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Murmures 04 - Et si... c'était vrai ?

Précédemment : Murmures 03 - Déshabillez-vous !



C'était il y a 18 mois... Un peu plus... maintenant. Le reste de nos vacances s'était déroulé sans encombre, avec même une météo splendide par moments.

Je ne sais pas trop si ma sœur repensait à cet homme de temps en temps, mais moi oui. Lors de la plupart des récits de ses aventures, j'avais le descriptif en détail du physique de ses partenaires, avec leur qualité et leur défaut. Parfois même des photos.

Là pour la première fois, ma sœur s'était sentie émoustillée par un homme qui pouvait avoir tous les physiques du monde et j'avoue que j'étais envieuse de ce souvenir.

Sans rien faire de mal, sans échanger un baiser ou une nuit de folie, pas même une caresse intime, elle avait passé la nuit dans les bras d'un homme... Un homme qui était peut-être marié, fiancé, divorcé, amoureux d'un homme, ou fidèle à la même femme depuis 20 ans.

Parfois je repensais à cette anecdote, j'en souriais. Je me demandais ce qu'il en avait pensé, lui de cette nuit-là. Si réellement elle n'avait pas tout inventé.

Sans plus jamais en reparler, jusqu'au jour de mon anniversaire.

En juin dernier, Cécile arriva comme à son habitude, les bras chargés de fleurs et de cadeaux. Elle déposa un rapide baiser sur ma joue avant de rejoindre la tribu et me dit en passant :


- Débrouille-toi comme tu veux, j'ai un truc à te raconter... et ça ne prendra pas 3 secondes et demi.

- Ça a un rapport avec ?

- Le sexe évidemment.


Je lui souris et lui fis un clin d'œil. La réunion de famille se tenait entre 4 murs, la terrasse n'étant pas étanche à la pluie diluvienne de cette journée. Le repas était tout simple mais délicieux, tout comme le dessert et les diverses attentions des uns et des autres.

Plus d'une fois je me surpris à observer ma sœur. Elle semblait différente. Ses yeux étaient lumineux, son sourire ne quittait pas son visage, ses joues rougissaient lorsqu'elle partait dans ses pensées... Serait-elle amoureuse ?

Les hommes s'installèrent devant un match de l'Euro, oui, nous étions en 2016. Je m'avançai avec les cafés et m'apprêtais à prendre place aux côtés de mon mari lorsque Cécile me dit tout de go :


- Foot ou sexe ?


Mon mari et nos enfants pouffèrent de rire alors que ma mère s'offensa.

Je me relevai immédiatement et répondis :


- Confidences, maman. Cécile veut simplement me parler.


Sans attendre plus de réactions, on s'échappa de la maison, courant jusqu'à ma voiture pour tenter d'échapper aux gouttes, riant de glisser dans une flaque au bout du chemin. Les clignotants s'allumèrent, les portes se déverrouillèrent, on s'installa rapidement, toujours le rire au bord des lèvres.


- Allez démarre... Je t'emmène boire un Macchiatto, dit-elle rapidement.

- Si c'est moi qui conduis... c'est moi qui t'emmène.

- Joue pas sur les mots... Je te guide, je paie, c'est donc moi qui...


Je fis tourner la clé de contact, le moteur ronronna, et nous voilà parties.

Dans la voiture, elle ne dit pas un mot... secouant négativement la tête dès que je posais une question.


- Prochaine sortie, puis directement à gauche.

- Je peux avoir un indice au moins, réclamai-je.

- Je vais te parler d'un mec.

- Oui, ça merci. J'avais compris. Je sais que tu aimes les hommes. Les femmes même si tu as déjà essayé, c'est pas ton trip.

- En effet... et après ce mec, le prochain, il a intérêt à être sacrément doué. Quoique... j'aimerais bien que cela soit le dernier.


Je tournai la tête pour la regarder intensément. La voiture fit un écart, Cécile posa sa main sur le volant pour redresser les roues, tout ceci ne dura qu'une fraction de seconde et me ramena à la réalité, mais ça fit rire Cécile :


- Je savais que je devrais attendre que tu soies assise avec un café. T'es sacrément dangereuse quand je te raconte des trucs croustillants.


C'est faux. Je maîtrise... mais bon, sauf là... ok j'avoue que la sentir aussi accrochée à ce mec, en 2 mots elle m'avait surprise. C'est vrai.

Installées à une petite table dans le fond de la salle d'un café que je ne connaissais pas, je trépignais d'impatience, alors que ma sœur faisait durer le suspense. J'ouvris la bouche pour réclamer cette gourmandise délicieuse qu'était la promesse d'une confidence coquine de la part de mon amie la plus proche. Mais cette dernière posa une main sur mon bras et sourit :


- A la fin des vacances de Noël dernier, lorsque je suis rentrée, j'ai apporté mon ensemble de ski au pressing pour le faire nettoyer avec ma doudoune. En allant le chercher, je me suis fait gronder. J'avais oublié un truc dans une poche. J'ai haussé les épaules, disant que c'était pas important. Je payai mon dû et avec le ticket de caisse, je reçus un petit papier.


Cécile s'interrompit et me tendit un carton blanc grand comme une carte de visite avec juste un numéro de téléphone et « Appelez-moi ». Je fronçai les sourcils, relevai mon visage et croisai le regard rieur de ma sœur.


- Et ? ... La suite ?

- Devine.

- Quoi devine ? Tu veux que je trouve à qui appartient ce numéro ? dis-je en sortant mon smartphone de mon sac.

- Non ! Pas comme ça. Réfléchis. Je t'ai déjà parlé de lui...

- Tu sais de combien de mecs tu m'as parlé depuis Noël ?

- Ah non, grande sœur. Cette année... des anecdotes tu n'en as pas eu beaucoup... Mais je t'ai parlé de lui l'an dernier.

- Pffffffffffff 365 jours, 52 semaines, avec disons... deux mecs par semaine...

- Salope, siffla-t-elle entre les dents.


C'était affectueux dans sa bouche.


- Bon sérieusement, Cécile. J'en sais rien.


Elle se pencha en avant, fixa son regard au mien et je la vis rougir. La dernière fois qu'elle avait eu cet air, cette émotion c'était...


- L'inconnu dans la grange ! m'écriai-je.

- Gagné. Bon on peut y aller maintenant, dit-elle en se levant brusquement.


Je lui attrapai le poignet, la stoppai dans son élan et l'obligeai à s'asseoir. Le geste fut si brusque qu'elle tomba lourdement sur la chaise qui couina.


Ça nous fit rire.

Les autres clients nous regardèrent en souriant, puis lorsque le calme revint entre nous, je la grondai :


- Te fais pas prier... si tu m'as emmenée ici c'est que tu avais des choses nettement plus émoustillantes à me raconter qu'une simple devinette.

- Pas faux.

- Tu as fait quoi avec ce numéro de téléphone ?


Apparemment, elle n'y avait pas fait plus attention que ça durant quelques jours, mais elle ne l'avait pas jeté. Juste glissé dans la poche de son jeans. Elle le retrouva donc au moment de la lessive.

Décidément ! Il avait été bien transbahuté ce billet, me dis-je.


- Mais au fait... ça signifie donc que ce billet est resté dans ta veste de ski toute une année ?

- Oui, madame fée du logis...


C'est faux... Je suis un peu plus soigneuse qu'elle mais je ne suis pas une putzeFrau (prononcer Poutze FrAou, dame de poutze, dame de nettoyage) comme on dit chez nous. Ma maison ne ressemble pas à un musée... mais plutôt à une maison pleine de vie.

Bref... Aérer sa veste d'hiver avait, semble-t-il, suffi. Je haussai les épaules et ce n'était pas vraiment le souci de notre conversation, ou plutôt son intérêt.


- J'étais devant la machine à laver le linge, ce papier dans la main, prête à le jeter dans la corbeille, lorsque, poussée par la curiosité, j'ai sorti mon téléphone et composé le numéro.


Pendue à ses lèvres, j'en ouvris la bouche, toute ouïe et impatiente, mais ma sœur savait distiller le plaisir comme personne. Enfin sous la couette, j'en étais pas certaine mais dans ses récits oui.

Elle s'amusa avec la mousse de son Macchiatto, posa sa cuillère contre sa bouche, sortit sa langue, lécha la mousse jusqu'à couvrir le haut de sa lèvre... une jolie moustache se dessina alors que j'explosai :


- Cécile !

- Ok... ok... J'avais l'écouteur collé à l'oreille et j'attendais que quelqu'un décroche. Sincèrement j'avais 15 phrases en tête pour démarrer cette conversation, dans le genre : « j'ai trouvé votre numéro, cela doit être une erreur... pouvons-nous nous retrouver pour rire de cette anecdote ? » ou encore « hummm jolie voix... j'ai bien fait de garder ton numéro, tu es libre ce soir ? » mais aucune qui me préparait à ça.


L'homme avait fini par décrocher au bout d'une bonne dizaine de sonnerie en lui disant rapidement :


- Raccrochez pas !


Cécile avait ouvert la bouche, puis l'avait refermée, avait attendu de longues secondes, percevant des bruits de vaisselles et des voix lointaines. Elle commençait à s'impatienter lorsqu'enfin la voix se fit à nouveau entendre.


- Eh bien... vous en avez mis du temps ! avait-il dit en guise d'engagement de conversation.


Cécile était restée sans voix. Elle était interloquée debout face à la machine qui poursuivait son cycle de lavage.


- Vous êtes là ?... Y a quelqu'un ? ... Foutu téléphone ! avait-il dit en raccrochant.

- Hein ? Et c'est tout ? m'énervai-je.

- Non bien sûr que non ! Ce n'était pas tout, mais après ce fut épique. Evidemment que je voulais en savoir plus, évidemment que je voulais être certaine... il me semblait avoir reconnu la voix de cet inconnu mais en même temps je me disais que cela ne pouvait pas être réel. Cela ne pouvait pas être lui.

- Tu... tu veux dire que plus d'un an après, tu pensais encore à lui ? m'étonnai-je.

- Mais arrête de me faire passer pour une femme sans état d'âmes. Oui, ça m'arrivait encore de... penser à lui.


Penser n'était sans doute qu'un euphémisme... vu la rougeur de ses joues, je parierai plus pour de sacrés fantasmes bien cochons et sacrément chauds.


- Donc j'ai appuyé sur la touche « rappel » de mon téléphone, mais ça sonnait occupé. Je recommençai au moins 10 fois, m'énervant, m'acharnant sur le bouton sans jamais obtenir la tonalité attendue. Jusqu'au moment où je reçus un texto :

« Arrêtez de m'appeler, laissez-moi vous joindre. J'ai suffisamment attendu. S'il vous plait. »

Elle me raconta son impatience et son sourire. Elle était déjà conquise. Bien avant cet instant, c'est un fait... mais cela ne fit que renforcer les sentiments.

Elle avait fini par poser son téléphone sur la machine, tellement il se faisait attendre. Elle n'avait cessé de le regarder, espérant l'obliger à sonner. Elle avait croisé les bras sur sa poitrine et tapotait la pointe de son pied sur le sol.


- Lorsque mon tel vibra, je le saisis si brusquement qu'il a failli voler à travers la pièce.

- Tu m'étonnes. Et ?


Cécile ferma les yeux et partagea ses souvenirs.


- Sa voix était chaleureuse, comme lors de son souffle dans mon cou. Je n'exagère pas si je te dis que j'en ai frissonné à ce simple souvenir.


Je souris comme une collégienne, heureuse de voir ma sœur si pantoise.


- Il me demanda immédiatement si je me souvenais de lui. Ses mots... m'ont fait rire. Il s'est décrit comme étant « une bouillotte vivante dans la grange ».

- Qu'est-ce que tu as répondu ?


Elle était bien capable de lui répondre non. De le faire devenir chèvre juste pour éviter de lui montrer certaine faiblesse. Mais à mon grand étonnement, elle m'avoua que son esprit et ses émotions ne lui ont pas demandé son avis.


- Je me suis mise à glousser comme une dinde, alors que j'aurais préféré faire la fière, dédaignant ce souvenir, pour éviter qu'il sache qu'il n'avait pas quitté ses pensées. Mais j'étais... je sais pas...

- Séduite ?

- Oui, exactement. Et pourtant, il n'avait encore rien dit ou presque.

- Non, mais le souvenir était suffisant non ?

- Ouais. Par contre je voulais savoir pourquoi lui semblait si sûr que ce soit moi... Comme s'il avait reconnu mon numéro.


C'est vrai ça... Moi aussi je voulais savoir. Cécile avait légèrement retrouvé ses esprits lorsqu'il lui avait demandé :


- J'espère que vous avez une explication pour m'avoir fait attendre aussi longtemps ?

- Seulement si vous me dites comment vous pouviez être certain que c'était moi au téléphone ! La fille dans la grange.


... à suivre : Murmures 06 - Impatients

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