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Épisode 2 : La libération

Ces échanges épistolaires par sms et nos intimités dévoilées en quelques mots me transportent. J’ai 15 ans, je redécouvre les premiers émois, je chante et danse dans ma cuisine. Une énergie puissante monte en moi. Joie. Euphorie. Frivolité. Un seul mot ne peut résumer cet état d’esprit. Je flotte et savoure chaque instant.

« Tu sais maman, je vois un beau soleil au fond de tes yeux »

On dirait que la promesse des jours prochains irradie ce dimanche grisâtre… une liberté où tout devient possible…

Rien ne peut m’atteindre aujourd’hui, ni les reproches ronchons de l’homme qui partage ma vie, ni l’appel négatif de ma mère amère, ni les équations.

Je pense à toi, à ces moments clandestins tendus de désir, à ce plaisir qui m’inonde, à ce désir qui revient en moi.

La journée s’écoule, le sommeil tarde à m’emporter. Et pourtant, quel délice de te retrouver dans ce monde onirique, sans contrainte, sans barrière.

Mes yeux s’éveillent au monde ce jour-là sans me douter de ce qui m’attend.

La journée commence comme toute les autres, petit déjeuner, boites à tartines, repassage, brosse à dents, cartable, gel et bisous.

Moi, c’est une journée maison avec plein de tâches rébarbatives. Je commence..

Un sms… c’est toi.

Mon pouls s ‘emballe, les pouces s’en mêlent, l’échange puis ce sms «Et si tu m’appelais ? » je reste complètement figée mais quelle pagaille à l’intérieur…

Mon cerveau s’enflamme et se perd, peurs et envies tourbillonnent. ..

Mais enfin, calme-toi.

Ose.

Va vers ton risque.

Je me botte les fesses, mordille ma lèvre inférieure et pose la main sur mon téléphone. 

Le geste est simple, j’effleure l’icône à l’ancienne, une sonnerie, puis deux, puis trois, ton répondeur, je laisse un message, je ne m’attendais pas à ça. Je raccroche un peu déçue et soulagée à la fois.

Tu rappelles de suite, tu t ‘excuses, le soleil, tu n’as pas su décrocher…

Moi, j’entends surtout ta voix pour la première fois. Chaude, grave, posée, elle m’apaise instantanément et me met en confiance.

Mon corps se détend, je souris.

Le monde extérieur va se diluer peu à peu, je suis ailleurs, transportée par nos échanges, troublée par de nombreuses coïncidences.

Je me confie à toi sans retenue, tu te confies à moi avec simplicité.

Le boulot doit prendre le dessus, on raccroche et continuons par sms.

Ce retour à la réalité est aussi un retour aux peurs, aux doutes, aux angoisses, c’est beaucoup pour un matin, puissant, étonnant, troublant.

Si différent de la réalité de tous les jours, mes larmes coulent. Tu le sens, tu me rappelles.

Il suffira de quelques minutes, l’osmose reprend sa place, je souris, j’éclate de rire, les couleurs se ravivent, les murs s’écartent et l’horizon revient.

Les heures tournent sans nous, nous ne raccrocherons plus, la faim, la soif, tout s’efface pour laisser place à cette complicité téléphonique. Une douche rapide, les premiers vêtements qui passent, tu es toujours là, jusqu’à la dernière minute.

Tu m’as convaincue, arguments par arguments, j’accepte une rencontre, rapide, dans 3 jours, un hôtel, quelques heures. Pourquoi attendre me dis-tu ? Pourquoi vivre demain, pas aujourd’hui ? Tu es sur que tout se passera bien. J’ai peur de ne pas te plaire…tu me dis que c’est impossible.

Tu as libéré une énergie vitale, l’évidence est devant moi, je m’y engouffre. La vie est belle, elle me fait un signe, m’appelle, m’aspire. C’est une évidence, je regarde autour de moi, ce n’est plus chez moi. Une étape de plus vers ma liberté est franchie.

Un dernier petit jeu, un défi, à la clé, un message de toi sur mon répondeur, un bout de toi à réécouter pour attendre notre rencontre.

Ce message, le dernier de toi.

Fin de l’histoire, plus de nouvelles, tu disparais. Tout cela t’aurait fait peur ?

Tu trottes malgré tout dans un coin de ma tête et tente un ultime sms 3 semaines plus tard..

« Hello toi, envie de te déposer simplement un bonjour »

« Hello, c’est bien gentil mais qui est-ce ? On a volé mon gsm, perdu tous mes contacts »

« Celle qui sourit depuis ton message, tout simplement heureuse d’avoir de lire que tu vas bien. Donc celle à qui tu manquais et qui n’a rien oublié. Celle qui avait peur de t’avoir déçue tout en n’y croyant pas après ce lundi suspendu. Ca y est ? Tu souris aussi ? »

Pas de nouvelle. Cette fois le point final s’impose. 

Cette nouvelle en sera l’ultime ponctuation. Ultime message aussi et ultime occasion de te remercier pour les ailes que tu m‘as donné.

Et pourtant, folle  éternelle et fantasque , j'imagine que si la vie le veut, nous nous croiserons dans la vraie vie. 

Il n’y a pas de hasards, rien que des rendez-vous...


 

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