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Nashville

Nous nous donnons rendez-vous à l’hôtel habituel. Je voyais Maria depuis plus d’un an, je ne suis plus sûr. On s’était rencontrés lors d’une soirée chez un ami commun. Sa robe bleue avait immédiatement attiré mon attention, cependant la bague dorée à l’annulaire de la main gauche avait agi comme un bouclier autour d’elle. Cela ne m’arrêta pas et nous devînmes des amants occasionnels. C’est le genre de relation qui convient à deux personnes mariées. Nous ne nous écrivons pas et nous nous appelons pas, un simple message avec l’heure s’affiche sur mon téléphone de temps à autre quand elle a envie de moi. Quand j’ai envie d’elle je procède de la même manière, je lui écris une suite de chiffres : heure et date.

Cela nous convient, nous nous retrouvons au Nashville à la rue Sismondi près de la gare. Celui qui a envoyé l’invitation arrive en avance et réserve une chambre au deuxième étage et dépose un foulard rouge sur la poignée afin d’indiquer à l’autre quelle chambre nous partagerons.

Je suis arrivé en avance, je rentre dans l’hôtel. La réception se trouve à la droite tout de suite après l’entrée, à gauche se trouve un bar assez miteux. Les chaises sont en faux velours vert qui perdent leur couleur avec les années. La pièce sent le renfermé.

Je loue la chambre 207. Nous avons l’habitude de louer celle-là si elle est disponible. Je rentre dans l’ascenseur en même temps qu’un couple. Une prostituée que l’homme a dû trouver sur la rue d’à côté. Ses vêtements étaient trop vulgaires, une mini-jupe rouge qui moule ses fesses à la perfection, assez courte pour admirer celles-ci. Elle porte un haut blanc où on peut encore voir l’étiquète du magasin et ses bottes noires montaient jusqu’aux genoux. Elle mâche son chewing-gum la bouche ouverte. Elle enfonçait sa langue dans la bouche de cet homme, son rouge à lèvres reste sur le tour de sa bouche.

Je sors de l’ascenseur, la chambre se trouve au bout du couloir. J’ouvre la porte et je dépose le foulard comme d’habitude.

À peine j’ouvre la porte et le sol recouvert de moquette jaune et bleu m’agresse les yeux. Ces lignes en diagonale au sol tentent d’élargir la pièce sans succès. Le choix de cette moquette est pour le moins étrange ; un bleu roi, censé apporter de la noblesse, se change en bleu foncé brûlé par endroits par des mégots de cigarettes et un jaune soleil, qui devait produire de la lumière, s’est changé en jaune délavé à force des passages. Ces couleurs jurent avec le blanc des murs qui a également changé de teinte vers un beige plus foncé en hauteur du fait de la fumée.

J’allume une cigarette et je m’assois sur une des chaises qui accompagnent la table bancale en bois qui est en face du lit.

La pièce doit faire au maximum 20 mètres carrés. La salle de bain se trouve juste à gauche de l’entrée. Une pièce au carrelage blanc et aux joints sales qui n’a rien de particulier. Sur le lavabo se trouve un panier où je repère quelques produits de beauté : un savon, deux petits flacons de shampoing accompagnés d’après-shampoing, un autre flacon de savon liquide, une brosse à dents et des cotons-tiges. À la droite du lavabo, sur un petit tabouret, se trouvent plusieurs linges de bain de tailles diverses. On peut y voir gravés les lettres NS en doré. La baignoire a une taille standard. Une petite odeur de javel flotte dans la salle de bain.

Maria est en retard, j’espère qu’elle viendra quand même. Ça lui est déjà arrivé d’avoir un empêchement de dernière minute, on a convenu qu’on s’attendrait un quart d’heure maximum.

Je me prends une petite bouteille de whisky qui se trouvent dans le mini bar et le verse dans un verre.

Le mini bar se trouve dans la penderie au fond de la chambre. Un grand meuble en bois qui prend une énorme place dans l’espace. Il se trouve juste à droite du lit. L’armoire est presque vide à l’exception d’une étagère où se trouvent une bouilloire de petite taille, le mini bar et une liste de prix allant de 5 à 10 francs. On peut y trouver quatre canettes de Coca-Cola à 5 francs, deux petites bouteilles de whisky et deux de vodka à 10 francs pièce, une bouteille de jus d’orange à 7 francs, 3 bouteilles d’eau plate et une gazéifiée a 6 francs pièce et quelques snacks à 8, 50 francs. Je remarque également un papier plastifié avec une liste de prix pour le pressing.

Je retourne m’asseoir sur la chaise en face du lit. La table ronde n’a rien de spécial. On peut apercevoir une grande fissure dans le bois. Un morceau de clou dépasse de la fissure d’un centimètre. Une vieille table en bois foncé avec seulement un pied et deux chaises aussi anciens que la table.

J’observe le lit. Il doit faire 1,60 mètres par 2 mètres. Il est composé de deux matelas de 80 cm chacun. Il y a aussi deux duvets et deux coussins recouverts d’un drap beige. Au pied du lit une couverture bleue pliée en quatre pour les frileux. Le cadre du lit est du même bois foncé que la table. On aperçoit une légère bosse dans le matelas du côté droit, une marque d’usure. Les tables de chevet n’ont rien d’extraordinaire, des simples cubes en bois pourvus de deux tiroirs dans le même bois que le lit et la table.

Un seul cadre décore les murs beiges de la pièce. Un paysage de campagne en tons de jaune y est peint. Il doit mesurer 100X80 centimètres.

Les rideaux ne se ferment pas très bien. On doit tirer fort sur le tissu afin de cacher la lumière qui passe à travers de la petite fenêtre. Une trace de poussière est nettement visible sur le rebord de la fenêtre, cela me fait aussi remarquer la poussière sur les pieds de la chaise sur laquelle je suis assis.

Quelqu’un frappe à la porte, c’est Maria. Elle m’embrasse tendrement sur la joue et se dépêche d’aller dans la salle de bain en disant qu’elle a une surprise pour moi. Je m’assois sur le lit en attendant qu’elle sorte. Le lit grince.

J’aperçois une tache bleue sur le mur que je n’avais pas vu avant. Je me demande ce qui a pu laisser une tache bleu clair sur ce mur, peut-être des bottes en cuir bleues qui auraient frotté contre le mur ou un bout de bois bleu qu’un client aurait apporté. Je sens aussi la bosse sur le matelas, comme si quelqu’un avait dormi que sur le côté droit pendant longtemps.

Maria sort de la salle de bain, elle porte une tenue rouge, des bas noirs jusqu’à mi-cuisse surmontés d’une dentelle rouge, un porte-jarretelle de la même couleur tient les bas. J’aperçois un bout de l’étiquète de son string qui me montre qu’elle venait d’acheter cet ensemble à Manor de la marque Madison. C’est une taille M. Il y a déjà une petite figure sur ses bas. Je remarque aussi un grain de beauté au niveau de sa cuisse gauche. Son string en dentelle était ouvert au niveau du sexe. Elle grimpe sur mes genoux et m’enlève ma chemise. Elle doit peser dans les 60 kilos. Sa peau est très douce et sent la vanille. Je la renverse sur le lit. Je la baise. Je me rhabille. Je prends le train de 21 heures.