Semailles

Une saga de Bleue - 11 épisode(s)

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Épisode 1 : La chambre bleue

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    Durée : 13:45 min

    Bleue, artiste vocale, vous fait des confidences. Fantasmes ? Réalité ? C'est ici qu'on fait la connaissance de Blanche et Joachim...

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Vous aussi, vous me mettez l’eau à la bouche et me laissez sur ma faim. Mais… ne filez pas, monsieur….

J’aurais pu commencer une jolie nouvelle avec cette phrase, un de ces récits que j’écrivais pour Lui, il y a peu de temps encore.

Je lui avais dit que non, je ne diffuserais pas, à ce nouvel inspirateur. Et c’était bien mon intention de rester discrète. Mais ce tourbillon qui me faisait vibrer, qui m’excitait tellement, c’était si euphorisant.

Peut-être y avait-il quelque chose de différent entre nous. Parfois, je pensais qu’il aurait pu se lâcher davantage. Il me donnait l’impression de regarder la situation de l’extérieur. Alors que, je vous l’avoue, il avait déjà observé « mon intérieur » et que cela lui avait, je crois, pas mal plu. Il était fort cartésien. Où était donc cette petite place pour la folie, le lâcher-prise intellectuel ? Je me le demandais. Même au lit, il se contrôlait. C’était sans doute ce que j’appréciais parce que cela me faisait penser qu’il n’y avait pas que l’homme de mes rêves qui était comme ça…

Nous avions fait connaissance de manière totalement folle. Un rendez-vous qui se prend très vite. Une rencontre virevoltante. Et maintenant, même si nous en projetions une deuxième et puis d’autres, le calme était revenu. Je dis « le calme était revenu » mais non. Après chacune de nos conversations sur Hangouts, je me sentais heureuse, comblée. Mon cérébral l’était, oui. Mais pas mon corps.

Nos échanges exacerbaient ma curiosité. J’avais envie de le décoder, de comprendre comment il en était arrivé là : le libertinage, le candaulisme. Il m’intriguait. Il me fascinait.

Quand on ne connait pas quelqu’un, il est facile d’imaginer mille choses : c’est pas sûr qu’on pourrait tomber sur la vérité.

C’est ce qui se passait depuis des lustres avec mon aimé. D’ailleurs, je pense que c’est de cette manière que je l’évoquerai, Lui, avec un grand L. Il est mon sujet d’inspiration le plus ancien et il ne serait pas étonnant que je fasse de nombreux flash-back pour mettre en parallèle cet homme-ci et Lui.

Mon aimé, donc, c’était une histoire creuse. Quelque chose qui aurait été fabuleux si cela s’était produit mais qui a avorté avant de commencer. J’en garde un lourd poids sur la poitrine, des regrets, des remords, bref, l’armada de choses qui vous bloqueraient dans toute histoire un tant soit peu sentimentale.

Mais parlons plutôt de ce nouvel homme. Une dégaine … aristocratique. C’est de cette manière que j’aurais pu le décrire. Blond. Athlétique. Un air de « je suis en bonne santé, je fais attention à mon apparence ». Le teint un peu hâlé juste ce qu’il faut.

C’est ainsi que les choses commencèrent…

***

Il avait quitté son bureau en trombe. Pris le volant de sa voiture racée. Une ligne élancée et une couleur foncée : ce qu’il estimait être du meilleur goût. Il aimait les belles choses : les tableaux, les livres, les femmes aussi. Il n’avait que trois heures devant lui.

Se rendre à l’hôtel, faire sa connaissance. Était-ce une farce ? N’allait-il pas faire chou gras ? La rencontre avait été programmée si rapidement…

Voilà, il avait démarré. Inutile d’encoder l’adresse de l’hôtel en question dans son gps. Il connaissait l’endroit pour y avoir été plusieurs fois avec des conquêtes passagères. Pour se rassurer, il envoya un message à cette femme. Il voulait être certain qu’elle aussi était en route. Il reçut une réponse presque immédiatement. Elle n’était pas loin : elle arrivait.

La rue était déserte. Des maisons de maître s’alignaient des deux côtés. Un peu de verdure mais quand on est à Bruxelles, il ne faut pas s’attendre à trouver des arbres et des parcs à tous les coins de rue… Il gara sa voiture face à l’endroit, en sortit, traversa la route étroite, chercha quelques pièces de monnaie dans ses poches et voulut les introduire dans un parcmètre.

Quand il rejoignit sa voiture, il l’aperçut.

Elle se tenait là, bien droite. Elle n’avait rien d’une vamp. Plutôt une gentille mère de famille. Elle ne semblait ni effarouchée ni trop sûre d’elle. Quand elle se rendit compte que son rendez-vous, c’était lui, elle sourit. Un grand sourire. Les yeux brillants.

— Blanche ?

— Oui. Joachim ? C’est bien comme ça qu’il faut prononcer ?

Il était un peu étonné. Elle continua.

— Ou peut-être Jo ou… ?

Elle laissa traîner sa voix.

— Non, Joachim, c’est parfait.

— C’est pas courant.

— C’est vrai. Bon, y allons-nous ?

— Mais oui….

Il y avait quelques marches à monter après la porte de rue et puis, Joachim sonna à une autre porte, vitrée, celle-ci, les séparant d’un petit hall. Celle-ci s’ouvrit et un homme apparut. Il paraissait jeune : une bonne trentaine d’années.

— J’ai réservé la chambre Éros.

Tout un programme… Comment s’engageraient les choses à présent ?

— C’est au deuxième étage.

Il la fit passer devant lui. Ils montèrent quatre volées d’escalier. La chambre se trouvait face à eux, sur un palier minuscule.

Quand il ouvrit la porte pour la laisser passer, elle eut comme une hésitation : la chambre était plongée dans l’obscurité.

— On peut un peu ouvrir les rideaux ? demanda-t-elle.

Joachim se rendait bien compte que c’était davantage la curiosité qui l’habitait et pas la crainte d’être en présence d’un satyre. Il se dirigea vers la fenêtre face à la porte et d’un mouvement de la main, fit glisser la tenture bleue vers la droite.

C’était vrai : le soleil qui entrait à présent dans la pièce lui donnait une atmosphère plus naturelle. L’un comme l’autre se détendit. Joachim regarda Blanche.

— Comme vous l’avez souhaité, nous allons commencer par nous parler.

— D’accord.

Il fit signe à sa complice de prendre place dans un des fauteuils bas qui se trouvaient près d’une autre fenêtre et répéta la même manœuvre avec le rideau juste derrière l’autre fauteuil. Il vint s’y asseoir. Puis, comme changeant d’idée, se releva, se dirigea vers le lit dont il ôta le couvre-lit bleu et fouilla dans son sac. Il en sortit deux petites bouteilles.

— Vous avez soif ? l’entendit-elle demander.

— Oh oui, murmura-t-elle.

Ils étaient à présent chacun dans un fauteuil. Ils ne se regardaient pas vraiment. La timidité ? Non, sans doute pas. Ils s’étaient à peine parlé mais c’était comme si chacun laissait à l’autre le temps d’apprivoiser l’endroit, le moment. Ils n’étais pas gênés non plus.

Lequel des deux commencerait de bavarder ?

— C’est la première fois que ça m’arrive, vous savez ? dit-elle, la voix un peu sourde.

— Que vous avez rendez-vous avec un homme et que les choses vont aussi vite ?

— Non… Que ça se passe à l’hôtel….

— D’habitude…

Il marqua un temps.

— D’habitude, c’est chez moi. Oui, ça peut paraître audacieux mais… je ne suis pas farouche.

Il la regarda. De fait, elle ne semblait pas l’être. Elle ne jouait pas avec ses cheveux, ne battait pas des cils non plus. Bref, elle était simple et nature. Elle avait les cheveux mi-longs châtain un peu lâchés, des yeux d’une couleur indéfinissable, un nez en trompette, une bouche qui s’élargissait quand elle parlait. Elle souriait en le regardant. Elle aussi devait faire l’inventaire…

Il continua : que dire de sa tenue ? Elle ne joue pas à la séductrice. Elle est simplement une femme attirante, qui a l’air d’être aussi bien dans sa tête que dans son corps. Il laissa échapper un soupir.

— Parlez-moi de vous, voulez-vous….

— De quoi, précisément, répondit-elle sans lever les yeux.

— De vos amants…

Elle regardait ses mains un peu ridées. Elle portait un haut, une jupe et des collants bleu marine. Sa lingerie était-elle bleue elle aussi ? Joachim la regardait, les yeux rêveurs. Il s’émerveillait toujours de la manière dont certaines personnes, hommes ou femmes, s’animaient quand ils parlaient d’eux ou de ce qu’ils aimaient. Cette Blanche, elle devait être très amoureuse du monsieur qu’elle évoquait… Ses yeux à la couleur indéfinissable s’étaient mis à briller de cette étincelle un peu perdue… Et puis, elle enchaîna sur les autres rencontres qu’elle avait faites. Elle le mettait en garde : « Vous savez, en général, on me quitte parce que je suis trop sentimentale et que je m’accroche… ». Elle semblait pourtant lucide concernant ses relations, n’en faisant pas trop. Aucune larme quand elle parlait de ces abandons, aucun frémissement dans la voix. Soit, elle était très forte et cela ne la blessait pas tant que cela. Soit, elle se sentait si fragile qu’elle se maîtrisait fameusement pour ne rien laisser paraître…

Puis, ce fut son tour. Il lui raconta sans détour ses aventures. Et même si Blanche ne sourcilla pas, il se dit que leurs expériences étaient si différentes qu’il était fort possible qu’elle soit choquée… Mais non, elle ne bronchait pas. Elle avait même l’air de trouver toutes ses histoires passablement amusantes..

Ils parlèrent ensuite chacun de leur conjoint, se surprenant à les comparer et à leur trouver des ressemblances…

Elle retira ses boucles d’oreille et son long collier et les posa sur la table basse. Chacun ôta ses chaussures.

Il y eut un silence un peu long, comme si chacun voulait reprendre son souffle pour raconter quelque chose qui se voulait spirituel…

— Je vais aller me coucher, dit Joachim sans la regarder.

— Je vais vous rejoindre…

Il se coucha à la gauche du lit. Blanche s’étendit à côté de lui mais sans chercher le contact de son corps.. Elle se contenta de prendre ses doigts délicatement dans sa main menue. Elle joua un peu avec ceux-ci, caressa l’intérieur de la paume gauche de Joachim et…

Une bonne heure plus tard, ils quittaient la chambre. On était venu les rappeler à l’ordre par des petits coups discrets frappés à la porte : le temps était passé. Ils s’étaient rhabillés à la hâte. Elle avait remis ses sous-vêtements noirs, ses habits bleus et ses chaussures. Elle avait cherché un miroir pour se recoiffer. Quant à lui, il avait réenfilé son slip, son pantalon clair, sa chemise bleu ciel et ses chaussures après un passage au lavabo. Il avait repris sa veste, son foulard-écharpe et son sac…

Les voilà prêts à quitter l’endroit sur des impressions délicieuses….

Ils échangèrent juste un baiser au moment de se quitter. Aucun des deux ne cherchait réellement une étreinte véritable. Juste pouvoir se souvenir du goût de la bouche de l’autre…

La seule chose qui lui restait d’elle, c’était son parfum.

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