Pour toi

Une saga de La petite fée verte - 7 épisode(s)

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Épisode 5 : Eternuitée dans la monstruocité

Car tout n'est pas constamment tracé.

Cette histoire commence un mardi soir.

Seule, à broyer du noir, je m'étais offert une soirée de répit.

Repliée dans ma salle de bain, mon miroir reflétant une jeune femme aux yeux fougères, de légères cernes sous les yeux. Un livre et un russe blanc en main, un blues mélancolique sortant de la platine,  je m'étais immergée dans mon bain.

Tout ne se passe pas toujours comme prévu, et cela je l'avais appris à mes depens. Las de dépenser une énergie folle à courir après des chimères, je pris la décision de ne plus être raisonnable ce soir.

Mon troisième russe blanc en main, barbottant dans mon bain, je sentis cet ethernel se disperser dans mes veines. Doucement je me sentis glisser dans une eau chaude aux arômes sucrés, et mon esprit s 'égarer.

Est ce que tout est tracé ? Pourquoi chercher à tout contrôler ? Je n'ai jamais remis ma vie entre les mains du hasard, et c'est cette décision que je pris ce soir.

                                                                                                               ***

J'ai pris le temps de me parfumer, de m'apprêter, préparer un sac avec mon rouge, ma CB, mon passeport et mes dés.

7h, l'heure du départ, où je vais ? Je ne le sais, je choisis mon point de départ en le tirant aux dès, aéroport ou gare routière... le hasard fait bien les choses, c'est vers Lille Europe que je me dirige.

Pourquoi 7h ? 7  est un nombre premier, et mon chiffre préféré.

Me voilà donc, un mercredi, partant d'un pas décidé vers la gare routière, à la découverte du monde. Beaucoup d'attente aux guichets, je parviens quand même à décrocher un billet en dernière minute.

« Que fuyez vous ? Des soucis avec les flics? » Je souris, je me fuis surtout moi-même...

                                                                                                           ***

J'assure mes arrière et un minimum de sécurité, jouer avec le hasard oui, avec sa vie non.

J'appelle une auberge de jeunesse, Ecomana, près d'un coffeshop, des quais et des cafés bruns, parfait !

Me voilà errante dans la ville, des années que je n'y ai pas mis les pieds. Il fait un froid terrible et le vent glacé me rougit la peau. Par où commencer ?

Une liste :

1. un tour sur le port

2. boire un chocolat chaud

3. acheter des graines

4. flaner à Maranon

5. déambuler dans la ville

6. m'évader

Je m'oriente de façon malhabile sur le plan de la ville jusqu'à ce magasin tant chéri, toutes ces couleurs et ces odeurs d'encens à l'intérieur... non je ne m'encombrerai pas d'un hamac aujourd'hui, je suis légère et veux garder l'esprit libre comme l'air...

Mon accent anglais me trahi, un groupe de touriste m'interpelle et me demande où trouver un "gateau-magique".

Oui j'ai décidé de ne pas être raisonnable, mais... une drôle d'impression m'envahit, comme ci... j'étais sur le point de tomber dans un précipice.

Je les suis malgré tout.

Une lumière vespérale remplit la rue, la nuit tombe vite ou alors nous sommes très long pour trouver cet endroit. Les quais s'inondent de personnes étranges, étrangement joyeuses, totalement désinhibées.

Oui le hasard ne m'a pas conduit dans la ville la plus sage qui soit. Ville de tous les vices.

Nous trouvons enfin un café qui nous convient, et nous nous engouffrons à l'intérieur.

Rouge velours, et multiples couleurs... Derrière cette porte sombre, une lumière tamisée. La pièce est remplie de banquette, de fauteuils, de coussins aux allures tellement moelleuses. Elle nous invite à la paresse. Une atmosphère mystérieuse s’élève de multiples bougeoirs qui parsèment les tables basses. 

Ne pouvant lire la carte dans cette langue qui n'est pas la mienne je choisis ma consommation au hasard, et oui une nouvelle fois. Et une nouvelle fois, il fait terriblement bien les choses.

Il m'offre une pipe à eau en cuivre et au verre coloré. Un parfum myrtille s'en dégage. Avec cela, une meringue magique.

Allongée sur une banquette en velours vert, la tête posée sur un coussin aux arabesques multicolores, je rejette des panaches de fumée bleue.

Les diverses substanciels se répandent doucement en moi, brouillent mes pensées. Mes sens s’éveillent, se multiplient, une véritable fantasia s'opère dans mon esprit.

Une illusion, un rêve peut être... parmis ces volutes de fumée un papillon apparaît, magnifique specimen aux reflets bleus-verts. Il virevolte et se pose un instant sur mon doigt. Sylphe mystérieux, dans un soupir il m' invite à le suivre.

Ne pas être raisonnable peut s'avérer dangereux parfois mais... comme hypotisée par ce papihomme je m'enfonce dans l'éternuitée de cette monstruocité. 

Dehors je ne reconnais plus rien, je ne vois que lui, guidée par le bruissement de ses ailes je m'enfonce dans la nuit. 

Des lumières rouges semblent danser sous mes pieds mais je n'y prête pas attention.

Ce petit être merveilleux me conduit dans une ruelle, une porte s'ouvre, un couloir se dessine. Je le traverse dans le noir. Au bout je me retrouve seule, dans ce silence intense et terrifiant.

Une légère lumière révèle la pièce dans laquelle je suis... heptagone parfait recouvert de mon reflet. Des miroirs disposés sur chaque parois qui m'entourent reflètent une jeune femme perdue à l'infini.

Photomaton - Jabberwocky

"Danse et ondule pour moi" sa voix, la sienne, je ne peux résister et lui obéis. Doucement mes épaules se décrispent, mes hanches roulent comme un parfait rouage d'une montre à gousset. Mes pieds, sur leurs pointes, se lèvent. Je me laisse emporter. Je m'observe dans cette mise en abyme de moi même. À l'infini. 

"Mets toi à nue pour moi" silencieusement je m'exécute, lentement... la musique rythme mes pas, me donne la cadence. Mes réflexions ne me quittent pas des yeux, regards langoureux. 

Tout s'arrête. La musique prend fin, la lumière s'éteint. Un frisson me parcours quand le temps d'un flash je perçois derrière ces glaces  septs silouettes qui m'observent, avides. 

Les ténèbres reviennent, la musique se meurt quand j'entends des pas s'approcher, dent-scier sur ma peau, sept paires de crocs, laisseront-elles des traces? Dans un mouvement fugace, le bruissement d'aile du sylphe trépasse. 

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