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Murmures 06 - Première rencontre

 - J'avais besoin de savoir à quoi il ressemblait. Je voulais l'entendre à nouveau en vrai, je voulais connaitre son visage, ses yeux... vérifier que la magie était la même en vrai...

- Qu'est-ce qu'il t'a dit ?

- Il m'a donné les horaires des trains.


Je ris. Autant impatient l'un que l'autre. J'étais tellement heureuse pour ma sœur que je la pris dans mes bras et la serrai fort en le lui disant. Elle s'agrippa de toutes ses forces et me chuchota :


- Il est tellement... et si... mais c'est compliqué... j'ai peur tu sais.

- Hein ? Mais...


Je tentai de reculer, mais elle resserra fortement son étreinte, m'empêchant de voir son regard et son émotion.


- Cécile ? Qu'est-ce qui se passe ?

- Je... je te dirai tout, mais...


Elle respira profondément, recula lentement, comme à regret, puis dit, un sourire de façade collé sur son joli visage :


- Je croyais que tu voulais connaître les détails croustillants.


Je compris qu'elle voulait rester dans l'euphorie de l'annonce de son amour. Il serait temps après de l'interroger sur les difficultés. J'ouvris grand les yeux de manière gourmande et hochai la tête.


- Après m'avoir donné en détail les horaires de train pour le jeudi, je lui demandai d'un air de défi : « Et ce soir... tu n'as pas regardé ? » « Chiche » avait-il simplement répondu. J'avais décidé de quitter Antibes dès la fermeture du magasin et de prendre la route. Il bossait ce soir-là. Il ne pouvait pas m'accueillir ailleurs que dans son bar. J'avais regardé sur Google, j'avais noté l'adresse et même... j'avais pensé à recharger mon téléphone avant de prendre la route.


Je la bousculai en riant. Pour lui, elle y pensait mais pas pour moi.


- Tu n'as pas les mêmes arguments, plaisanta-t-elle.

- Effectivement. Je crois que jamais je n'ai réussi à te faire sourire autant. Et donc ?

- La route affreuse... départ en week-end pour tous... circulation difficile, mais je m'approchai lentement d'Avignon. J'ai mis 1h de plus que prévu mais j'ai trouvé facilement. Même une place de parc pas loin. Et là j'ai commencé à stresser. Toute la journée et même le long de la route, je savais que c'était ce que je devais faire. Pas une fois je me suis posée la question. Je ne le connaissais pas, je savais rien et tout de lui, j'avais pas réservé d'hôtel et je n'avais pas imaginé une seule seconde qu'il ne me plairait pas. Ou qu'il n'aurait pas de désir pour moi.

- Tu couches le premier soir toi ? la taquinai-je.

- Evidemment... sinon quel intérêt ? répliqua-t-elle très sérieusement.


Puis elle s'esclaffa et répondit :


- Si je sens que ça peut être sérieux, non. Mais en général... le sexe pour le sexe, je ne fais pas de fioriture.

- Mais là... ça semblait sérieux non ?

- Oui... mais ce n'était pas le premier soir. Je te rappelle que j'avais déjà dormi dans ses bras de manière très soft... donc...

- Ouais... si tu veux !


Elle me raconta le stresse des dernières minutes.

Elle avait regardé sa tenue, et trouvé que le choix de sa jupe n'était pas le meilleur. Elle avait ralenti ses pas, s'était observée dans une vitrine. Ses ballerines plates étaient agréables pour travailler et pour conduire mais pas très féminine. Tout comme cette jupe. Elle était jolie et confortable mais pas du tout sexy. Le chemisier pouvait rendre le tout plus séduisant, s'il n'était pas froissé par la route et la journée de travail.

Mais à quoi avait-elle pensé avant de prendre la route ? Pourquoi n'avait-elle pas fait plus attention à sa tenue ou plutôt pourquoi n'avait-elle rien pris de plus glamour pour ce premier rendez-vous ? Puis décida que c'était trop tard... Il la prendrait ainsi ou pas du tout. Elle s'ébouriffa encore un peu les cheveux... du moment qu'elle ressemblait à un épouvantail, autant parfaire le portrait jusqu'au bout.

Quatre tables constituaient la terrasse du bar, la porte était ouverte, et seul les fumeurs s'attardaient sur le trottoir. Elle s'était avancée lentement, se demandant s'il la reconnaîtrait. S'il l'avait vu le soir dans la grange, ou le matin au réveil. D'un coup elle s'était aperçue qu'elle avait encore des millions de questions à lui poser, malgré les heures déjà passées au téléphone.

Mais comme une force entre eux, dès qu'elle eut passé le pas de porte, sans faire de bruit ni qu'un client se retourne dans sa direction, Arthur avait relevé la tête de derrière son comptoir et l'avait regardé s'avancer.


- Son regard me rassurait. Mais mon cœur faisait n'importe quoi. Il s'emballait, cognait comme un fou, mes oreilles bourdonnaient, mes jambes flageolaient alors que je continuais de marcher. Il contourna le bar au moment où je m'en approchais, les yeux dans les yeux, rien d'autre n'existait. Plus rien. Je ne voyais que lui. On est resté l'un en face de l'autre sans plus bouger, juste à se regarder, se dévorer. On ne souriait même pas. Sauf à travers nos yeux. Il a relevé une main, qu'il a posé sur ma joue, son pouce a contourné mes lèvres, il a glissé sa main sur ma nuque, m'a approché de lui. J'ai senti son torse contre ma poitrine, son souffle sur mon front, mon nez, mes lèvres. Sa seconde main dans mon dos. Je reconnus ses doigts. Je tendis le cou, lui offrant mon visage, fermant les yeux pour mieux m'imprégner de cette ambiance. Mes mains remontèrent le long de ses bras, j'entourai ses épaules, puis son cou lorsqu'il murmura : « Regarde-moi t'embrasser »


Bon je sais pas vous, mais moi je trouve cela terriblement... romantique !

Ok, il y a des lieux plus adéquats et des murmures plus glamour... mais sérieusement ?!?

Ils ne se sont jamais vus, jamais regardés, ils se sont touchés, puis abandonnés, retrouvés plus d'un an après, entendus avant de se voir. Et de suite... comme une évidence, ils se sont reconnus.

Pour Cécile ok, c'était facile, il ne devait pas y avoir 15 mecs derrière le comptoir, mais lui ?


- Je pense avoir été embrassée de toutes les manières qui soit, mais jamais encore comme lui m'a embrassée. Entre ceux qui t'enfilent la langue au fond de la gorge de peur que tu ne les sentes pas, ceux qui bavent, ceux qui cognent tes dents, ou qui te mordent la langue, qui semblent combattre afin de remporter je ne sais quel trophée ou au contraire les timides que tu es obligée d'aller chercher, en craignant qu'ils s'éloignent encore... Mais pas lui.


Forcément, cela ne pouvait être que bien, non ? Elle ne pouvait pas être très objective, vu les yeux d'amoureuse transie qu'elle m'offrait depuis son arrivée. Mais je n'avais encore rien entendu de croustillant. Je voulais bien le détail de ce baiser, ce premier baiser.


- J'ai consenti à ouvrir les yeux et je l'ai vu s'approcher. Son visage me frôlait, son souffle me caressait, ses doigts serraient légèrement plus fort ma nuque, ses lèvres s'écartèrent lentement. Mes yeux passaient de sa bouche à son regard, puis j'ai plongé dans le vert de ses yeux. Des lueurs étincelaient faisant briller des milliers de petits éclats dorés qui rendaient son regard encore plus lumineux.


J'allais soupirer, la couleur de ses yeux, franchement... C'était le baiser que je voulais ! Mais je ne dis rien. Vous me connaissez, j'ai attendu.


- Son visage s'est encore approché, j'ai d'abord senti la douceur de sa lèvre supérieure. Il est resté immobile ainsi une seconde, peut-être deux, puis il a respiré profondément, j'ai donné mon accord tacite en joignant ma lèvre inférieure et nos langues en chœur sont venues se caresser de leur petit bout pointu. C'était si doux, très sensuel, presque timide mais le fait de se regarder, de deviner les émotions dans les yeux de l'autre rendait ce premier baiser parfait.


Elle ferma les paupières, ses joues rosirent, sa bouche s'arrondit, sa main se posa sous son menton et apparemment... elle partit en plein rêve.

Euh... Cécile ? Et moi... tu m'oublies ?

Je souris et attendis qu'elle se rappelle ma présence. Dans d'autres circonstances, je crois que je me serai moquée de son air pantois, mais là j'étais émue comme elle.

Sans ouvrir les yeux, elle murmura :


- Sa langue s'approcha encore, vint caresser le côté de la mienne, puis s'enroula, se frotta, s'éloigna. Il cligna des yeux et je fis pareil. Je voulais le déguster lentement, tendrement et me faire toutes les images que j'avais en tête. Je voulais m'envoler, le laisser s'éloigner et revenir, parfois c'est moi qui allais le rechercher et le ballet reprenait. C'était si doux, si tendre, mes mains décidèrent enfin de participer et je m'accrochai à ses épaules. Il me serra contre son torse, enlaça ma taille et reprit son baiser de manière plus fougueuse. Je me souviens en avoir couiné.

Je souris. Elle ouvrit les yeux et grimaça.


- Ouais, bon ça va... fous-toi de moi.

- Mais non ! Cécile... jamais !

- Tu parles, tu te retiens de rire.

- Excuse-moi, mais je ne fais QUE sourire. Je suis heureuse de te voir ainsi.


Elle souleva les sourcils et je n'étais pas certaine qu'elle m'ait cru. Mais c'était vrai pourtant.


- Un bruit nous ramena enfin à la réalité. Il cessa son baiser sans s'éloigner de moi. Il ouvrit les yeux, je l'imitai. Il me sourit, s'écarta de moi et murmura un simple : « bonsoir ».


Ça l'avait fait rire. Nerveuse peut-être, surprise sans doute.


- Il garda une main dans mon dos, sortit un trousseau de clés de sa poche qu'il lança sans un regard a un homme placé derrière le comptoir. J'ai su après que c'était son frère. Mais sur le moment j'avoue que je n'ai pas trop tilté. Mes yeux happés dans les siens, son corps près de moi, j'admets que je ne l'avais même pas observé dans son ensemble. Je trouvais son sourire charmant, ses yeux lumineux, son visage sans défaut et ses cheveux parfaits. De la longueur que j'aime, où je peux balader mes doigts, les tirer, sans qu'ils tombent sur les épaules ou qu'ils soient trop courts. Bref... c'était l'homme idéal. J'ai rien dit, j'ai rien murmuré. Sa main a quitté le creux de mon dos pour venir enlacer mes doigts. Je l'ai suivi à l'arrière du bar. Il a ouvert une porte qui donnait sur un couloir, avec au bout un escalier qu'on a emprunté, puis une autre porte, un appartement...

Avec lui aussi un couloir, des portes, des chambres, un lit... Bref je ne vous fais pas un dessin... quoique je commence à vous connaître... et vous vous dites que si moi j'ai eu des infos... autant que je vous en fasse profiter, hein ?

Gourmands.


- J'ai rien vu de son appart', je ne me souviens même plus s'il a allumé la lumière, mais une chose est sûre, il ne m'en a présenté aucun recoin. Il a avancé rapidement, après avoir verrouillé la porte d'entrée en m'entraînant dans son sillage. Une fois dans la chambre, il semblait respirer plus fortement. On s'est mis face à face, ses mains se posèrent sur mes joues, les miennes sur sa taille, il a murmuré que j'étais belle, j'ai répliqué qu'il était beau... te moque-pas Eni s'il te plait. Il l'est vraiment... beau.

- Mais arrête de croire que je vais éclater de rire dès que tu sors une parole fleur bleue, bonté... c'est fou ça !

- Je te connais quand même.

- Tu ne m'as pas habituée à ce genre de récit, mais il n'empêche que les histoires romantiques, fleur bleue, et dégoulinantes de guimauve... j'aime bien. Surtout quand ça t'arrive à toi.

- Ben régale-toi alors... parce que la chute risque d'être rude ! marmonna-t-elle morose.

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