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Pour quelques kilos de moins

La nouvelle année commençait pour mon mari et moi par une acceptation de l’évidence : nous nous empâtions. Du haut de mon mètre 71, je vivais dans le déni, car je prenais surtout de la poitrine et des fesses. Mais après les fêtes, une bouée disgracieuse, rebondie, étouffante commençait à se dessiner au-dessus de ma ceinture. Quant à Mark, mon bel ex-athlète de 31 ans avait grandement changé depuis nos années de lycée alors qu’il prenait désormais des hanches et développait la légendaire bedaine des trentenaires. Nous qui moquions les problèmes de nos amis en ne mangeant que ce qui nous plaisait, commencions à voir les premières traces du temps s’installer, et il était hors de question de les laisser poser leurs affaires, il fallait les expulser immédiatement ! Alors, nous avons envisagé ce qu’il nous plairait de faire comme activité sportive commune. Cela donna suite à un long mois de discussions houleuses. J’avais fait du cheval étant gamine et mon homme a eu sa période “arts martiaux” dans sa jeunesse, mais il se voyait mal réussir à nouveau le grand écart, et moi, de conduire hors de la ville tous les soirs pour enjamber un poney et rentrer à minuit, épuisée, pour reprendre le travail le lendemain. Diverses options ont défilé : escalade, squash, tennis, golf, basket,… J’en passe, et des meilleures ! Le problème de ces sports était que l’on serait mesurés à l’autre, que l’on dépendrait trop de la progression -ou son absence- de résultats chez lui comme chez moi. Vous me direz que c’est justement ce qui est censé être encourageant dans une activité sportive à deux, mais ce n’est simplement pas la façon de faire de notre couple dans la vie quotidienne. Il fait à manger, je fais la vaisselle, il fait les machines et tend le linge, je repasse et range les armoires, nous travaillons dans deux milieux séparés… Nous restons un couple, mais cette séparation nous permet de vivre une semi-indépendance dans les épreuves et de se retrouver pour en discuter après coup, car lorsque l’on doit travailler de concert, l’on a tendance à se marcher rapidement sur les pieds. Aussi, sous le conseil d’une amie, nous avons fini par nous décider sur des activités de piscine : Lui ferait ses longueurs en solitaire pour travailler chaque muscle de son corps, et moi, je m’étais fait recommander une prof’ d’aquagym qui donne classe dans une municipale à deux pas de chez nous. C’était parfait. Nous n’avions pas idée à quel point…

Les premiers mois étaient horribles, comme toutes les reprises d’activité. Mark mettait presque l’heure entière à faire vingt-cinq longueurs, quant à moi, j’étais heureuse que cela se passe déjà dans l’eau pour que l’on ne me voie pas suer de détresse physique. Lorsque nous rentrions à la maison, nous étions moulus et incapables de rester éveillés pour se câliner ou, même, regarder un film jusqu’au bout. En semaine, il fallait se coucher tôt car le travail reprenait systématiquement le lendemain, et comme il fait froid, que les nuits sont courtes, etc, c’était dur moralement et presque déprimant ! Mais nous nous accrochions avec un postulat de base : Que les autres “sportifs du dimanche” comme nous commencent en été, quand il fait beau, et renoncent dès que le froid arrive. Nous avons l’avantage d’avoir commencé en hiver, et les températures remonteraient, les jours vont s’allonger et, surtout, si l’on se maintient, on aura une taille idéale et une forme parfaite pour profiter de l’été ! Alors, nous nous sommes accrochés et avons enduré les débuts difficiles pour en arriver à la phase des résultats encourageants. Les bedaines commençaient à fondre, les muscles à se montrer et notre reflet dans le miroir avait de quoi redonner le moral, même si nous restions dans des proportions assez communes. De plus, les matinées étaient aussi plus faciles, nous dormions mieux et avions plus de souffle pour aller chercher le train ou courir dans les bureaux. Mais ce n’était pas tout. Se libérer de cette graisse malsaine était aussi un plaisir partagé. Je redécouvrais le beau torse plat de mon homme et il avait plaisir à me voir oser des tenues plus révélatrices. De plus, le sport tend à user moins de forces lorsque l’on y est habitués et nous avions de nouveau un peu d’énergie en réserve même après l’épuisement de la journée. C’est là que cela commençait à déraper.

Un soir, après nos efforts sportifs, nous avions traînés quelque peu car il voulait que je le chronomètre, pour observer sa progression, ce qui devint rapidement une habitude. Les autres élèves du cours d’aquagym avaient rapidement filé et les douches, quoique publiques avec leur couloir muni de robinets tout du long, semblaient désertes. Je me dépêchais de me glisser sous l’eau pour retrouver un peu de chaleur, car il fait toujours frais en-dehors de la piscine elle-même et j’avais passé une minute quinze secondes à le regarder faire le papillon. C’est alors qu’il vint directement dans mon dos, s’emparer de moi, ses grandes mains sur mon ventre, quelques baisers le long de ma nuque mise à nu avec mon bonnet encore attaché et la pression évidente de son sexe contre mes fesses. Je reconnaissais ses approches, depuis le temps, et compris immédiatement son envie exhibitionniste, tentant de le retenir avec le sourire, manquant moi-même de conviction devant son impétuosité très encourageante. Après quelques caresses câlines, ses mains remontaient sous la bretelle de mon maillot une pièce et venait accrocher mes seins. J’étouffais un petit cri de surprise pour ne pas vendre la mèche et regardais nerveusement vers le grand bain, mais personne ne venait. Pourtant, quelqu’un aurait pu débarquer à tout moment, au tournant du mur et nous voir, nous prendre en flagrant délit comme deux… Deux… J’avais terriblement chaud, et je fermais les yeux pour ne pas y penser, ne pas me voir dans cette situation honteuse. Mark, lui, ne montrait aucune clémence, malaxant ma poitrine comme s’il ne l’avait plus sentie depuis des années, bandant dans mon dos et profitant de mon fessier raffermi avec quelques soupirs de contentement. Il finit d’ailleurs par me le confesser :

— « Tu as retrouvé tes belles fesses d’antan, Meredith. Tu te souviens de ce que j’aimais en faire…? »

— « Mark… Mh. On est en public… Arrête, on va se faire prendre, et si on se fait chasser d’ici, l’autre piscine la plus proche est à 30 kilomètres, tu sais qu’on aura la flemme… » Quels beaux prétextes pour protéger ma pudeur égratignée. Je rougis d’autant plus en le sentant agripper mes aréoles entre ses doigts, l’eau chaude s’infiltrer entre mes seins,… Je voulais lui céder, je voulais me souvenir de ce qu’il aimait faire de mes belles fesses d’antan. Mais il s’arrêta, soudainement, alors que deux hommes âgés traversaient le couloir en parlant du match de la veille. C’était moins une. Je fis mine de rien, levant la tête vers l’arrivée d’eau alors que Mark surveillait, croisant les bras contre le mur voisin, comme un mari attendant patiemment son épouse. Il avait une érection qui ne demandait qu’à jaillir du maillot et la portait avec une telle fierté que cela forçait mon admiration. Par-dessus mon épaule, j’étais curieuse de voir si les deux hommes la noteraient, mais non. Il semblerait qu’il y ait comme un champ de force magique dans les piscines qui empêche les hommes de regarder à hauteur de zigounette même lorsque les maillots sont si moulants que c’en est perturbant. Surtout entre les fesses poilues du second fan du PSG, là-bas. Ces visions avaient étouffé mon envie, je sortis de l’eau et entraînais Mark par le poignet jusqu’à la cabine. Là, très vite, nos sens se sont échauffés à la vision de nos corps à demi-nus. Le faire en-dehors de la maison était toujours exceptionnel, mais dans les locaux d’une piscine, avec l’écho étouffé de nos cris et le chauffage à fond ? Torride !

Contrairement à ma protestation, nous ne nous sommes jamais faits prendre, jamais faits chasser, cette nuit-là. Oh, bien sûr, nous avons recommencé ! Cela devenait presque un petit rituel, une fois sur deux, que de se provoquer sous la douche, comme des enfants qui jouent à ce jeu stupide et dangereux de laisser sa main le plus longtemps possible sur les rails du train alors qu’on l’entend arriver. Sans les possibles morts et toute cette tristesse qui l’accompagne, bien évidemment ! Cependant, l’on se faisait parfois surprendre, mettant trop de temps à se détacher l’un de l’autre, à remettre le sein dans le bonnet, enfiler la bretelle… Mais nous découvrions bien vite que les gens disposent d’une pudeur particulière, celle de ne pas en parler même lorsque c’est certain que l’on a aperçu quelque chose de douteux, une règle qui s’applique aux voyeurs comme pour nous. Les gens regardent ailleurs, tout simplement, espèrent que quelqu’un d’autre nous attrapera et nous fera la remarque. Et Mark et moi-même, tels des enfants qui s’en sortent impunis de leurs bêtises, continuions le jeu exhibitionniste comme toujours ! Cependant, il y a quelque chose à savoir sur l’exhibition. À force de montrer, l’on finit éventuellement par rencontrer quelqu’un qui regardera.

C’était au début de l’automne que nous nous en sommes rendus compte. Nous nous étions chauffés comme d’habitude sous la douche et revenions à notre cabine avec impatience et les mains baladeuses. Lorsqu’enfin le loquet était posé, Mark se jeta sur moi, captura mes lèvres et emplit ma bouche de sa langue, mes fesses de ses mains, venant me plaquer contre la deuxième porte, côté civils. Il avait pris pour habitude les longs et suffocants baisers en réalisant que cela atténuerait mes cris, ce qui déclenchait chez moi un paradoxe, une envie de respirer que je retenais pour préserver la discrétion, pour pouvoir m’exprimer pleinement dans sa bouche. Il se mit à nu, décala le peu de tissu qui couvrait mon intimité et me prit sans attendre. Nous connaissions la musique, nos appétits se construisaient à distance durant le cours, nos préliminaires se faisaient sous la douche et, dans la cabine, ce n’était que bestialité et envie d’assouvir sa faim. J’étouffais un doux soupir lorsque je le sentis nourrir la mienne, me laissant emporter par ses mains pour escalader ses hanches de mes cuisses et sa nuque de mes ongles. Il me fit remonter droite sur la planche et couler le long du mur pour accepter à nouveau sa longueur. D’une main tremblante, ses doigts écartèrent une bretelle, puis l’autre, laissant mes seins déborder le maillot bleu nuit pour le plaisir gourmand de ses lèvres qui se séparaient des miennes, m’occasionnant la torture plus douloureuse de me mordre la lippe pour ne pas succomber à l’envie de crier. Mais ses lèvres étaient de feu sur ma peau mouillée. Je l’appelais, chouinant, le suppliait :

— « Ahh ! Mff ! Fais-moi…taire… » Sa main lâcha mes fesses et prit ma bouche alors que je laissais mes yeux partir et mes paupières se clore. Grognant contre ses doigts, je les léchais sensuellement sous les assauts répétés de sa verge douce, de ses hanches musclées. Lui, néanmoins, ne se privait pas de bruits de succion lorsque ses lèvres happaient mon mamelon gauche entier, lui servaient des frissons par milliers, pas plus qu’il ne cachait les bruits mats de sa peau virile contre mon entrejambe détrempé par le sport… Entre autres.

C’est alors que j’ouvris les paupières et que je le vis. “La” vis. Un bel œil bleu clair qui, par le trou creusé par un délinquant quelconque autour d’une fixation reliant les plaques de préfabriqué entre elles, nous observait faire l’amour depuis sa propre cabine. Je tentais d’en prévenir Mark, mais sa main sur ma bouche retint mes mots, confondus avec d’autres gémissements étouffés. Entretemps, j’avais senti la panique dans cet iris serré qui savait avec certitude que je la voyais, mais qui se dilata en continuant de me regarder, probablement gênée et néanmoins… plissée. Prenait-elle un malin plaisir à jouer les voyeuses ? Ou prenait-elle “du” plaisir ? La seule pensée de cette situation me plongeait dans tous mes états. Moi qui redoutais terriblement la seule idée d’envoyer des photos nues à mon mari il y a encore quelques mois de cela, je me retrouvais prise au piège, exhibée à une inconnue dans mon plus saint plaisir marital ! Que pouvais-je dire ? Que pouvais-je faire ? Je ne pouvais refuser qu’elle me regarde et, pire encore, je ne pouvais refuser l’orgasme que je sentais monter au creux de mes tripes. Je fermais les yeux, une fois encore, et remarquais peu avant de le faire qu’elle fit de même. Tendant l’oreille, j’entendais aussi ses soupirs se mélanger aux miens, je sentais qu’elle fournissait le même effort que moi alors que mon assistant adoré revenait m’offrir un peu de répit, retirant sa main :

— « Mark… » Je n’ai pas eu le temps d’en dire davantage que sa langue me prit à nouveau la mienne. Cette fois, nos grognements étaient mutuellement étranglés. Mes paupières se scellèrent, je ne pouvais plus penser à le prévenir, ni à quoi que ce soit d’autre. Il me faisait décoller, abattant toute sa force contre mon corps qui peut désormais l’endurer, dévorant mes dernières défenses alors que je le serre en moi, que je l’appelle à venir… Et il vint. Si férocement, si intensément que j’en plantais mes ongles dans sa chair pour manifester ma propre jouissance. La fougue du baiser, comme à chaque fois, s‘estompa au profit du souffle que nous souhaitions récupérer, même si nous partagions encore de nombreux rappels à cette prestation théâtrale entremêlée de salive dans l’expression brute de nos sentiments. Après quoi, j’entendis juste claquer la porte de la cabine d’à côté, et des talons s’éloigner. Je repoussais mon époux un peu sèchement, empressée, et ouvrit la cabine pour sortir la tête seule alors que Mark me traitait de folle, redoutant qu’on les voie. Mais je n’étais pas folle du tout. J’avais reconnu cet œil : celui de Séverine, ma prof’ d’aquagym.

Le soir-même, j’en ai longuement discuté avec Mark. Au début de la conversation, nous étions surpris, étonnés d’en arriver à se faire espionner pendant que nous couchions ensemble, un rien révoltés que le consentement nous soit ôtés. Nous sommes rapidement descendus de cet état pour voir la vérité en face, cependant : cela nous pendait au nez ! À chaque fois, nous jouions de plus en plus avec le feu et notre petit secret n’était devenu qu’un polichinelle fragile. Mark commençait à redouter que cela n’aille trop loin, menaçait presque d’y mettre un terme lorsque je lui avouais que… cela m’avait pourtant excitée. Nous n’avions guère de doute sur notre couple et avions vécu de nombreuses années ensemble, connu toutes les épreuves. Peut-être même est-ce parce que nous en avons trop vu que cela nous affecte aussi puissamment, ces petits jeux ? De plus, ce n’était pas bien méchant, et même, plutôt flatteur. Mark ne tarit pas d’éloges sur les courbes charmantes de ma prof, à tel point que je me demandais si ce n’était pas elle, la cible de son excitation, une pensée que je n’ai pas hésité à partager. Il nia de prime abord, bien sûr, mais je le rassurais en lui demandant un aveu sincère, promettant de ne pas me fâcher, et il revint sur sa version des faits. Je souris de contentement, car c’était la réponse que j’attendais véritablement, et lui exposa mes règles, puis mon plan pour que ces dernières passent de théorie à pratique. Il m’embrassa plus fougueusement encore que dans la cabine, ce soir-là.

Les cours suivants, nous jouions le même jeu que d’ordinaire : chacun dans son coin à faire son sport. Je m’amusais parfois de lancer quelques regards à Séverine. C’était un petit bout de femme adorable, blonde, les cheveux courts, coupés au carré, plus jeune que moi de trois ans, plus petite que moi d’une demi-tête environ, pleine d’énergie dans son maillot une pièce bariolé de bleu clair et de blanc qui contrastaient avec des yeux hypnotisants. La regarder dans les yeux me rappelait la cabine où, désormais, après chaque cours, nous nous retrouvions à deux + un, choisissant toujours la même à notre arrivée, celle avec un trou vandalisé, celle de nos accords silencieux et tacites. Elle ne disait rien durant le cours, traînait pendant que je chronométrais Mark, restait dans son coin sous la douche alors qu’il était de plus en plus évident qu’elle nous regardait nous échauffer, puis regagnais la cabine pour garder l’œil dans le trou et, nous le devinions avec plus de certitude à chaque session, se faire jouir debout sur ses genoux plantés dans la tablette qui sert de seul espace à s’asseoir dans chaque cabine. Son affaire finie, elle s’enfuyait comme le vent, n’osant toujours pas nous adresser le moindre mot. Pourtant, ses regards sur ma personne en disaient longs, de même que les moments où je la saluais alors qu’elle parlait aux autres du cours et que cela l’interrompait subitement. Sans parler de ses rougeurs mignonnes quand elle croisait Mark par hasard. Lui aussi, commençait à s’impatienter, à se laisser conquérir peu à peu. Des fois, je le voyais souffler dans l’eau, les bras suspendus à la corde de son allée, regardant Séverine de loin. Je me plaisais à l’imaginer raide dans les profondeurs, à fantasmer qu’il aie l’audace de plonger la main dans son maillot et satisfaire son excitation… Mais il ne le fit jamais. Il m’en laissait le soin, après chaque session, et nous faisions l’amour toujours de plus belle sous le regard de notre spectatrice. Cela devint néanmoins si frustrant que nous finîmes par avoir le courage requis.

Ce soir-là, nous n’étions, encore une fois, plus que trois sous la douche. Comme d’habitude, Mark vint me confronter, de face cette fois-ci, et Séverine se glissa à l’autre bout, silencieuse, à pas de louve. Nous nous sourions l’un l’autre, partageant des baisers sulfureux et romantiques alors que je repoussais son bassin qui était blotti contre mon bas-ventre, laissant sa bosse plus soulignée que jamais. Sentant le regard discret de Séverine s’immiscer entre nos corps, je pris un risque de plus en le faisant sortir de son maillot, juste la pointe rose que je massais contre le tissu du mien, les yeux ancrés dans les siens, le souffle marqué comme le sien, appréciateur. Je le fis mariner doucement, mes doigts posés sur le gland à tourner en petits cercles qui, lorsqu’ils touchaient le nerf de sa passion, raidissaient la colonne contre mon entrejambe désireux de l’accueillir. Il vint me croquer le cou, accrocher les bretelles de mon maillot et les laisser glisser pour exposer mes seins, lui aussi avide d’expériences. Mais je le repoussais prudemment de la main, rhabillais ma pudique poitrine et, sans un mot, orienta mon doigt vers Séverine, comme un ordre. Mark m’abandonna avec une prudence et une nervosité que je connaissais fort bien, mais qu’elle n’aurait su percevoir. Il l’approcha et elle n’osa dire le moindre mot, posant des mains sages sur le carrelage, lui tournant le dos comme pour éviter sa présence. À force de nous observer, elle avait aussi appris des choses et proposa en vérité le creux de son fessier contre lequel mon cher époux vint loger son sexe à demi-dénudé. Ses grandes paluches se posèrent au-dessus des petites mains sur le mur, ses lèvres trouvèrent la nuque blonde et commencèrent à la croquer. Et moi, du bout de mon allée, arrosée par l’eau chaude, ressentait l’étrange plaisir du voyeurisme en même temps que cet échangisme, ce candaulisme auquel je consentais pleinement. Je crois qu’en dépit de toute logique, je voulais la voir avec lui autant qu’il la désirait, exprimant une sorte de fierté, une envie de consolider mon lien déjà si intense avec Mark en me prouvant que l’on pouvait éprouver une passion physique pour une autre sans que cela n’entache notre relation. Je ne saurais clairement l’exprimer, c’est comme… si je tombais sur la sextape de mon époux ? À la fois choquant et, en même temps, je connais tellement son amour pour moi qu’il serait idiot de m’alarmer quand je peux profiter de toute la scène terriblement sensuelle. Et je n’en suis pas la seule. Séverine se retourne avec timidité, ose à peine le regarder dans les yeux lorsque ses lèvres charnues fondent sur les siennes à demi-closes. Cet interdit qui se déroule sous mon regard est en train de me faire bouillir le sang plus encore que l’eau chaude qui coule sur ma peau. Il se laisse glisser le long de son épaule, de baisers rassurants, les mêmes qui m’ont fait céder à ses ambitions exhibitionnistes, sa main dénudant la bretelle avec prudence, comme un voleur subtilisant votre portefeuille dans le métro. Puis, le tissu se décolle d’un sein plus plat que le mien, mais à la pointe plus riche, exquisément dressée alors qu’il s’en va la goûter de ses lèvres. Je n’en peux plus. Tout comme l’eau de la piscine cache ma sueur, j’avais presque l’impression que le courant de la douche occultait mon excitation humide le long de mes cuisses. J’arrête la pluie chauffée et marche à leur hauteur, laissant traîner une caresse le long des épaules de Mark pour lui signifier que je joue ma Séverine, et file dans ma cabine, attendre leur arrivée. Il ne manifeste aucun signe extérieur de mon geste et continue à la croquer alors qu’elle laisse échapper un petit cri. Pf. Amatrice. Moi, je serai restée silencieuse, haha !

De retour dans la cabine, je n’attends guère pour ôter mon maillot complètement. Je retrouve ensuite l’orifice dans le mur et me tiens debout, prête au spectacle. Je regrette presque de ne pas pouvoir profiter de la même tablette qu’elle, ce qui sera probablement pratique une fois plongée dans l’ambiance, mais je remarque avec joie que l’on voit tout ou presque de cette cabine. Des bruits de pas approchent. La porte s’ouvre. Séverine rentre la première et lance directement un œil vers le trou pour me remarquer en position d’espionne. Mais, fidèle à son principe, ne dit rien alors que Mark la rejoint. Elle me tourne le dos. Il l’embrasse. Ses mains que j’ai toujours apprécié sentir sur mes fesses, gagnent les siennes qui sont, je dois le reconnaître, plus agréables encore. Faut dire qu’elle les affine chaque soir en donnant cours, même si en-dehors de l’eau pour mieux nous montrer. Ses mains accrochent les joues de mon époux, attirent son baiser. Ils s’échouent contre la porte, comme la première fois qu’elle nous a vus, lui et moi. Il agit avec moins de finesse sur les bretelles, l’ouvrant en grand, le tirant le long de sa taille mouillée alors qu’elle l’aide, qu’elle se met vite à nu, elle aussi. Combien de fois a-t-elle dû se caresser en espérant pouvoir se dévoiler de la sorte sous son regard, sous le mien ? C’est réellement un plaisir… fascinant que celui d’être observatrice, de noter le moindre détail, la moindre différence de comportement. À nouveau, les lèvres de Mark s’emparent de ses seins, baisers hasardeux, les préférant probablement aux embrassades plus romantiques qu’il me réserve, tentant de tirer le maximum de son expérience avec l’incertitude qu’elle se reproduise un jour. Sa main à elle le réclame, plonge dans le maillot masculin et en ressort la forme si raide, commence à la masser, la faire coulisser entre ses doigts, se mordant la lèvre inférieure avec envie. Son expression me vole un soupir, mes mains gagnent mes hanches, glissent vers le bas-ventre et viennent offrir un contact chaud à mes lèvres alvines, le moment de profiter de mon camouflage éhonté étant venu. Soudain, elle tourne la tête vers moi, me lance un regard… indéchiffrable. Une telle tension sexuelle y règne, je sens qu’elle est sous l’emprise des charmes de mon Mark. De plus, il y a comme une gratitude, un soulagement de pouvoir enfin connaître cette sensation, si honteux qu’elle ne saurait le dire à voix haute. Et enfin, une pincée de garce, comme si elle pensait, l’espace d’une seconde, s’approprier Mark, ce qui était le cas, à y bien réfléchir. Mon époux allait coucher avec une autre pour la première fois depuis qu’il m’a passé la bague au doigt. Mais c’est moi qui le lui ai demandé. Et ça, cela change tout.

Cela transforme aussi l’attitude de Mark qui, plutôt que de préférer le contact intime de son regard, la retourne et la plaque contre la porte. Que ce soit par pudeur ou un soupçon de regret temporaire, le geste est là, et il a tôt fait de glisser son membre le long de cette ligne claire entre ses fesses. À cet instant, je sais qu’il a complètement oublié le regret et rêve de profiter de cette douceur plus encore, peut-être même d’enfreindre tous les interdits par un plaisir anal. Mais ce n’est pas son genre que de manquer de respect. Sous mes yeux, il fait disparaître sa raideur le long des lèvres mouillées de ma prof’ d’aquagym. Sans que j’y réfléchisse, je fais disparaître les miens à l’intérieur de mon être chaud et accueillant en le regardant, et son œillade qui suivit, son sourire, me rassurent. Il est encore là, mon époux, pense à moi tandis qu’il est à l’intérieur d’une autre, transcende la chair qui reste inférieure à nos sentiments. Elle étouffe un tendre gémissement en le sentant avancer. J’en fais de même en faisant disparaître mes dernières phalanges. Il se recule et je ressors les doigts, nous soupirons toutes deux sous son geste et… ainsi de suite. C’est un spectacle dont je ne peux plus me détourner, celui de ce torse musclé qui sèche pour laisser couler la sueur, celui de ces seins pressés dans la moiteur contre la porte, celui d’un postérieur qui sautille de petites vagues à chaque impact du bassin de mon époux, celui de ses mains vaillantes qui triturent les hanches sous les crispations du plaisir. Je veux voir. Je veux savoir. Est-ce qu’elle te serre comme je le fais, mon amour ? Est-ce que cela va te suffire, ou auras-tu besoin de mon corps après cela, ce soir, dans l’intimité de notre demeure ? Je ne me reconnais plus, mes pensées ne sont que perversion. J’ai été bien plus grossière au fond de mon esprit que je n’ose l’admettre ici. Et Mark aussi. Et Séverine, également. Ses ongles s’accrochent au rebord de porte. Les miens gagnent la cloison. Leurs cris s’échappent bien trop fort, la tension est bien trop grande pour que l’on ne la fasse taire. Que ceux qui écoutent sachent que cela fait des mois que nous le voulons, cet instant, qu’elle le désire en elle, que je désire ce souvenir en moi. Il est beau, si beau, mon Mark qui laisse sa tête partir en arrière, qui se crispe, qui ne pourra bientôt plus se retenir. Je n’en peux déjà plus moi-même, le pouce levé contre mon bouton des plaisirs, la main relâchant le faux bois pour serrer le vrai sein, les doigts recourbés qui, alors que ma bouche s’arrondit, ils se mouillent d’un débordement orgasmique dont les perles toucheront le sol, un autre petit sacrilège dont nous sortirons indemnes une fois de plus. Je me force à rouvrir les yeux pour le regarder, si beau, si émouvant quand il jouit. Je ne prête finalement plus attention à elle, le désintérêt me gagne, je ne la connais plus. Mais mon mari, oui. Mark est l’homme de ma vie, et je le désirerai jusqu’à la fin de mes jours.

L’on n’est plus retournés à la piscine après cela. Somme toute, l’on a rempli notre objectif minceur, une remise en forme inégalée et les fêtes approchent, on va pouvoir de nouveau manger, fêter et s’amuser. Quant à la libido, elle est diablement au beau fixe entre les quatre murs de notre chambre. L’exhibitionnisme a fini par perdre de son charme, par connaître sa “fin” une fois nos pudeurs vaincues, mais pas notre attirance l’un pour l’autre, notre admiration pour le corps de l’autre, pour ces moments de contemplation, les yeux dans les yeux, à imprimer chaque parcelle de sa peau au fond de ma mémoire tandis que je sens son regard me dévorer de même.

Et puis bon, j’ai prévu de lui offrir des raquettes de tennis pour Noël. Faudra juste trouver un couple avec qui jouer deux contre deux…