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Masturbation

La nuit s’achève. Le matin arrive et il est très tôt.

Le jour point à peine derrière les volets.

Encore dans mon demi-sommeil, je retrouve mes pensées de la veille. Je me souviens, comme tous les matins, de ta présence qui fait battre mon coeur, qui lui redonne vie pour la journée à venir.

Oh, ton absence, perpétuelle, si lourde à supporter !

Sans que tu ne t’en doutes,

assoupis sans doute,

je t’imagine à ton insu.

La matinée s’annonce claire après bien des jours de pluie...

Allongée sur mon côté droit, je distingue mieux ma main dans la pénombre, abandonnée contre le traversin.

Je sens mes yeux briller, l’autre main venir s’y joindre puis la caresser. Les deux pouces seuls sont libres de leurs mouvements, dans cette étreinte offerte.

Sans plus résister, la gauche entoure la droite que l’amène à mes lèvres, à mes baisers mouillés. Me hissant sur mes deux coudes, je fantasme sur toi, t’imaginant là, sous moi, sous mon débardeur qui bâille à cause de la pesanteur...

Bientôt, et afin d’étouffer mes bruits, je me mets à me contracter et à gémir, sur le ventre, contre l’oreiller. Je me sens bâillonnée par mes propres baisers, par les images de mon rêve qui n’ont, pour l’instant peut-être, rien de réel.

Tout à l’heure, c’était chacun de mes doigts expérimenté entre mes lèvres, humides à souhait. Le bout, ton gland, puis le pouce tout entier, sa paume contre ma langue et mes quatre autres doigts caressant ma joue. Je n’étais que mouvements de succions pour ton sexe qui se rallonge. Nous étions bien, au creux de tes draps, un matin de beau temps…

Allongée sur mon ventre, une main entre mes cuisses, je veux ton regard, chaud, pour seule parure.

Le bois du lit craque,

mon corps imprime sa marque,

rapidement,

dans chaque pli du drap,

transpirant sous moi.

Nous faisons l’amour pour la première fois. Mon sexe, surtout, se contracte pour toi, pour le plaisir que tu me donne à travers mes doigts, comprimés entre mon sexe et le matelas. Mes jambes s’agitent tellement que j’ai juste eu le temps d’arrêter une possible crampe…

Retournée,

les cheveux en pagaïe,

le visage chaud,

je sens ma poitrine très humide sous mon haut.

Doucement, ainsi remise, je redeviens maîtresse de moi-même, de mon plaisir lent, sans convulsion pour le moment.

Vite, plus de drap,

Doucement, de moins en moins de haut et de plus en plus mes doigts, chatouillant, depuis leur bout, chaque parcelle de ma peau.

En ces moments-là, je me redécouvre à chaque fois.

La claire obscurité, tant aimée, me permet de bien voir mon corps. C’est, dans cette très fine lumière, que mes seins apparaissent, leurs mamelons à peine dressés.

Pouce et index sont tes lèvres ou tes doigts mêmes.

Je repense alors à mes gestes dans la pleine lumière, lorsque les volets de la pièce sont grands ouverts. Moi assise, mon haut soulevé, mon sein dévoilé, et deux doigts qui pincent, depuis sa base, ce bourgeon de fol amour. J’en salive d’importance, mon sein pris en étau, chaud, pour tes lèvres à toi.

Allongée sur le dos, je répète la sensation en pensant à toi, en mouillant mes doigts pour mes mamelons.

-Mmmmmmmh… c’est bon… !

Je les malaxe, mes seins, délicatement, respire aussi fort que tout à l’heure. Ce sont mes frissons réguliers qui montent de plus en plus fort à l’aide de mon souffle. L’énergie d’amour pour toi qui me purge de mon seul regret : celui de ne pas t’avoir pour moi, de te vouloir pour moi, au rythme de mes doigts sur ma peau brûlante, brûlée de moi, dressée sous ma propre humidité. En réalité, elle me pique pour mon plus grand bien. Elle reluit pour toi, dans toute sa blancheur. Pour toi…

J’imagine tes baisers sur mon ventre, au fond de mon nombril… partout où ma peau passe sur moi. Mon ventre se dresse et je le laisse faire…

Après le débardeur, ample, ma petite culotte doit s’évanouir jusqu’au pied du lit. Je la repousse fermement et vais de suite jusqu’où je peux m’atteindre…

Une expiration forte qui se termine par un prénom, ton prénom sur mes lèvres, trois doigts sous l’océan.

Je me saisis avidement de moi, sans aller trop doucement.

Mes doigts reprennent leur danse folle et circulaire dans un léger bruit de clapotis.

Je vois mes monts se soulever d’amour, se cambrer à l’instar de tout mon abdomen, avant de m’apercevoir que ce serait mieux, que je t’imaginerais mieux, encore, sous ma salive.

Frissonnante, toute en gestes lourds, je remonte mon bras inerte jusqu’à ma bouche. Mon corps se repose et le lit est trempé. J’avale un peu de mon sel… Cœur et corps s’agitent au moment où je recueille le bout de mes index et majeur droits. Je me sens très sensuelle dans ce geste qui allie le contact de mes dents, glissantes sur mes ongles, de la pointe de ma langue et de ma lèvre inférieure, très humide pour ma pulpe, pour tout le bien que je me fais. Inévitablement, je te vois en train de m’observer, la bouche ouverte, les yeux écarquillés, dans cette position là pour toi.

Lentement, je sens ma main qui me survole, qui, tel un prolongement de tout mon être, ne m’appartiendrait plus.

Je sens la salive pour mon sexe, submergé de plaisir et de fatigue,

Les doigts bougent et tout mon être respire, en un cri, cette gravitation ascensionnelle qui me fait être tienne.

Ah ! Ces mouvements de cercles, cet assaut silencieux qui te placerait en moi, qui te place déjà en moi, par simple agitation de mon clitoris.

Ah ! Ton corps tenu entre mes jambes, ton corps collé à l’exacte cambrure du mien, dont les jambes se redressent.

Ah ! Nos deux corps qui s’emmêlent à merveille, qui s’en viennent, l’un pour l’autre, chercher plus loin, l’électricité de notre amour,

Ah ! Ton membre en moi, tes mains partout, les miennes te rendant fou, notre folie commune et partagée, toi tenu entre mes cuisses qui se lèvent qui se serrent et se resserrent contre la pression de mes doigts et…

Aaah… ! Quel délice dur cette fatigue qui s’empare de moi, en nage pour toi, car… je ne saurai jouir sans toi.