Sa femme nous tournait le dos. Je lui aurais donné quarante-cinq ans, plus ou moins. Il ne portait pas de lunettes de soleil.

Dans la chambre, devant le miroir, j’avais fait des essais : je savais à quel point il fallait que je me penche en avant pour qu’on voie mes tétons, mais Antoine a brouillé mes pensées en disant :

« Je me ferais bien un ciné, cet après-midi. Tu as vu quels films étaient à l’affiche en ce moment ? »

J’avais la bouche pleine. J’ai fait non de la tête. Un ciné, je me suis dit, pourquoi pas. Même si j’avais bien d’autres choses en tête à cette minute. Mais pourquoi pas un ciné, puisque Antoine regrettait visiblement ce qu’on avait fait la veille, sous l’effet d’un geste maladroit de ma part et celui du champagne chez ma sœur.

Pourquoi pas…

Même si je n’avais qu’une envie, à cette table, à cette seconde : faire en sorte que l’homme qui me regardait, à deux tables de là, puisse voir mes seins, tétons inclus.

Il n’y avait pas grand-monde dans la salle de ciné ce jour-là. J’imagine que les gens étaient allés chercher la fraîcheur ailleurs, dehors, au bord de petits cours d’eau, à l’ombre de grands arbres ou de parasols sur des terrasses de cafés. Mais je n’ai pas voulu contrarier Antoine, et nous nous sommes coltinés un film français ennuyeux au possible, même s’il était bien réalisé, admirablement interprété, et même si la musique était divine. J’ai passé deux heures dans l’obscurité à me retenir de me masturber.

Puis nous sommes rentrés chez nous.

Sous la douche, je me suis de nouveau masturbée. J’ai songé à tous les hommes sur cette terrasse où nous avions déjeuné, qui auraient sans doute beaucoup apprécié de voir surgir mes tétons dans leur champ de vision. Des hommes de tous les âges, peu m’importait. J’avais eu envie de les montrer. Je ne sais pas ce qui m’avait retenue de le faire, à l’insu d’Antoine. La vie, sans doute. Les codes qu’on se doit de respecter quand on figure en public. La bienséance.

Ou bien Antoine lui-même qui, de toute évidence, avait eu la tête ailleurs. Antoine qui avait donné tout l’air d’avoir oublié que, la veille, je m’étais mise à poil dans la voiture pour le sucer.

Mais tant pis, je me suis dit. Et j’ai joui deux fois sous la douche, en m’empêchant de gémir et de crier. Tant pis, car le lendemain Antoine devait se lever tôt pour attraper un train et s’absenter pendant deux jours, tandis que moi, je ne travaillais pas. Alors je n’eus qu’une hâte à compter de ce moment-là : me masturber dès qu’il aurait le dos tourné.

Et c’est ce que je fis, après de longues heures de patience et à l’issue d’une nuit où je peinai à trouver le sommeil. La porte de l’appartement s’est refermée à 7h43 et j’ai bondi du lit pour passer une tunique et me précipiter vers la fenêtre de la cuisine. Je l’ai ouverte et j’ai suivi des yeux Antoine sur le trottoir, jusqu’à ce qu’il monte dans sa voiture et qu’il démarre. Puis la voiture a quitté la rue et j’ai refermé la fenêtre, calmement.

J’avais à présent tout mon temps.

Je ne sais pas combien de tenues j’ai testé, après avoir acheminé dans la chambre, devant le miroir, la petite table ronde en métal et une chaise assortie que nous laissions toujours sur le balcon du salon. Ni combien de temps j’ai joué de cette façon le rôle d’une femme de 33 ans que des hommes observaient depuis les tables voisines d’une terrasse de café. Une femme seule qui portait des lunettes de soleil et qui semblait bouquiner. Sans personne à sa table pour lui faire remarquer qu’on voyait ses tétons quand elle se penchait en avant, ou bien sa chatte quand elle avait la bonne idée d’écarter un peu trop ses cuisses sous le niveau de cette petite table.

Je ne sais pas combien de fois j’ai joui ce matin-là.

Je ne sais pas.

Ce que je sais, c’est que j’ai pris une douche aux alentours de 11 heures, puis un verre de vin blanc, juste après.

J’avais la journée complète et une nuit devant moi. J’ai laissé la table ronde et la chaise dans la chambre. J’ai pris un autre verre de vin que j’ai bu en faisant les cent pas dans l’appartement, d’une pièce à l’autre. Je m’étais décidée pour la version kaki de mes petits débardeurs très échancrés, et pour un mini-short issu d’un vieux jean que j’avais découpé l’été précédent, mais que je n’avais jamais mis pour sortir, parce qu’il était vraiment trop mini.

Antoine n’aurait pas apprécié.

Mais, en son absence, je suis sortie vêtue de cette façon, ce jour-là, après avoir bu quatre verres de vin. Je me suis aventurée dans la ville avec la ferme envie de m’asseoir à une terrasse où il y aurait plein de monde. Une foule et un brouhaha. Et au moins un homme pour me remarquer.

Sous mon short, j’avais fini par décider de mettre une culotte blanche en dentelle, et je savais que si j’ouvrais un tout petit peu les cuisses, on verrait ses bordures. Je ne voulais pas être trop provoquante, ni aussi odieuse que devant mon miroir. Je voulais juste qu’on distingue.

J’étais un peu pompette et l’excitation était à son comble. J’ai longé plusieurs terrasses, en guettant attentivement leurs occupants derrière mes lunettes de soleil, et j’ai choisi une table qui convenait parfaitement à ce que j’avais en tête. Car non seulement j’étais visible des deux tiers des autres tables, mais j’avais repéré deux hommes qui seraient bien placés pour me voir bouger, changer de position, insouciante que je serais.

J’ai commandé un verre de vin et ouvert un bouquin, tout en guettant autour de moi. L’un des deux hommes me regardait déjà. L’autre a mis un peu plus de temps ; je dirais cinq bonnes minutes avant qu’il s’aperçoive que je portais une culotte blanche et qu’on voyait mes tétons dès que je plongeais une main dans le sac posé à mes pieds.

Il me fallut de même un peu de temps pour réaliser ce que j’étais en train de faire : je m’exhibais dans un lieu public.

J’étais assise à cette terrasse depuis vingt minutes quand un des hommes quitta sa table et vint vers moi. Je lui ai donné une petite cinquantaine. Il s’est immobilisé devant moi et m’a saluée. J’ai baissé mes lunettes et levé les yeux pour lui répondre. Ensuite, il m’a demandé si je voyais un inconvénient à ce qu’il s’assoit à ma table et m’offre un autre verre.

Tout est allé très vite.

Beaucoup plus vite que ce que j’avais prévu initialement.

Il s’est assis à ma gauche.


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