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Un objet de fantasme(s)

« Aux héros virils et plein de muscles, il préférait les héroïnes complexes et torturées. »

Alexandre, le garçon qui aimait les filles

Alexandre entrait tout juste au lycée. Comme tous les garçons de son âge, il était bien plus préoccupé par les filles que par les cours. Mais il n'était pas pour autant un mauvais élève. Il avait de bonnes notes en français. Ce qu'il aimait, c'était tout ce qui touchait à l'imaginaire. Il appréciait particulièrement la littérature gothique et le romantisme. Aux héros virils et plein de muscles, il préférait les héroïnes complexes et torturées, telles que Pauline d'Alexandre Dumas ou Carmilla de Sheridan Le Fanu. Il aimait à imaginer la première enfermée dans son caveau et se voyait la délivrer de ses tourments. Quant à la deuxième, il fantasmait à l'idée de succomber à son emprise, à ses crocs plantés dans son cou...

Mais à ce moment-là, son imaginaire dérivait principalement vers les filles du lycée, bien loins des héroïnes littéraires du XIXème siècle. « Filles ». C'est fou comme ce mot pouvait lui être évocateur. Il enivrait tout autant qu'il inquiétait. Alexandre n'avait encore jamais eu de relations avec une fille, contrairement à certains de ses camarades qui n'avaient pas manqué de colporter leurs exploits au cours de leurs années au collège.

Laura, « la fille aux gros seins »

C'était justement le cas de Julien, son meilleur ami. Bien qu'il avait du mal à vraiment y croire, Alexandre avait été particulièrement marqué par une histoire qu'il lui avait racontée.

La voici. Alors que toute la classe de 3ème C était en cours d'EPS, Laura, prétextant un mal de ventre, avait demandé au professeur si elle pouvait aller à l'infirmerie, et être accompagnée de Julien. Le professeur avait accepté. Laura aurait alors proposé à Julien de le sucer aux toilettes, ce que le garçon « finit par accepter » suite à l'insistance de la jeune fille. « Tu parles », se disait Alexandre, l'information n'aurait même pas encore atteint le cerveau que Julien aurait déjà éjaculé dans son froc.

Bref, selon Julien, Laura et lui s'enfermèrent dans les toilettes et Laura le suça à pleine bouche. Là où Alexandre était le plus suspicieux concernait la façon dont Julien racontait tous les détails. Détails qui semblaient directement issus d'un film porno. « Et là, elle a défait le haut de son chemisier et elle a sorti sa grosse paire de seins. J'en ai jamais vu des comme ça. Bien fermes. Ils tenaient à peine dans mes mains. Puis elle s'est mise à genou, elle a défait ma ceinture, ma braguette, et elle a commencé à me sucer. Elle a sorti le grand jeu ! Elle m'a fait une branlette espagnole et a finit par une bonne gorge profonde et tout. Elle a même avalé ! » Le tout ponctué de « mais si, j'te jure ! » et de « sur la tête de ma mère ! ». Bien sûr, selon lui, Laura avait « grave kiffé ». Quant à lui, ce n'était soi-disant qu'une « meuf » de plus.

Bien qu'il ne le croyait pas vraiment, voire pas du tout, Alexandre avait longuement gardé en tête ce scénario. Il n'avait plus jamais regardé Laura comme avant, surtout quand, assis à une distance idéale pour la contempler sans être vu, il avait le regard plongé dans son décolleté. Le soir même du grand récit de Julien, il s'était masturbé en revisionnant le scénario, mais, avec cette fois-ci Alexandre dans le rôle de Julien.


Laura devait probablement ignorer le nombre d'orgasmes qu'elle avait indirectement offert à tous les garçons de la classe. Bien qu'elle ne lui adressait presque jamais la parole, elle occupait sans cesse l'esprit d'Alexandre lors de ses moments d'intimité le soir, après les cours et avant que les parents ne rentrent. Il passait de longs moments à scroller son profil Facebook, à la recherche des photos où elle aurait le plus grand décolleté, la moue la plus excitante où le maillot de bain le plus léger possible sur ses photos de vacances à la plage.

C'est simple, dans la classe, Laura et Juliette étaient les filles les plus « bonnes de la classe ». Preuve en est leur nomination aux deux premières places des filles les plus belles de la classe sur la liste que les garçons avaient constituée dans l'espoir de les flatter. Alexandre n'osa pas y participer. Quand ce fut le tour de la liste des garçons les plus beaux de la classe, Alexandre n'y figurait même pas...

Un nouveau départ

Mais ça, c'était du passé. Alexandre entrait au lycée et comptait bien se défaire de ce désagréable passé, surtout que la plupart de ses amis, dont Julien, n'avait pas choisi le même lycée que lui. C'était donc l'occasion d'un nouveau départ, d'une nouvelle vie.  Alexandre voyait dans son arrivée au lycée une opportunité pour approcher une - plusieurs ? - filles.

Dans sa nouvelle classe, Alexandre s'était fait un ami. Il s'appelait Martin et, comme lui, était intéressé par les filles plus que par le théorème de Pythagore. Le mois d'octobre était à peine entamé que Martin et lui avaient déjà évalué toutes les filles de leur classe. Ils commençaient désormais à étendre leurs recherches à tout le lycée.

La puberté faisait des miracles. Les filles voyaient leurs seins pousser et doubler, voire tripler de volume. Les boutons d'acnés donnaient un certain charme lubrique à celles qui savaient les porter. Alors que les filles s'interrogeaient sur les problèmes liés aux règles et à l'épilation, les garçons se questionnaient sur leurs performances sexuelles et sur l'éjaculation.

Chacun remettait également en question la praticité d'embrasser avec un appareil dentaire. Alexandre, lui, trouvait que les bagues donnaient un air sexy au sourire des filles. Il avait toutefois du mal à faire le lien avec certains films porno qu'il avait visionnés, dans lesquels des hommes éjaculaient sur le visage d'adolescentes aux sourires appareillés (-18) et plus jeunes de deux fois leur âge.

Concernant le porno, Alexandre en consommait régulièrement. C'était pour lui la seule façon d'avoir un rapport intime aux filles. Il aimait d'ailleurs ce côté paradoxal du porno, à la fois tabou, interdit, et véritable éden de curiosités en tous genres. Le porno, c'était comme un véritable moteur de recherche de tout ce qu'on avait jamais osé imaginer en matière de sexe. C'était le Wikipédia de la sexualité.

C'est par exemple comme ça qu'Alexandre avait appris qu'on pouvait pénétrer une femme par l'avant et par l'arrière. C'est également grâce au porno qu'il connaissait la plupart des pratiques et tendances sexuelles. Mais d'une double pénétration au premier baiser, il y avait pour lui tout un fossé. Pour Alexandre, embrasser une fille relevait déjà de l'exploit. Alors, pour la pénétration, on verrait plus tard...

Marina

Et c'était là que Marina entrait en jeu. Voilà une fille qu'Alexandre rêvait d'embrasser. Un mois après la rentrée, il l'avait remarquée en la croisant au hasard d'un couloir, et avait immédiatement été conquis. Marina avait son âge, mais elle était dans une autre classe. Elle n'était pas comme les autres filles. Il n'avait pas regardé son décolleté, son coeur étant trop occupé à battre la chamade. Pour la première fois de sa vie, Alexandre ressentit cette petite chaleur qui emplit le ventre tout à la fois de désir et d'un sentiment de vulnérabilité.

Marina n'était pas une fille comme les autres. Quand, les jours suivants, Alexandre pensait à elle en se masturbant, il ne pensait pas à sa poitrine, ni même à toutes les positions dans lesquelles il pourrait la prendre. Non, quand il pensait à elle, quand il se masturbait, il était guidé par cette petite chaleur qui ne cessait de lui emplir le ventre. Comme un romancier, il se faisait la description du personnage de Marina, en s'attardant sur les détails. Sur la douceur de sa peau, son étreinte, son regard...

Et c'est là qu'Alexandre commença à prendre conscience de ce qu'était vraiment le désir. Pas le simple désir d'un corps ou d'un archétype de la femme soumise, mais le désir d'une personne tout entière.

Désormais, ce qu'il voulait plus que tout, c'était provoquer une occasion de rencontrer Marina, ou ne serait-ce une occasion d'en savoir un peu plus sur cette fille si fascinante... et désirable.

La suite dans l'épisode 2 : « Tu veux venir travailler chez moi ? »