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Rien qu'une histoire de canapé

Pliée sur le canapé, les pieds collés sous mes fesses, je regarde la lumière blanche de l’extérieur qui entre dans la pièce. J’attends, et forcément, quand j’attends, je pense. Je pense trop. Impossible de trouver le bouton pause. Impossible de ne pas réfléchir à ce que je fais ici. Ni à comment j’y suis arrivée. Je glisse à l’horizontale sur ce canapé que je ne connais même pas, mais que je m’approprie depuis bientôt vingt minutes. Soupir gémissant. J’ai encore le temps de partir. Je plaque comme je peux ma frange humide. Lyon. C’était le mi-chemin. Le terrain neutre. L’excuse parfaite. Mon téléphone tressaute sur la table basse en verre. Je soulève la tête et jette un regard en biais. Pas la bonne photo qui apparait sur l’écran. Ce n’est pas la personne que je voudrais. Je laisse sonner. Je me retourne dans ce canapé qui n’est pas si désagréable vraiment. Je note dans un coin d’en trouver les coordonnées IKEA pour mon propre appartement.

Il y a des mois que je lui tourne autour. Il y a des mois qu’il me tourne autour. On s’est chassé. On s’est confronté. On s’est allumé. Des heures. On s’est vu. On s’est regardé. On a même failli s’attraper il y a quelques mois. Je passais sur Paris, juste le temps d’un train. Juste le temps d’un bar, d’un tunnel de métro. J’ai collé mon corps au sien. Ma bouche à la sienne. Juste de quoi s’avouer en silence que ce n’était pas juste à l’image. Ce n’était pas juste en photo. L’attirance était bien réelle. Mais on a laissé les choses reprendre le sens qu’elles avaient pris. Chacun sa vie. Chacun ses conquêtes. Et parfois.. Se retrouver en image. Se coller à l’écran. Se chuchoter le manque. Et puis ce jeudi là. Pourquoi un jeudi d’ailleurs ? Ce jeudi où il appelle. Il n’appelle jamais. Il écrit. Sa voix qui murmure dans mon oreille. Je sais, rien que parce qu’il appelle, au lieu d’écrire, qu’il est vraiment décidé. Il veut me voir. M’avoir. Je fais celle qui hésite. Oui, quand même. Juste pour le geste. Juste pour faire croire que je ne suis pas déjà en train de sautiller sur place comme si j’avais 4ans et qu’on m’offrait une énorme peluche en forme de licorne. Il insiste, durcit sa voix. Démontre qu’il a déjà tout programmé. Lyon. Le train. Les dates du week end. Il rajoute qu’il a même trouvé l’endroit. Un Airbnb, avec deux chambres pour céder à mon caprice de dormir seule. Mais que le lit a des barreaux. Je mime l’hésitation encore. Mon prénom résonne. Agacement et frustration à peine cachés. Je cède. D’accord, d’accord. Je me remets sur le dos et étends les jambes en l’air. Tire sur les bas sombres. J’ai envie de me caresser pour me détendre. Me mettre dans l’ambiance. Je laisse couler ma main entre mes jambes. Glisse contre le tissu. Referme les jambes. Non.. Non.. Ca pense trop là dedans. C’est impossible de se concentrer. Je sais à quoi il pense. A ce qu’il veut trouver ici, dans cet appartement. Se lever pour éviter de culpabiliser de n’être pas tout à fait aussi.. chienne, qu’il le rêve. Je me dresse face à l’énorme miroir qui habille le salon. Je m’affronte d’un regard. Qu’est-ce que je suis ? Féline ? Femme ? Fébrile. J’enfonce la touche pour monter le son sur mon ordinateur. Etouffer le brouhaha de doutes et d’appréhensions.

L’écran du téléphone s’allume. Son sourire. « Je suis là ». Qui n’empêche pas de sursauter quand son doigt enfonce la sonnette. A tout petit pas de fillette, je me traine dans l’entrée et entrouvre la porte. Je cherche ses yeux, et dans son regard le soulagement à mon angoisse. Il pose la main sur la porte, comme pour enlever tout doute ou possibilité de la refermer. La pousse. Je lui cède l’espace qu’il prend en avançant, moi, reculant. J’ai juste oublié que le couloir était biscornu, ce que mon dos me rappelle brutalement. J’ouvre la bouche pour jurer, mais la sienne s’écrase sur moi. L’empressement que je ressens. La sincérité aussi, car il n’a pas besoin de mots pour me dire mieux que ça que je gravite toujours dans son esprit et ses envies. Je m’appuie sur le mur pour mieux repartir contre lui. Souder ma bouche à la sienne. Nouer mes bras autour de son cou. Laisser couler toute cette attente dans cette étreinte. Je sens son désir plaqué contre mon ventre. Mes doigts se pressent sur ces joues, son torse, ces bras. Ce besoin animal de le sentir. Sa main se pose sur mon cou et colle ma tête au mur. Il recule. Je lutte. Me débats. Halète. Il me regarde. Reprend son souffle. Est-ce aussi dur pour lui que pour moi ? Il prend le temps lentement de m’observer. Glisse un doigt sur le pull blanc qui souligne mes seins, nus. Quand il sent que je ne vais plus me jeter contre lui, ses doigts se desserrent. Je les regrette déjà. Mais j’attends.

«  - Je peux fermer la porte, où tu tiens à ce que les voisins nous regardent ?

Petite moue coupable.

Il ferme la porte d’une lenteur infinie, bien conscient de me torturer. Mon regard est collé à lui. J’absorbe toute les images que je peux. Son dos. Sa nuque. La façon dont il prend son sac de voyage. Il m’attrape pas le bras en passant. Je me demande si je suis aussi agréable à porter que le sac ? Il m’entraine vers le salon, comme si il possédait déjà les lieux. Combien de fois a t’il regardé les photos de cet Airbnb pour repérer les lieux ? Savoir ce qu’il me ferait ? Se caresser en l’imaginant ? Il nous arrête devant le miroir. Se colle dans mon dos. Me regarde, puis le reflet. Sa main se pose sur ma hanche. Il serre les doigts, les enfonce en moi. Il se regarde, nous regarde. J’ai du mal à soutenir l’image. Je sens sa joue contre la mienne.

" - Regarde moi Axelle. Pour une fois qu’on se voit ensemble dans la même image. Tu ne veux pas voir ?

Ses doigts remontent sous mon pull, attrapent mes seins, les pincent. Affronter mon propre regard et le sien. Me voir autrement. Coller mon cul contre son jean. Je laisse l’instinct animal reprendre le dessus. Je bascule mes mains dans mon dos, les plaquent contre sa queue qui déforme le jean. Je vois à ses yeux qu’il lutte pour ne pas me jeter contre le canapé. Que commence le duel de celui qui cédera à ces pulsions en premier. Il esquisse un sourire, carnassier, suffisant pour me faire comprendre ce qu’il compte faire. Je tente de glisser entre ces bras mais sa mâchoire se referme sur mon cou. Je gémis. Serre les doigts, griffe le tissu. Cette sensation bestiale d’être dans sa bouche. Mordue. Goutée. Il a son bras autour de moi qui me retient. Je cherche l’air, sous la douleur. Et je sens ses doigts se glisser dans ma culotte, se plier, puis s’enfoncer en moi. Je cherchais à fuir les quelques secondes précédentes, et maintenant je me colle contre lui, chaque millimètre d’écart est de trop. Il mord, encore, marque toujours plus ma chair. Il me doigte, encore, s’enfonce toujours plus dans mon sexe. Mes jambes lâchent lentement. Il relâche pourtant son étreinte et glisse ces doigts dans ma bouche. Je sais qu’il vient de commettre sa première erreur. Ma langue s’enroule, et les lèche. Mes lèvres se referment, emprisonnant ce substitut. Je m’applique à faire comprendre ce que ma bouche a besoin d’avoir. Avide. Mes doigts caressent avec application sa queue. Je croise son regard dans ce miroir. Il cède. Il recule et tombe dans le canapé. Je me retourne lentement. Il est déjà en train d’ouvrir sa braguette. Je pose mes mains sur ces genoux, me penche, lèche ces doigts pressés. Ces doigts agrippent mes cheveux pour garder mon visage près de sa queue qu’il vient de libérer. Tirer la langue, le défier, résister quelques secondes de plus. Il la pose contre ma bouche. Son regard. Mes doigts se posent sur les siens, le décalottant lentement. Je laisse ma langue, pleine de salive, glisser contre lui. Sur lui. Puis je dépose ma bouche sur lui. Le regarde. Sa main appuie alors fort sur ma tête pour qu’enfin s’enfonce son sexe. Je sens ces doigts qui se desserrent. La sensation brute qui l’envahit. Je referme mes lèvres, mes doigts. J’ai cette avidité qui revient. Ce besoin de le sucer, de le faire frémir, se crisper, jurer. Le faire monter, le stopper, sentir ces mains s’agacer autour de mon visage quand il me retient. Ma salive marque le tissu du canapé. Ma salive enduit mes doigts, autant que son sexe. Il me repousse brutalement, basculant mon visage en arrière et se penche, vient chuchoter contre mes lèvres trempées.

- Tu crois vraiment que je vais jouir dans ta bouche comme ca ? Sans te prendre ?

- Parce que c’est pas déjà fait ?

Je ris. Lèche ma bouche, tend la langue vers la sienne. Il tire sur mon pull et le jette à terre.

- Debout !

Il tire sur mon bras, maladroite, je peine à me dresser. Poupée de chiffon au bout de son bras. Je réalise combien ma culotte est trempée, la dentelle n’est plus qu’un tissu collant. Il m’entraine de l’autre côté du canapé, me pousse sur le dossier. J’ai les pieds qui décolle du sol, renversée. Je gigote. Je le sens derrière moi, contre mes jambes. Il sort l’emballage d’une capote de sa poche et l’ouvre, puis le jette sur le canapé, à coté de moi. J’ai mal dans le ventre rien qu’à attendre. Rien qu’à savoir que je vais bientôt le sentir en moi. Il glisse ces doigts contre ma culotte. Presse. Les passe dessous. Dans ma tête résonne « ENFONCE » en gros caractère. Il tire sur le tissu d’abord doucement… Puis je le sens y venir à deux mains. Le tissu craque. Je crois qu’un bruit m’a rarement fait autant d’effet. Sa langue se plaque entre les deux élastiques qui contenaient la dentelle. Je gémis. Toute sa bouche me goute. Sans retenue. Puis vient se coller sa queue. J’agrippe le bord du canapé. J’ouvre la bouche. Les gros caractères qui vibrent devant mes yeux, sous mes paupières. Il place ces mains sur mes hanches, referme ces doigts fort sur ma peau. Je suis à peu près sur qu’il regarde dans le miroir qui nous fait face. Il savoure ce qu’il a fantasmé milles fois. Et cède. Plaquant son corps contre mon cul, me pénétrant d’un mouvement sec. Prendre possession, totalement de moi, du moment, de l’endroit. Je laisse mon corps respirer, crier, exister sous lui, sous ces coups de reins, sous ces doigts. Il attrape mes bras, ou mon cou, ou mes fesses, il se déchaine, abandonne tout ce que la morale nous donne comme repère, et existe profondément à l’intérieur de mon sexe, de moi. Ces doigts me tirent contre lui, sa respiration se bloque, il étouffe un « putain ». Et les sons reviennent lentement dans mes oreilles. Ma propre respiration, saccadée. Le bruit du revêtement du canapé, sous mes doigts. La musique, qui s’échappe de l’ordinateur. Il me quitte très lentement. Retire ces chaussures, son jean… Disparait, sans doute pour aller jeter la capote. Je n’arrive pas à bouger. Mes jambes tremblent. Et bouger ce serait poser les pieds au sol, revenir à la réalité. Il revient. Je l’entends rire. Je tourne la tête et tire la langue. Et glisse vers l’avant, coulant dans l’assise du canapé. Honnêtement, ca ne devait vraiment pas avoir l’air sexy. Je colle ma joue à l’accoudoir du canapé. Bizarrement la vue n’est plus la même. On a bien avancé d’un mètre. Et je rajoute à la petite note que ce canapé est plutôt bien pour se faire culbuter. 

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