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Nuits tropicales

Ce petit récit est dédié à ma lectrice qui a apprécié le précédent, lui aussi souvenir des Tropiques…

Les îlets au sud-est de la Martinique sont des petits morceaux du Paradis terrestre qu’Adam et Eve ont emportés avec eux, en contrebande, quand ils ont été chassés du Paradis en question. J’avais été invité à passer le week-end sur l’un d’entre eux, où des amis possédaient une petite maison, une sorte de bungalow éclairé par des lampes à gaz et où il fallait apporter des bonbonnes de butane pour faire la cuisine – mais le site, au bord d’un lagon, faisait oublier cet inconfort modéré.

Parmi les invités, il y avait une jeune femme – oh, le même âge que moi, je suppose, ou guère moins. Une de ces métisses des Antilles où le noir, le blanc et le jaune forment un mélange si harmonieux que l’on ne peut discerner les diverses origines. Un visage souriant, un corps bien fait, d’une couleur pain d’épices des plus appétissantes.

Le soir tombait, assez tôt comme de juste en ce mois d’octobre. La dizaine d’autres participants étaient retournés au sec, sur la plage ou dans le bungalow. Mais ni elle ni moi n’avions envie de sortir de l’eau. Dans la nuit à présent complète, l’eau était animée d’une légère phosphorescence, qui allait très bien avec le scintillement des étoiles, là-haut. Nous bavardions de choses et d’autres, nous nous racontions notre vie, nos études… tout en barbotant délicieusement. Soudain, je fus pris d’un désir puissant de l’enlacer – cette jeune femme charmante, dont le maillot de bain ne cachait que très peu les charmes pulpeux, et dont seuls quelques centimètres d’eau cristalline me séparaient…

Mais non, ça ne se faisait pas ! J’ai résisté.

Le lendemain soir, en se quittant, elle m’a invité à un petit dîner qu’elle organisait chez elle, trois jours plus tard, pour trois ou quatre amis. J’ai accepté, bien sûr.

………………………

Le jour dit, j’étais bien à l’heure, dans un petit appartement du Lamentin. Le dîner fut très agréable. La soirée s’avançait et les trois autres invités prirent congé – moi-même, je m’y apprêtais, quand l’électricité fut coupée dans tout le quartier. Une panne banale, qui n’allait durer qu’un moment… Mais je n’allais pas laisser mon hôtesse dans le noir !

Nous sortîmes sur le balcon, sous les étoiles… encore ! La nuit, doucement éclairée de lune, était propice à la fusion des corps, sinon des âmes… et cette fois, j’ai cédé. Nous étions tous deux accoudés à la rambarde, et j’ai passé mon bras sur ses épaules. Sans rien dire, souplement, elle s’est dégagée.

Raté… Alors, j’ai fait ce que je n’avais jamais fait – j’ai insisté. J’ai de nouveau passé mon bras sur ses épaules nues, m’attendant à une rebuffade mais incapable de m’en empêcher. Soudain, elle s’est tournée vers moi et m’a embrassé sur les lèvres tout en me serrant dans ses bras.

Ce fut si brusque, si violent, que je n’ai pas eu le temps de réfléchir – elle était tout contre moi, il n’y avait rien entre nos corps que nos légers vêtements… Et un instant plus tard, il n’y avait même plus sa robe. Elle ne portait dessous qu’une minuscule culotte.

Sa langue était dans ma bouche, ses bras me serraient contre elle, écrasant ses seins sur ma poitrine, son bassin était si collé au mien qu’elle ne pouvait ignorer mon érection ! Et mes mains caressaient ses fesses, sous sa culotte plus symbolique qu’autre chose…

………

Vous connaissez ces dessins animés où un personnage court si vite qu’il ne s’aperçoit pas qu’il a franchi le bord d’un précipice et qu’il est loin au-dessus du vide ? Et quand il réalise où il se trouve – horreur ! Pour éviter (en général sans succès) une chute épouvantable, il doit courir dans l’autre sens, mais toujours dans le vide.

C’est l’impression que j’ai eue quand elle a retiré sa langue de ma bouche et m’a dit : « Non, non, arrête ! » J’avais largement dépassé le point de non-retour, mais non, il fallait quand même faire demi-tour.

J’ignore comment j’ai fait pour me maîtriser, mais je me suis retrouvé haletant, épuisé, effondré sur le canapé du salon, avec l’impression d’avoir le cerveau en compote et le système nerveux grillé par une surtension monstrueuse. Assise en robe de chambre à côté de moi, elle me tapotait la main…

Comme j’étais visiblement incapable de rentrer chez moi, elle m’a offert de dormir dans le salon, sur un matelas de plage. J’ai accepté, enfin, le zombie que j’étais devenu a accepté.

Je me suis déshabillé et endormi comme un plomb.

………………

J’ouvre les yeux dans la pénombre indécise des premières minutes de l’aube. D’un coup, ma mésaventure de la veille me revient. Puis je prends conscience que deux choses m’ont réveillé.

D’abord, il y a quelqu’un à côté de moi. Elle, bien sûr, agenouillée en nuisette près de mon matelas, qui me regarde d’un œil attendri.

Et puis – j’ai une érection. C’est normal, physiologique : une érection matinale qui montre que tout va bien à bord, du point de vue physique du moins !

Enfin, je me rends compte que mon érection est visible à travers le léger drap qui compose l’essentiel de ma literie.

Je la regarde. Et son regard à elle va de mes yeux à… Puis revient.

Alors, d’un geste, elle arrache le drap. Sidéré, je n’ai pas le temps de réagir avant qu’elle m’enfourche comme un cheval docile ! Sa nuisette retroussée sur ses hanches, elle n’a aucun mal à empoigner ma verge et à venir s’embrocher dessus !

J’en ai le souffle coupé. Son sexe est brûlant, déjà humide – elle devait me regarder depuis un moment… Et d’un coup de reins, elle se soulève et se laisse retomber, enfonçant encore davantage ma verge au fond de son vagin… Puis elle recommence.

Mais cette fois, je suis prêt et je donne à mon tour un coup de reins, nous nous imprimons littéralement l’un dans l’autre. Je lève les bras vers ses seins qui pointent à travers le mince tissu de sa nuisette. Je les empoigne, je les serre…

Nouveaux coups de reins simultanés. Nous gémissons ensemble. Puis je réussis à pincer ses mamelons à travers la nuisette, cela semble l’électriser, elle entame une sorte de chevauchée, je ne peux plus suivre…

Encore, encore, encore, ma vue se brouille, je jouis dans un spasme ! Enfin satisfaite, elle pousse un cri rauque et s’effondre sur moi dans un râle.

Quand je rouvre les yeux, elle a disparu. Je titube jusqu’à la salle de bains. Lorsque j’en ressors, elle est attablée devant un petit déjeuner qu’elle m’offre silencieusement de partager. Un coup d’œil à ma montre – il faut que j’aille travailler.

Au moment où je passe la porte, elle murmure : « Tu te souviens que je prends l’avion pour Paris dans deux jours ? »

Je ne l’ai jamais revue, mais je ne l’ai jamais oubliée.

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