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Regards croisés (1)

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    Durée : 17:44 min

    Le premier épisode des regards croisés ou la rencontre sensuelle entre deux inconnus racontée par la voix non moins sensuelle de Shannasha.

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Partie 1

Sensation étrange de réveil. . . Être sur un petit nuage, comme pressentant une journée radieuse, ou au sortir d’un rêve magique. Le rêve est passé mais le petit nuage est resté. La grisaille aurait de quoi me faire perdre cette bonne humeur inexplicable mais je me sens épanouie, ce qui me pousse à m’habiller plus coquinement que d’ordinaire.

Libre. Libre de ma folie. Libre de mes envies. Libre d’être celle que je suis. Rien que pour cette journée. Et peut-être pour la suivante, en plus de celle d’hier. . . Tout simplement libre d’exister.

J’avance dans la rue, ne m’occupant pas des passants alentours. Flot humain de gens pressés pour aller au travail, déposer les enfants, se presser pour ne pas arriver en retard en cours. . . Je garde mon rythme habituel.

Mon esprit est captivé par quelque chose : une sensation, une attitude ? Je ne saurais dire, cela vient de passer, de me croiser. Je me retourne pour essayer de comprendre, de trouver un sens, la pièce manquante de l’histoire. . .


Lui

Cela avait duré une seconde. Ou deux, peut-être cinq. . . Et juste avant, les effluves, dans mon dos ! L’émotion brutale de ce parfum féminin, sensuel, troublant. Et quand j’ai tourné la tête, puis le corps. . . Impossible de savoir si ce sont ses yeux d’abord. . .

Non ! Si d’abord j’avais vu son regard, j’aurais été paralysé, incapable de voir autre chose. Son visage, alors ? Et ses cheveux, ses lèvres qui avaient esquissé un petit sourire de surprise, à ma vue ? Ses lèvres, dont les coins avaient évoqué un instant, outre la surprise, le plaisir, un rien coquine un centième de seconde. . . ?

Ses yeux, depuis le moment où ils avaient croisé ma vie, étaient la vraie source de mon trouble. Je n’étais plus le même. Je ne pensais maintenant qu’à elle. . . J’étais comme envoûté, sous le charme. . .


Elle

Comment ne plus penser à cet inconnu ? Je suis absolument sûre qu’il m’a remarquée et que je lui ai plu immédiatement. Pourquoi ? Son regard, brusquement trouble quand il a croisé le mien. Sa surprise, le petit mouvement du corps qu’il a laissé percevoir. . .

Le miroir semble me jouer des tours, évoquant le visage de cet homme croisé quelques heures plus tôt. Pourtant, je ne me souviens plus vraiment de ses traits. Juste quelques contours et sa prestance. Je me demande même si je serais capable de le reconnaître si jamais je le re-croisais à l’avenir ? Bien sûr que si ! Il a un charme qui dépasse son physique et qui est propre à lui. En tous cas il n’y a aucun doute : il me reconnaîtrait aussitôt, lui !

Je continue de me brosser les cheveux, ne comprenant pas le trouble qui hante mon esprit. Peut-être devrais-je coucher tout cela par écrit ? Coucher. . . Un bien joli verbe à multiples sens. Pourquoi suis-je autant fascinée par lui ? Est-ce parce qu’il a regardé mes yeux en premier ? Rares sont les hommes qui s’intéressent au visage d’abord. . .

Je m’allonge dans le lit et attrape mon journal intime. C’est drôle et puéril de continuer à écrire son journal à mon âge. . . Mais si on réfléchit bien, moi je mets tout dans un carnet personnel alors que d’autres publient sur un blog leur billet du jour. Le mot intime n’a alors plus la même signification.

Et lui, pense-t-il à moi ?


Lui

Toute l’après-midi, j’avais songé à elle. Le souvenir si troublant de son parfum. Son regard, sa silhouette. Ses yeux surtout. . . J’y avais lu la sensualité, la promesse du plaisir. . .

Et ce soir, c’était encore bien pire. Je n’avais rien pour me distraire d’elle. Le livre que j’avais ouvert m’avait semblé écrit dans une langue inconnue ; je n’avais pas retenu un seul mot. . .

En cet instant, était-elle au lit, comme moi ? Dans quelle tenue ? Une nuisette ? Je sentais sans toutefois avoir de certitude que ce genre de femme dormait entièrement nue, le corps libre. Au fond c’était cela, elle m’avait semblé une femme libre. Libre de son corps, libre de son âme. Experte en son plaisir et dans l’art d’en donner. Mais bon sang, pourquoi ne l’avais-je pas abordée ? En une seconde, j’aurais pu lui donner ma carte, lui faire comprendre que je ne pourrais pas l’oublier. . .


Elle

Je souris bêtement en m’imaginant qu’avec un peu de chance je pourrais le revoir un jour. Je l’ai croisé par hasard et je ne sais rien de lui. Peut-être est-ce là l’objet de mon nouveau fantasme : ne rien savoir sur quelqu’un qui m’envoûte et m’attire ? Peut-être que ce qui fait aussi le charme de cet homme, c’est tout le mystère qui l’entoure et les fantasmes qui surgissent de mon imagination ?

Il a quelque chose dans le regard qui m’a troublé à l’instant où nos yeux se sont croisés. Ce brin d’assurance et de maturité qui me provoque et me déroute à la fois. La grande force qui se dégage de sa personnalité, à la fois bienveillante et puissante. Quelque chose de calme, de voluptueux et d’allègre. Je couche tous ces mots sur le papier sans vraiment mieux définir la personne rencontrée. Tout ce que je peux dire à son sujet, c’est qu’il n’est pas banal. Rien qu’à cette furtive petite rencontre, il me semble différent de la foule habituelle des mâles. Est-ce cette sensation qui me fait bêtement frétiller pour lui alors que nous ne nous sommes croisés que l’espace d’un instant ?

J’arrête mes notes pour laisser vagabonder mon imagination. Que se serait-il passé s’il avait osé m’aborder ? Me serais-je laissé tenter ? Sa voix suave aurait-elle agi comme un tourbillon m’entraînant au cœur d’une tempête ? Me serais-je sentie défaillir au contact de ses mains ? Me laissant retirer vêtement après vêtement ? Telle une poupée dans les mains de son maître ? Pourquoi suis-je autant fascinée par cet homme ? Pourquoi suis-je déjà à lui, ressentant le besoin de son contact ?

Le portable se met à vibrer, me privant de mes pensées envoûtantes. Ma main droite s’éloigne de mon entrecuisse pour prendre cet objet infernal du quotidien qui nuit parfois à mon inspiration. Je l’éteins toujours lorsque j’écris mes poèmes.

Ma meilleure amie me parle d’une rencontre avec un charmant inconnu qui lui a laissé son numéro. Par politesse et par amitié, je lui demande plus de détails sur ce qui s’est passé. En attendant une réponse qui ne tardera sûrement pas, je m’interroge de nouveau sur lui. Qui est-il ? Que fait-il dans la vie ? J’aimerais tant rencontrer un sculpteur qui aimerait caresser mes courbes de ses mains expertes. Est-il marié ? Cette interrogation me déclenche un rire nerveux. Qu’est-ce que ça peut faire ? Je sais que l’envie que je ressens, sera plus forte que les préoccupations morales si je le revoyais.


Lui

Que pouvait-elle faire dans la vie ? Étudiante, peut-être ? Elle avait encore l’âge des longues études. Mais les étudiantes ont rarement en elles cette grâce à se mouvoir, cette sensualité secrète que j’avais perçue en une seconde. Étudiante en histoire de l’art ? En archéologie ? Analyste financière ? Juriste ? J’avais connu une femme juriste arborant la calme froideur analytique de sa profession, mais qui. . . une fois la glace rompue. . .

Impossible de savoir. J’avais cru lire dans son discret petit sourire qu’elle était coquine. . . Du genre que l’on ne croise que trop rarement dans sa vie. . . Comment était-elle habillée ? J’aurais voulu me rappeler le moindre détail. Cela avait été si bref ! Mais quelle élégance quand même ! L’élégance du corps en mouvement, du corps qui sous les vêtements reste nu pour celui qui sait voir. . . Le gracieux frémissement du bas de son dos qui allait hélas vite disparaître. . .


Elle

Le portable vibre de nouveau. Nouvelle sensation de frustration alors que ma main s’égarait au niveau de mon bas ventre. Cet homme déclenche une irrépressible envie, me rappelant l’un des rares hommes qui a vraiment marqué ma vie, celui qui m’a fait prendre conscience de ma féminité. Il m’a fait goûter le raffinement, éclore mon potentiel, éveiller ma sensualité. . .

Je me souviens de notre première rencontre, de ce premier frisson lorsque nos regards se sont croisés. Déjà les regards qui se croisaient ! Cela ressemblait à un coup de foudre et pourtant, une grande différence d’âge nous séparait. Son regard rieur me dévisageait, me détaillait et me mettait à nu comme si je n’avais plus de vêtement. Sa voix avait ce quelque chose qui me rendait impuissante, limitant ma volonté à l’effort de le satisfaire. Et comme il me l’a fait découvrir ensuite, satisfaire mes envies.

Quelques mots seulement de sa part et je me retrouvais chez lui. . . Je ne me souviens même plus du trajet, court ou rapide, et si nous avions parlé ou non. Juste quelques impressions, la moiteur de mon sexe dégoulinant sans qu’aucune allusion sexuelle ait été évoquée. Comment avait-il fait pour me conduire chez lui et si vite entièrement nue, à quatre pattes sur la table basse pendant qu’il buvait un verre sur le canapé, contemplant ma croupe en me complimentant ?

Sa voix était ma drogue. Après cette première rencontre, j’essayais de savoir si j’avais échangé un verre avec lui au début, mais je m’aperçus que seules ses paroles m’avaient bercées, réconfortées et incitées à me laisser « être moi-même. » J’avais eu honte après coup, avant de finir par accepter tout cela. Il m’avait aidée, mais lorsque j’étais sur cette table, nue, offerte, docile, je n’avais ressenti aucune honte, aucune gêne et j’appréciais ce moment. J’étais libre et souvent il me répétait qu’il ne m’obligeait à rien.


Lui

Brusquement le souvenir de Mathilde m’était revenu. Mathilde ! Cet aéroport anonyme, et la silhouette, élégante et soudain toute proche, comme dans les rêves. . .. La voix douce et un peu grave qui m’avait juste demandé si nous pouvions partager la course du taxi. . . Comment aurais-je pu imaginer la suite ? Cette avalanche de voluptés, dont chaque seconde était encore ancrée en ma mémoire, bouleversante ? Mathilde au jeune corps souple, au visage mutin. . . Le bout de son nez et le haut de ses petits seins couverts de pâles taches de rousseur. Les deux fossettes de ses fesses, et l’art qu’elle avait de les tourner, de les montrer, les ajustant à la direction de la lumière. . . Ses aréoles roses et menues comme celles d’une fillette. . .


Elle

L’homme que j’ai croisé aujourd’hui était différent. Il ne m’a pas abordée. Et pourtant, je ressens déjà quelque chose de fort, comprenant que si jamais nous nous croisons de nouveau, je serai à lui, que ce soit pour un instant, une nuit ou une éternité. Même si, comme celui que parfois je qualifie de mentor, enfin de compte aucun homme ne peut espérer m’avoir pour lui seul toute une vie.

Cet inconnu est-il comme lui ? Aussi envoûtant ?

Cherchera-t-il à me tester pour savoir qui faiblira le premier ? Et si jamais je le rencontrais de nouveau, devrais-je faire le premier pas ? Je me pose des questions qui n’ont pas lieu d’être. . . Je sais que dans ce genre de rencontre, l’instinct l’emporte sur la raison. Ne pas réfléchir, se laisser aller et croquer le fruit de la vie. Les meilleurs rencontres ne se calculent pas. Pourtant, de penser à lui ce soir alors que nous ne nous sommes vus qu’un instant et craindre d’avoir raté quelque chose, me laisse une frustration incompréhensible.

Ma main glisse sous la petite culotte fine que je mets le soir. Machinalement mes doigts commencent à jouer. Je souris, comprenant qu’il est inutile de me demander lequel des deux hommes provoque l’envie de me faire plaisir. . . Sans doute les deux à la fois.


Lui

Je n’en revenais toujours pas d’avoir ce jour là croisé un regard qui me rappelât si vivement la grâce, la volupté le regard de Mathilde, discrètement coquin.

Mathilde, sage et discrète en apparence, et qui pourtant allait se révéler un volcan. . .

Dans le taxi, nous avions bavardé, comme adorent le faire deux français qui se retrouvent au bout du monde dans une immense cité où même l’anglais faisait fréquemment problème. Elle parlait sans réserve, avec naturel. J’avais proposé de prolonger la conversation autour d’un verre. Elle avait accepté sans hésitation, et suggéré le bar de son hôtel.

À l’heure dite, avec un sourire, elle avait juste énoncé d’une voix douce, – une voix raffinée et souple en harmonie avec la délicatesse de la courbe de ses lèvres – « c’est un peu bruyant, n’est-ce pas ? Est-il convenable de vous proposer de boire ce verre dans ma chambre ? »

Et sans attendre de réponse, avec un petit sourire en coin délicieux, elle avait ajouté, comme une banalité :

« le choix des boissons y est moindre, mais l’ambiance beaucoup plus intime et propice à la dégustation ! »

Jamais dans les heures brûlantes qui avaient suivi nous n’avions utilisé le tutoiement, comme si c’était plus excitant de ne pas l’envisager. . . Elle m’avait mis à l’épreuve. Sans sa jupe, – « ces longs voyages sont pénibles, permettez-moi de me mettre un peu à l’aise » – avait-elle dit avec un parfait naturel, à peine entrée, en la faisant glisser au sol, ondulant des hanches comme une danseuse orientale devant mes yeux médusés. . .

Et, restée vêtue au-dessus de la ceinture, accroupie sur moi, frottant délicatement son bassin sur mon excitation, qu’elle avait libérée avec des doigts de fée, pour vérifier si, comme un véritable gentleman j’allais oser lui laisser l’initiative.

Son petit sourire en coin quand je sentais sa chaleur et son humidité – si bouleversantes pour mes sens – à travers la fine dentelle, aussi diaphane qu’une toile d’araignée. . . ! Et après plusieurs minutes de ce petit supplice, quand elle avait commencé à déboutonner ma chemise puis, comme une activité évidente, à caresser ma peau de deux doigts nonchalants, comme une mère apaise un bébé d’une petite caresse, elle avait dit doucement, toujours avec son petit sourire en coin qui ne semblait guère la quitter :

– Je ne suis guère douée pour les convenances. . . Vous voudrez bien me pardonner ! Mon prénom est Mathilde.

Elle allait révéler qu’elle connaissait tous les petits secrets du corps masculin. . . Et un goût immodéré pour certains jeux qui, je dois dire, la troublaient aussi beaucoup faisant exploser sa pudeur de manière adorable, et très émouvante. . .

Plus les heures passaient, plus je pensais avec curiosité, avec un désir croissant, et qui devenait parfaitement visible, à la femme rencontrée cet après-midi. . . D’où au juste pouvait venir son charme ? Assez différent de celui de Mathilde et pourtant, me rappelant constamment le sien. Sauf que Mathilde avait pris les devants. . .

Ma nuit ne fut qu’une succession de tourments, de moments de sexe jamais concrétisés. . . Le shorty de Mathilde hanta la fin du rêve et lorsque j’ouvris les yeux, je ne pensais plus qu’à ce morceau de tissu, ce qui ne m’aida pas à faire baisser l’érection matinale du réveil. Ce fameux shorty qu’elle avait porté bien trop longtemps en ma compagnie, me reprochant en me taquinant de l’avoir excitée rien que par ma présence rapprochée dans le taxi. Ferais-je le même effet à la jeune inconnue si nous nous rencontrions de nouveau ?

Je sortis le sous-vêtement de ma table de nuit. Je le laissais dans le tiroir du milieu. Quelle avait été ma surprise au moment de sa découverte, dans la poche de ma veste une fois entré à mon hôtel ! Et le petit mot m’expliquant que c’était pour que je me souvienne d’elle. Comment aurais-je pu l’oublier après ce qu’elle m’avait fait vivre ?

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