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Never alone, always together

« Tu vis dans le trou du cul du monde. » C’est ce que disent mes plus proches amis.

J’ai une petite maison, perdue dans le parc du Morvan, dans le lieu-dit « Le Champ Derrière ». J’y vis quand je ne suis pas ailleurs. C’est une sorte de refuge, que je prête volontiers et je l’ai même référencé sur Airbnb.

Elle ne compte que deux pièces, de belles dimensions mais modestement aménagées.

On ne s’en aperçoit pas tout de suite mais une fois entré, on découvre très vite de nombreuses plaques de métal doré disséminées dans les moindres recoins de la maison. Une curiosité qui n’est pas sans intérêt.

Un week end de juin, un groupe de trois personnes ont réservé la maison. Elle étincelait car je l’avais consciencieusement astiquée et briqué chacune des plaques.

J’ai préparé un sac avec le strict nécessaire (quelques vêtements de rechange, une bouteille d’eau, un livre, une lampe de poche, une moustiquaire et une petite paire de jumelles) et j’ai quitté mon logis.

La face sud de la bâtisse est entièrement vitrée, elle donne sur la vallée. La vue est splendide. Chaque pièce dispose de larges fenêtres, jusqu’à la salle de bain qui donne sur le sous-bois.

Ils sont arrivés le vendredi en fin d’après-midi, la maison était ouverte comme toujours, dans le « trou du cul du monde », il n’y a rien à voler. Un rapide tour du propriétaire, puis ils ont déchargé leur voiture et vite pris possession des lieux. Le frigo rempli, les premières bières sont sorties. Installés dans la véranda, ils profitent de la lumière du soir et je lis sur leurs lèvres le bonheur d’être ainsi perdus.

La nuit tombe, je me rapproche.

L’un des convives entre dans la salle de bains. Il allume le poste de radio, je me demande quel est le morceau. Tout en se déshabillant, il danse en balançant légèrement des hanches. On dirait qu’il chante aussi. Il ouvre le robinet d’eau chaude, la buée recouvre la vitre. À partir de maintenant, je devine seulement et j’attends.

C’est une douche à l’italienne avec un large pommeau qui déverse de grosses gouttes d’eau. Il y a une plaque posée tel un cartel, à l’angle inférieur gauche de la fenêtre.

« Derrière le rideau, la forêt.

Il n’est jamais tiré…

Mais pensez-vous que les pies épient ? »

Son ombre s’éparpille dans l’eau qui l’éclabousse. Durant quelques minutes, il reste immobile, la nuque penchée. Puis, il s’extrait du jet et se penche pour regarder de plus près. La plaque doit être embuée.

D’un coup sec, il tire le rideau. Un second filtre et sa silhouette s’éloigne encore mais je distingue toujours des mouvements. D’une main, il se frictionne le torse, les épaules tandis que l’autre semble posée sur le bas de son ventre. Il se retourne, se penche et s’appuie au mur d’une main, ses gestes sont lents. La tête toujours baissée, sa main libre se balade, on dirait qu’il s’agrippe la nuque, la relâche, laisse retomber son bras et saisit une de ses fesses. Sa tête se redresse et il s’arrête net. Il rouvre le rideau aussi vivement qu’il l’a refermé plus tôt. Face à la vitre toujours floue, il forme deux cercles. L’un à la hauteur de son visage, l’autre plus bas. Les yeux grands ouverts et le regard droit, il reprend son office là où il l’avait laissé. Sa queue est fière, tout son corps est tendu, maintenant il se masturbe vite et fort Tout contre un arbre, je ne le quitte pas des yeux et le singe. Les mains glissées sous mes vêtements, je suis son rythme. Il pose alors son front contre la vitre, je ne perçois plus son regard. Il saisit ses couilles à pleine main et les masse doucement, reprend son mouvement de l’autre, encore lentement puis accélère crescendo le va-et-vient. Lorsqu’il vient, je viens. Il éclabousse la vitre et le souffle de son soulagement me cache à nouveau son visage.

Ces plaques ne sont pas de moi, je les ai trouvées dans un grenier, chez une amie. Difficile à dater, elles sont toutefois foutrement adaptées à mon logis et à mes lubies. Après cette partie, je les ai laissés. Tout le monde a droit à un peu d’intimité.

Je reviens le lendemain matin, au lever du soleil.

La porte d’entrée est légèrement entrouverte.

Je suis là depuis cinq minutes quand une silhouette se glisse à l’extérieur. Nue des pieds à la tête, la jeune femme reste immobile sur la première marche. Elle croise les bras, saisie par la fraîcheur du matin. Elle lève le nez pour inspirer une grande bouffée d’air parfumé et ferme les yeux d’aise. Elle frissonne un peu, s’étire, se retourne et son regard se pose alors sur la maxime dorée.

« Les pieds dans la boue.

Bon pied, bon œil.

Pour gambader, suffit de se chausser. »

Vite lue, elle secoue la tête et rentre, tirant la porte derrière elle…

Mais la voilà qui revient. Elle a enfilé une paire de baskets, rien de plus.

Elle s’avance et descends les trois marches du perron. Elle regarde un peu partout autour. La vue sur la vallée l’appelle et elle part à droite, longeant la maison jusqu’à la véranda. Elle s’arrête pour poser sa main dans l’herbe mouillée de rosée, elle se penche et je la suis des yeux, suivant la ligne de son dos, de sa nuque jusqu’à l’abîme de ses fesses.

Elle approche du versant et s’y assoit. Je me glisse silencieusement dans la végétation pour la suivre. Son cul posé, l’herbe s’y installe, sous elle et partout autour.

Il y a quelques merles matinaux qui font trembler les branches, elle n’y prête pas attention. Un écureuil lui passe sous le nez en bondissant, il s’arrête à une dizaine de mètres d’elle et la fixe. Elle le regarde en retour. Il ne cille pas, de peur peut-être, alors elle s’en lasse. Reportant son regard loin à l’horizon, ses mains courent et fouillent le sol qui l’entoure. Ses doigts se couvrent de brins d’herbe et de terre.

Je la vois qui s’allonge tout du long, elle observe maintenant l’arbre qui la surplombe. Ses branches et feuilles vont et viennent au gré d’une bise intermittente. Elle glisse ses doigts dans le triangle de son entrejambe, elle s’échine doucement et expire des nuages de plaisir. La jeune femme se concentre sur son œuvre avec volupté et sa malice s’arrête à mouiller deux doigts de son autre main pour titiller, pincer et agacer l’un de ses seins. Elle ne s’aperçoit pas qu’à quelques pas, son compagnon à la queue panachée s’approche en bondissant.

Les yeux fixés sur ses jambes relevées et ses genoux pliés, je n’avais pas vu non plus le rongeur voyeur arriver… Et c’est sa tête qui me surprend, son buste dressé, agité de curiosité, dans mon horizon en triangle inversé.

Elle gémit de plus en plus profondément, de mon abri je perçois même parfois comme des bribes de phrases. Le feu de joie semble maintenant à deux doigts… Et c’est là, lorsque que sa mâchoire s’abîme et s’ouvre en grand, juste avant l’instant, que l’animal bondit sur son ventre, rebondit sur son front et libère la jouissance, en un cri bestial. La peur mêlée au plaisir.

Je jubile et la jalouse. Tout du long, j’avais emprunté son corps et occupé ses pensées, laissant monter mon plaisir. J’ai joui certes mais j’envie la surprise et la sensation griffue de l’assaut imprévu.

La lumière du soleil éclaire maintenant la maison et je la quitte.

Je ne reviens qu’au soir, tard et la fête a commencé sans moi.

Derrière la véranda, je vois tout le salon. Ils sont debout et déambulent, ils boivent à même les bouteilles de vin, parlent fort et mangent avec les doigts. Toute la vaisselle est sortie et la grande table remplie de victuailles.

Des peaux de chèvres recouvrent le sol où est éparpillé l’un de mes jeux d’enfant. Il est incomplet mais les cartes restantes sont rigoureusement étalées, formant un rectangle, faces cachées. L’un des deux jeunes hommes retourne trois cartes au hasard et appelle : Louise, tu seras… Le cheval. Charlie, le tigre ! Et moi… l’autruche. Mauvaise pioche, semble-t-il penser.

Parmi les accessoires de la maison, les hôtes ont accès à de nombreux déguisements, mis à disposition dans une grande armoire richement garnie. Ils la fouillent déjà et je vois sortir mes pièces favorites. Ce sont des habits complets qui ont la forme de peaux à jeter sur le dos.

Louise tombe ses vêtements et s’empresse de glisser ses mains dans les sabots. Le bout de ses doigts en dépasse. Elle rabat son long museau sur son front. À quatre pattes, elle tente de ruer, elle saute en tous sens et j’irai bien lui mettre une bride pour la calmer.

Le tigre, lui, en rajoute… Il a trouvé une grande boîte de maquillage et des pinceaux et, entièrement nu devant le miroir, il se couvre de jaune et d’orange puis dessine des rayures sur son visage, son cou et son ventre. Il poursuit sur le bas du corps et à la fin, il n’y a plus une parcelle de peau vierge.

Ne reste plus que Max qui, a défaut d’avoir tiré le gros lot, n’a pas perdu de temps… Son énorme postérieur emplumé enfilé, il a rapidement fixé le long cou dressé à ses propres épaules. Dur à imaginer, mais en somme l’animal est maintenant doté de deux têtes, la fausse trônant bien haut et la vrai intégrée au costume au niveau de l’encolure de l’oiseau. Deux grandes pattes font aussi partie de l’habit, dans lesquelles il s’est glissé en souplesse.

Louise déambule dans le salon, au rythme de sa nouvelle condition. Elle s’arrête parfois et s’ébroue pour chasser les mouches imaginaires de ses yeux. L’échassier entre en scène. Pliant haut les pattes et avançant doucement, Max rejoint le petit étalon et se penche pour lui picorer le museau. Son bec touche le sol mais sa bouche pince et goûte les joues, le nez puis le cou de Louise, qui tourne la tête et fouraille dans les plumes. Elle respire fort, imitant à merveille le souffle de l’animal et cet air chaud réveille le corps de Max.

Ils ne s’occupent pas de Charlie qui a pourtant fini de s’apprêter. Perfectionniste, il a trouvé la mâchoire assortie aux crocs saillants. Tapi contre le mur dans l’angle de la cheminée, il est dissimulé à leurs regards par le bas canapé, un Togo dans la jungle. Au-dessus de lui est accrochée la plaque délurée :

« La bête a bon dos.

L’Homme est un loup pour l’Homme.

L’arche pourrait bien couler, allons s’amuser. »

L’oiseau s’occupe de la toison de l’équidé pendant qu’elle-même s’échine à gober sa branche. La scène est trop belle et le tigre bondit sur le derrière ébouriffé pour le mordre à pleines dents. Effrayé, l’oiseau fait volte-face et recule lentement jusqu’aux pieds sabotés, laissant, dans le même temps, courir ses mains palmées sur les jambes de Louise qui attend la suite. Plus personne ne rit, l’attention est toute tournée vers la bête griffue. Sa grosse tête se penche sur le long museau, se glisse sous le masque pour lécher goulûment le visage de la femme chevaline. Puis il l’écrase de ses grosses pattes et dévore les tétons durcis. L’autruche reste en retrait mais n’en perd pas une miette. Il laisse le tigre se repaître et discrètement se redresse. De son mouvement d’échassier saccadé, il fait le tour de la cène.

Charlie-les-dents-longues poursuit sa dégustation et après avoir croqué le ventre, fourré son nez dans le fourré, il savoure les cuisseaux. Louise est alors giflée par une nouvelle herbe, grasse et épaisse, au parfum amer. Comme il n’y a qu’une tige, elle prend son temps. Elle la renifle, la lape, en cherche la racine et l’avale profondément. L’oiseau n’est pas loin, il s’est abaissé juste derrière la longue queue du félin distrait. Il l’attrape, la soulève et glisse son long cou entre les fesses frémissantes de la bête. Il y glisse son propre nez et sa langue commence à titiller l’anus du roi de la jungle. Surpris, celui-ci extrait sa tête des longues jambes de Louise, et se retourne pour rugir en direction de ses deux proies…

Ce jeu de la bête à trois dos a duré toute la nuit. Je vous laisse imaginer la suite car j’en ai déjà trop dit. En tout cas, sachez que si vous recherchez un endroit au calme et préservé, vous ne devez pas hésiter pas à me contacter > Airbnb #Lechampderrière #vuesuperbe #jeuxàvolonté #reposassuré

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