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Épisode 1 : Correspondances

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    Durée : 12:01 min

    Nicolas et Eulalie que pas mal de kilomètres séparent vont entamer une correspondance assez sage... Où cela va- t- il les mener ?

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10 mars – Noël à Eulalie

Mots imposés : colibri – violoncelle – azur

Noël venait d’envoyer à Eulalie les trois mots qu’elle aurait à intégrer dans un texte, une courte histoire, un poème, peu lui importait. Le « petit jeu » durait depuis un bon mois. Il avait fait sa connaissance sur un site de défis littéraires. Mais après quelques productions postées sur le site et un court échange de mails persos, ils avaient décidé, de commun accord, de s’envoyer leurs écrits par la poste…

Étrange, tout de même, à l’heure où la virtualité est si présente dans notre vie quotidienne. Noël aimait le parfum du papier. Eulalie, pour lui faire plaisir, lui avait emboîté le pas : elle répondait aux défis soumis par Noël sur du papier origami, celui dont on se sert pour réaliser des pliages. Son choix s’était porté sur des carrés de 15 cm de côté, fleuris, dans les tons rose et bleu. Le papier utilisé quant à lui par Noël, c’était du « vergé », dont les nervures l’obligeaient à écrire de manière bien horizontale…

Chacun s’était donc fait une idée des valeurs de son correspondant, de ce à quoi il ressemblait. L’homme imaginait Eulalie un peu fofolle, plutôt sportive, avec des cheveux courts, blonds (elle avait juste parlé de la couleur de ceux- ci) mais avec un soupçon de romantisme, tout de même. La jeune femme voyait Noël comme quelqu’un de très correct, vieille France, assez âgé que pour être son père, très soucieux des convenances, poli, bien mis.

13 mars – Eulalie à Noël

« Pauvre colibri, encagé…

Tu rêves de ciel azur et

Ton chant rappelle

Un violoncelle »

Noël, en découvrant les quatre petits vers d’Eulalie, sourit… Si elle avait pu n’en écrire que deux, c’est ce qu’elle aurait fait. Il admirait la manière avec laquelle elle était capable de faire des liens entre les mots, qui, de prime abord, n’avaient rien à voir l’un avec l’autre… Si la jeune femme lui avait envoyé ce défi précis, il lui aurait répondu en trois missives, imaginant un paragraphe d’une dizaine de lignes pour chaque mot. Peut- être les paragraphes en question auraient- ils un rapport entre eux, mais ce n’était même pas certain…

Mots imposés : bicyclette – réverbère – Chinois

Surtout, ne pas verser dans la brièveté de ce qu’Eulalie lui envoyait. Il se mit donc à réfléchir au champ lexical de chaque mot proposé.

Bicyclette : parler des roues qui tournent ensemble, du chemin qu’elle est à parcourir, de ceux qu’elle a déjà empruntés (certains boueux, d’autres très secs), de ceux trop périlleux ou trop ardus qui font abandonner la promenade.

Réverbère : construire une histoire autour de la lumière qu’il diffusait autrefois, des scènes qu’il avait éclairées, des couples d’amoureux qui s’étaient peut- être appuyés contre lui pour des baisers passionnés.

Chinois : parlait- on d’un Chinois de Chine ? Parce qu’un chinois, c’est aussi un ustensile de cuisine. C’est en outre, un mot qu’on emploie pour parler de quelque chose d’un peu tordu… Non ? Dans le sens « chinoiseries »…

Bref, il avait à réfléchir à tout cela : mettre les mots dans sa tête, les laisser se trouver une route imaginaire et demain matin, au lever, il aurait sans doute trois petites histoires à envoyer à Eulalie. Dans le cas contraire, et comme il le faisait habituellement, il enverrait ses productions l’une après l’autre, trois jours distincts… La jeune femme ne lui avait jamais dit qu’il prenait trop de temps et lui, il aimait écrire et se torturer les neurones pour lui envoyer de jolies choses…

…..

La correspondance établie entre Eulalie et Noël était donc tout ce qu’il y a de plus… littéraire. Jamais ils ne parlaient de leur vie personnelle, ou intime, de leur travail, de leurs goûts en matière de films, de musique… Non, que de l’écriture.

Au bout de quelques temps, cependant, Noël, plus entreprenant qu’Eulalie, insérait des petits sous- entendus dans ses envois. Un jour, par exemple, au lieu de lui répondre par un texte en prose, il lui fit parvenir un acrostiche. Ce qu’il y avait à lire grâce à la première lettre de chaque ligne, c’était : quand nous verrons- nous ? Dans la réponse qu’il reçut, il n’y avait aucune réaction d’Eulalie… Sans doute n’avait- elle pas remarqué le « petit jeu »… Il lui renvoya donc autre chose en « donnant un petit coup de pouce ».

« Quel est donc ce charmant message

Unique en son genre, s’il est sage

A mesure que se lit cet hommage

Niant les affronts et les outrages

Dans ces quelques lignes, cherchez l’initiale

En vous concentrant, distinguez sans mal

Notes et mots en fusion totale

Vers épars, minutes vespérales

Riez donc, douce demoiselle

A jamais je compte vous demeurer fidèle

Ici- bas, ma virtuelle mais réelle »


16 avril – Eulalie à Noël

En réponse à votre acrostiche : Orly, le 12/05 à 17h08. Oui ?


19 avril – Noël à Eulalie

Chère vous,

Avant de nous rencontrer réellement, permettez- moi tout d’abord de vous remercier pour ce moment que vous avez décidé de me consacrer. Je suis très sensible au fait que vous ayez accepté mon invitation.

Habitant à quelques pas de la Seine, je me propose de vous faire découvrir ses quais, ainsi qu’un petit restaurant qui charmera, je l’espère, vos papilles curieuses.

Bien sûr, vous logerez chez moi. A vite. Je vous embrasse.

Noël.

23 avril – Eulalie.

La jeune femme tournait et retournait le contenu de l’enveloppe. Elle allait donc voir Paris, pour de vrai ? Elle se dit qu’il lui faudrait des nouvelles tenues, des chaussures plutôt plates pour pouvoir arpenter les quais et les grands boulevards de la capitale. Il serait judicieux aussi de s’assurer que sa valise rose ait la bonne taille pour le trajet en avion. Et prévoir un petit cadeau à remettre à Noël. Il lui restait moins de trois semaines pour enquêter auprès de lui afin de trouver une idée « lumineuse » qui lui ferait vraiment plaisir.

28 avril – Noël

Bon dieu, ce qu’il était heureux ! Cette jeunette allait se jeter dans la gueule du loup sans aucune hésitation. Bien sûr, il serait doux, tendre et tout et tout. Mais il lui demanderait de se déshabiller devant lui, de se caresser, de… Rien qu’à y penser, il en était tout émoustillé. Il aimait les situations un peu tordues, les gênes provoquées par ses requêtes, le fait que ses « conquêtes » ne soient pas d’accord pour se prêter à ses jeux mais que, finalement, elles acceptent « pour lui faire plaisir »… Ouais, c’est ça. Les petites salopes : pour se faire plaisir à elles, plutôt.

Au début, il leur demandait de se caresser, gentiment, par- dessus la culotte. Bien sûr, elles se devaient de porter CE sous- vêtement. Les strings, bien que dévoilant les fesses, n’étaient pas assez couvrants pour ce qu’il aimait leur demander ensuite. Les culottes devaient être … blanches, comme le reste de la lingerie, d’ailleurs, et pas nécessairement trop collantes ni transparentes. Et puis, quand elles commençaient de mouiller, il exigeait qu’elles lui racontent ce qu’elles se faisaient, comment elles avaient du plaisir, ce qui les excitaient, si cela les dérangeait de s’exhiber. L’une d’elles était assez coincée, au début. Elle faisait mine d’être très prude, mais au final elle s’était révélée être une véritable petite vicieuse, allant jusqu’à lui envoyer des photos et des vidéos de ses séances de masturbation de manière totalement impudique. Elle jouait avec la lisière de son string blanc (elle lui avait dit ne pas porter de culotte et n’en avoir donc aucune dans ses tiroirs). Elle la faisait glisser à la droite de son pubis, exhibait sa fente, l’écartait largement avec ses doigts. Elle donnait l’impression d’être très excitée et d’aimer cela… alors qu’elle s’était fait prier à de nombreuses reprises.

Ces situations émoustillaient l’homme. Le pouvoir qu’il ressentait à « initier » ces jeunes personnes malgré elles était très aphrodisiaque. Il se sentait maître de la situation, décidant de quand et comment elles se donneraient du plaisir selon ses instructions.

Lui, par contre, il était fort avare de partages quels qu’ils soient. Il ne leur parlait pas de la manière dont il se masturbait, ne disait jamais « tu m’as excité et je bande raide » ou ce genre de choses. Non, il préférait se montrer très décent. Il n’aurait pas voulu que l’une d’elles tourne les talons en le traitant de satyre. La plupart des jeunettes à qui il demandait ces faveurs étaient flattées de l’intérêt et de la confiance que leur accordait un monsieur aussi distingué qui faisait tout pour leur faire croire, justement, qu’il l’était (distingué). Une demoiselle avec un peu plus de plomb dans la cervelle lui aurait répondu qu’il n’était qu’un vieux cochon et l’aurait planté là. Heureusement pour lui, ses proies ne ressemblaient en rien à autre chose que des petites écervelées.

Mais cette Eulalie… Elle avait quelque chose de différent. Oui, elle était jeune, mais elle donnait l’impression de ne pas avoir à être initiée ! Pas « fleur bleue » comme les autres, même si elle lui faisait parvenir ses petits défis d’écriture sur du papier fleuri. Et puis, le fait aussi qu’elle expédie toujours les choses : quatre lignes pour trois mots à caser, ça n’avait rien à voir avec les tirades qu’il lui envoyait, lui. Elle lui avait dit être blonde. Elle devait avoir une allure jeune, énergique, pas diaphane ou juvénile. C’était cette détermination, somme toute, qui plaisait à Noël.

Là, d’ici quelques jours, il allait la rencontrer. Il tenterait de la charmer, tout en douceur, d’en faire « sa petite chose dévergondée ». Il imaginait son pubis, doré comme ses cheveux. Il imaginait la transparence de son string, imbibé de mouille, qui dessinerait sa fente. Il imaginait ses lèvres inférieures, gonflées, dessinant une petite colline sous sa toison… Il imaginait…. Et tant pis si cela ne marchait pas… De toute manière, il y en avait d’autres.


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