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Promenons-nous dans les bois

pendant que le loup n’y est pas.
Si le loup y était ,il nous baiserait.

Je suis partie en randonnée en France voisine et les exquises variations sur Marilou m’accompagnent pendant mon ascension. L’ami qui devait m’accompagner a été retenu pour raison médicale, s’étant fracturé la jambe en tombant dans l’escalier, et j’avais décidé de maintenir notre sortie en montagne malgré tout. En lieu et place d’une nuit de sexe en pleine nature avec ce partenaire occasionnel, je m’apprête à passer une soirée romantique en ma compagnie. J’ai choisi d’installer mon bivouac au sommet du Mont Forchat. La vue y est splendide, d’un côté le lac Léman, de l’autre le Mont Blanc. Les myrtilles s’offrent à mes pieds, et c’est auprès de mon feu de camp que je les déguste à pleines dents après avoir fait griller quelques saucisses. J’ai terminé la Goudale, récompense de ma grimpette et je savoure maintenant un peu d’absinthe.


L’ivresse me monte à la tête et mon regard s’absente. Je n’attends pas d’être dans ma tente pour me laisser aller à des pratiques obscures. Ma main se glisse machinalement dans mon décolleté et se ballade sur ma peau. Je facilite, après un moment volontairement prolongé, mes caresses en libérant mes seins de leur loge. Ma poitrine s’offre à la vallée que je surplombe, je la frôle, la pétris, l’effleure, la malaxe, tout à la fois. Le vent se charge de lécher mes tétons que je sens durcir. Je m’étends alors dans l’herbe et mes cuisses s’écartent Je m’applique à titiller, à pincer mes petits bouts, regardant les étoiles jusqu’à ce que les extases sous jacentes ferment mes paupières. Mon imagination me transporte dans des scénarios excitants; le souvenir d'un ancien ébat, l’un de ceux qui s’impriment dans la mémoire, se mêlant aux images d'une femme me léchant avec toute l’expertise de celle qui connait parfaitement son corps, auxquels s’ajoute un homme sans représentation, l’amant idéal qui lirait dans mes pensées. Ma culotte se mouille et je ne retiens pas ma main droite qui descend jouer avec le métal de mon zip pour se frayer un chemin jusqu’à mon intimité que je ne partage pas cette fois, que je réserve juste pour moi. Je suis seule au sommet, simplement en compagnie de quelques bêtes nuit-volantes, et ne prends aucune précaution pour étouffer mes soupirs fébriles qui se font de plus en plus bruyants. Je plonge mon index dans la cyprine pour l’humidifier et il vient se placer sur mon clitoris. Mon doigt décrit des petits cercles en jouant sur la pression, puis il se lance dans un va et vient de plus en plus rythmé, de plus en plus accentué, entre mon bouton secret et l'orifice de ma vulve, qui m’emporte vers la jouissance. Je self control mon plaisir pour le faire durer bien longtemps, pour enfin pousser le vice avec la pénétration jusqu’à l’os de mon pubis avec trois doigts qui s’agitent au fond de moi, mon pouce tournoyant placé sur mon clitoris. Un délicieux orgasme onanismique se répand en moi, faire l'amour avec soi est fort délicieux, complémentaire de la jouissance offerte et partagée. Ma main gauche poursuit les caresses de mes seins pour prolonger ma béatitude. Mon corps est comme engourdi après la marche de quatre heures, ma peau est collante de sueur, le feu crépite à mes côtés. C’est toute détendue que je plonge mes yeux dans le ciel bleu pétrole, ma respiration est ample, j’ai le sourire aux lèvres telle une débile mentale, je me sens parfaitement bien. Je reste ainsi un long moment, savourant ma bienheureuse solitude avant de répondre à l’appel du marchand de sable.


A la lumière de ma frontale, j’ouvre la glissière de mon igloo de toile et m’apprête à m’enfiler dans mon duvet lorsque je remarque une pochette écrue posée à côté de mon sac à dos. Elle ne m’appartient pas et je n’ai pas le souvenir de l’avoir vue lorsque j’ai déplié mon abri d’une nuit. C’est toute curieuse que je l’ouvre. Lorsque je découvre son contenu mes yeux s’écarquillent. Une photo du corps d’un homme sans visage, nu, lascivement étendu sur un drap blanc, le phallus en pleine érection avec une inscription manuscrite au dos :

«Marilou, baby doll,
Lorsqu’en un songe absurde
Perdue dans son exil,
Se plonge avec délice
Sur fond de Rock-n-roll
Au pays des malices
De Lewis Caroll,
Je bande.»

A la lecture de ces mots, mes poils s’hérissent et je prends peur. Peut être un rôdeur se cache aux alentours, mais aussi, surtout, je m’interroge. Comment des extraits de la chanson que je me fredonnais dans la tête pendant mon ascencion et que j’illustrais avec mon corps il y a encore une heure ont pu se retrouver inscrits à la main dans ma tente sur une photo, au demeurant fort plaisante ? Si c’est un rôdeur, c’est un rôdeur télépathe et bien silencieux. Je n'ai entendu aucun bruit, c'est à pas de loup qu'il aurait fallu qu'il agisse. Je tente de rationnaliser, bien que ce ne soit pas le corps de Rémy qui est offert à ma vue, il a surement voulu me faire un clin d’œil pour se faire pardonner son absence, il ne me connaît que trop bien. C’est en essayant de me convaincre que je finis par m’endormir, emportée par la fatigue. Je me réveille au petit matin en ayant oublié cette histoire d’Alice mais la photo ramène immédiatement Monsieur Gainsbourg et mon incompréhension à mon esprit. Mon cerveau s’emballe et je fouille mon sac pour trouver ma cafetière italienne de poche et mon précieux café, j’ai besoin de réconfort. Je redémarre le feu en soufflant pour attiser les braises rescapées de la nuit, la chanson s’impose dans ma tête. Tandis que je m’éloigne de mon campement de fortune pour soulager ma vessie, je remarque une autre pochette en toile, c’est maintenant mon cœur qui s’accélère. A l’intérieur, je découvre une photo de moi en pleine masturbation, simplement éclairée aux lueurs des flammes, ma tente en arrière plan, et ce mot :

« Je me suis régalé de votre spectacle hier soir, j’aimerais à mon tour vous faire jouir. »

Je retourne promptement vers ma cafetière qui commence à émettre le mélodieux son synonyme de café imminent. Mes yeux parcourent les alentours, mes oreilles sont à l’affût du moindre bruit, rien ne bouge autour de moi mis à part quelques nuages moutonneux. J’avale d’une traite mon breuvage brulant et je m'affaire à rassembler mes effets que je glisse dans mon sac pour lever rapidement le camp, tout en ne pouvant ignorer l’excitation que cette révélation avait induit en moi. Mon paquetage sur le dos, je me mets en route lorsqu'on m'interpelle :

–Mademoiselle, mademoiselle ! Vous avez oublié votre pochette.

Je suis toute étonnée, aucun bruit ne m’avait jusque là annoncée la présence de quelqu’un à proximité. Deux jeunes filles, à l’accent anglais et à la forte poitrine, vraisemblablement des touristes s’approchent, leur trouvaille tendue vers moi. Une de plus, je suis certaine d’avoir les autres dans mes affaires. Je les remercie poliment et prends la pochette surprise. Une fois loin d’elles, je l’ouvre, je crains que mon cœur ne traverse ma poitrine.

« Je vous donne rendez vous à la chapelle du lac du Vallon à midi, je vous réserve une surprise. »

Je suis une aventurière et ma curiosité balaie rapidement mon hésitation, il faut que je sache qui se cache derrière tout ça, qui joue tant avec mes nerfs qu’avec mes sens. De plus, il fait grand beau, cela me donne une motivation pour prolonger ma randonnée et je peux aisément me ravitailler en route, autant de prétextes pour aller me jeter dans la gueule du loup et ne pas m'avouer mon indécente et immorale envie de baiser avec n'importe qui. J’entreprends ma descente et trace mon chemin vers le mystérieux lac, au pied du Roc d’Enfer, qui a englouti un village. Il paraît d’ailleurs qu’on entend encore parfois sonner les cloches de l’ancienne église. Les trois heures de marche passent bien vite, des pensées plein la tête. Me faire prendre dans la chapelle me paraît blasphématoire mais l’interdit m’excite. Il y aura certainement beaucoup de monde, peut être même des familles, par cette belle journée ensoleillée et un ébat improvisé risque fortement d’avoir bon nombre de spectateurs. Si cela se trouve c'est un piège qui va se refermer sur moi avec tout mon consentement. C’est toute humide que je m’approche des berges du lac. Je suis loin d’être glamour. Les cheveux en bataille, mon teeshirt collant de sueur, les jambes griffées de ci de là par des broussailles mais celui qui m’a donné rendez vous doit bien se douter que je n’ai pas eu l’occasion de m’apprêter et il ne semble pas s’arrêter à ce genre de considérations.

C’est sur la fontaine, à côté de la jolie chapelle en pierre, que je trouve le petit sac écru qui maintenant ne me surprend plus. A l’intérieur je découvre une petite pierre peinte en rouge et ces mots :

«  Mon petit poucet, allez vous me trouver ? »

Je ne suis pas idiote et interprète la consigne. Je me mets à la recherche des petits cailloux carmins qui m’emmènent, de plus en plus loin, dans la forêt. Je marche bien trente minutes avant d’arriver là où, de toute évidence, on voulait m’amener. Une minuscule clairière, entourée d'arbres touffus, à l'écart des chemins tracés, illuminée par des rayons de soleil qui transpercent au travers des feuillages.

Un homme nu est ligoté à un sapin avec une corde d’escalade. Il est bâillonné et ses yeux hurlent de soulagement lorsqu’il me voit. J’hésite un peu avant de m’approcher, puis finalement rassurée par son immobilisme forcé je prends l’initiative de lui rendre la parole. Il exprime clairement son refus d’un balancement de la tête. C’est seulement à sa toute proximité que je remarque que le nœud qui maintient son lien est bien trop loin de ses mains pour qu’il ait pu s’attacher seul au résineux. Alors je pose mon sac et m’assois face au prisonnier mutique, à une précautionneuse distance. J’attends la suite, une attente faite d’un mélange d’impatience, d’excitation et d’une pointe d’appréhension. Je sors ma blague à tabac et fabrique une cigarette artisanale pour m’occuper les mains. Je fume ma roulée en alternant avec des lampées de fée verte pour contrer l’envie de m'enfuir. J'interroge l'homme à l'arbre, sans bien évidemment attendre de réponse mais cela m'apaise de partager mes pensées avec lui, comme pour clarifier mes idées, des questions réponses, un monologue à haute voix. Est-il volontairement offert ainsi, presque à la vue de tous? En même temps il ne présente aucune marque qui pourrait me faire penser qu'il s'est débattu lorsqu’on l’a entravé. Il y a quelqu'un aux alentours? Oui je pense bien qu'on nous observe. Qu'est ce que je dois faire? Apparemment juste être patiente, celui qui m'a attiré ici semble plein de ressources et d’idées derrière la tête.

–Vous n’avez pas peur du grand méchant loup mademoiselle ?

Je sursaute et tente de masquer le tremblement intérieur qui m’a instantanément envahie.

–Non! Je ne suis pas le petit chaperon rouge vous savez, et ma grand maman est morte depuis fort longtemps, sort instinctivement de ma bouche comme si l’arrogance et l’absurdité pouvaient me protéger du danger.

–Tant mieux car même si je projette de vous manger toute crue, sachez que vous en ressortirez saine et sauve, et peut être même que vous en redemanderez. C’est ma seule ambition en tout cas, je ne vous veux aucun mal, je n’aspire qu'au plaisir partagé.

Sur ces belles paroles, le mystérieux homme aux évocations lupines, apparemment adepte des cordes, sort de sa tanière et s’avance vers moi à quatre pattes. Son regard noir me transperce. Il s'approche tout près, me prend ma flasque des mains et grimace lorsque la liqueur coule dans sa gorge. Il me rend la fiole à désinhibition et il s'avance, sans dire un mot, vers l'offrande masculine dévêtue qui observe la scène depuis son arbre. Le loup, lui, est habillé. Il porte un sobre teeshirt noir et un bermuda tout aussi sombre, mais ne porte pas de soulier. Il se place au pied de celui qui est lié juste au dessus des chevilles, les cuisses légèrement écartées. La corde remonte sur chaque jambe en un esthétique macramé, ses poignets sont maintenus contre ses hanches et son dos est plaqué fermement contre l'écorce irrégulière par des tours de corde autour de son torse qui viennent se terminer à l'arrière du tronc par des nœuds multiples. Il a le cou dégagé. Son bâillon rouge renvoie à la couleur de ses entraves. Son sexe est libre, pendant, en berne. J'observe le loup s'approchant de sa proie, inspirant et recrachant ma fumée au rythme de ses pas assurés et lents.

Il s’arrête à ses pieds, s' accroupit et se met à lécher du bout de la langue le sexe mou du prisonnier qui le regarde faire. Je ne peux distinguer son sourire mais son regard trahit son ravissement. Rapidement sa queue se durcit sous les habiles lèchements. Le gland se présente alors avant d’être aussitôt entouré par les lèvres de l’homme en noir. La poitrine captive se soulève de plus en plus, les yeux se ferment et l’homme s’abandonne à la bouche virile qui l’engloutit. Cette scène à laquelle je ne m’attendais pas, prétentieusement certaine que je serais le centre des attentions, m´échauffe. Si j’ai déjà pratiqué le sexe avec plusieurs hommes, ils étaient tout dévoués à moi, leurs corps ne se caressaient que par le biais du contact avec le mien. Cette fellation masculine me captive, m'ensorcelle, m'excite. Je mouille tout autant sinon plus que si c’était moi qui avais cette verge au fond de la gorge. Fiévreuse, je me mets en mouvement, sans même y réfléchir ou y être invitée. J’avance moi aussi à quatre pattes et vient me glisser sous le menton de l’habile suceur et me mets à parcourir les bourses, seules disponibles pour ma langue gourmande. Elle remonte et tente de se faire une place sur le sexe, le délivrant des lèvres qui l’enserrent, elle rencontre parfois son acolyte masculin. Nous léchons à deux le bienheureux prisonnier dont les soupirs étouffés par le bâillon se font malgré tout de plus en plus intenses et audibles. Nos langues se mêlent et abandonnent, avec une cruelle spontanéité, la queue toute bandante. Les yeux du prisonnier crient leur désarroi mais nous ne lui prêtons aucune attention. Nous nous embrassons sauvagement et égoïstement devant lui. Notre langoureux baiser s’interrompt un bref instant tandis que ses mains ôtent mon teeshirt. Puis elles dégrafent mon soutien gorge avant de prendre mes seins et de pincer mes tétons entre le pouce et l’index. Une douce mais ferme pression sur ma poitrine me pousse à m’allonger dans l’herbe douillette, quelques épines me transpercent le dos et les fesses. Je croise alors le regard envieux de celui qui, ligoté, ne peut ni accéder ni partager son désir, avant de fermer les yeux et de m’abandonner à mon généreux partenaire. Bientôt lui aussi se dévêtit, après avoir fait glisser mon short et ma culotte détrempée et son sexe se glisse en moi, d’abord avec douceur puis de plus en plus sauvagement. Mes tétons pincés, mon intimité habitée m’emportent dans un plaisir intense. Je le sens tout au fond, il remue les hanches pour remplir tout l’espace en moi, son sexe décrit comme des cercles dans mon vagin, son gland frotte contre les parois. Je gémis, il geint, je jappe, il glapit et nous nous abandonnons tous deux à l’orgasme dans un hurlement. Notre témoin éjacule, nous asperge de son foutre. Il faut dire que nous sommes juste à ses pieds, juste à sa portée. Lorsque mes paupières se rouvrent, c’est quatre yeux qui me regardent et cela élargit encore mon sourire béat, prolonge la sensation presque électrique que je ressens dans mon bas ventre. Mon grand méchant loup m’embrasse alors dans le cou avant de me susurrer au creux de l’oreille un « haaaa Marilou », comme s’il voulait accentuer son évidente satisfaction. Je resserre mes bras autour de lui et nous restons tendrement enlacés, son sexe s’échappent petit à petit de moi sous l’effet de l'inévitable débandade.

C’est nue que je retourne vers mon sac, il vient se placer à mes côtés et nous discutons, presque comme deux anciens amants complices, devant le sapin au prisonnier, fumant des roulés et terminant l’absinthe. Des bruits approchants nous incitent à rapidement nous rhabiller et nous nous enfuyons tous les deux, abandonnant notre sacrifié, après avoir eu la charité de lui donner un petit couteau pour qu’il puisse malgré tout tenter de s’échapper avant la potentielle arrivée des intrus.

La semaine suivante, je retrouve Patrick sur le plateau des Bornes, haut lieu de la résistance. C’est lui le grand prédateur, le chef. Baptiste, pas rancunier de notre lâche et pervers abandon, nous rejoindra le lendemain matin, une fois que nous aurons traqué, épié celui ou celle à qui nous tendrons le délicieux piège dans lequel je me suis en toute conscience jetée. Et nous baiserons, tous les trois cette fois, dans les bois, sous les yeux de notre proie. Car le mode de chasse a changé, nous ne ferons plus l'appât, c’est elle qui sera sacrifiée, ligotée, uniquement spectatrice de nos ébats après une cruelle stimulation de son désir. Ensuite, libre à elle de se joindre, ou non, à nous qui, durant tout l’été, arpenterons les forêts à la recherche d’autres canidés lubriques à intégrer dans notre immorale meute.

Allez donc vous promener dans les bois mais ayez en tête que nous serons certainement là, de jour comme de nuit, terrés derrière le moindre buisson, derrière le moindre rocher,affamés et sans pitié….

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