Semailles

Une saga de Bleue - 6 épisode(s)

< Épisode précédent
Épisode suivant >

10 minutes de lecture

Épisode 4 : La liste à puces

  • Vibrez pour la version audio de cette histoire

    Durée : 17:21 min

    Bleue, artiste vocale, vous fait des confidences. Fantasmes ? Réalité ? Les semailles mutuelles se poursuivent : répandre l'excitation, le désir dans la tête et le corps de l'autre, quoi de plus délicieux ?

    Écoutez l'extrait érotique

    Inscrivez-vous gratuitement pour écouter la version complète !

Un WE séparait leurs échanges. Elle lui avait demandé une pause : celle-ci avait commencé jeudi : pas de conversations vendredi, ni samedi, ni dimanche.

Il allait participer à un colloque pour son boulot. Celui-ci débutait le jeudi matin et se prolongeait jusqu’au samedi après-midi.

Quant à elle, elle partait en minitrip à Paris avec son mari. Visites des musées et d’expos au programme.

Joachim lui avait demandé si elle comptait aller en club avec son mari mais elle lui avait dit que non. Il y avait bien le « Moon City » qu’il connaissait et qu’il avait déjà fréquenté à l’occasion. Si elle n’en rêvait pas, inutile de brusquer les choses à tout prix.

L’éloignement leur avait fait du bien. Il aurait à lui raconter comment s’était passé son colloque et elle lui conseillerait tel ou tel événement parisien.

C’est donc le lundi matin à 5h30 qu’ils se retrouvèrent. Leur conversation fut un peu lente à démarrer mais ils retrouvèrent vite le ton léger et détendu qu’ils employaient habituellement.

— Bonjour Blanche. Comment s’est passé votre petit séjour ? Votre mari vous a gâtée…au lit, j’entends ?

— Bonjour Joachim. C’était charmant, en effet. Et vous ?

— Oh, pas grand-chose à raconter. Vous savez, des colloques entre bureaucrates, ce n’est jamais très intéressant…

— C’est dommage pour vous, ça… Aucune femme à l’horizon ?

— Non : personne à qui aurait pu profiter le mâle que je suis…

Il aimait parler de testostérone, de la sienne et de ses afflux. Il ne fit pas mention de ses élans à Blanche. Il reprit

— Voulez-vous me raconter comment votre mari vous a gâtée ? Vous m’écrivez juste que c’était « charmant »…

— Vous savez, nous faisons encore l’amour mais cela n’a plus le goût d’avant. Il pense tout connaitre de moi et…

— Ça n’est pas le cas ?

— Les choses ont changé, j’ai changé…

— Vous avez découvert d’autres horizons ?

— Oui, on peut dire ça…C’est plutôt qu’à présent, la palette de sensations est plus large et que donc…

— J’imagine que vous vous sentez lésée de ce qu’il vous propose ?

Oui, c’était exactement cela. À présent, les étreintes étaient rapides : il n’y avait plus de place pour les jeux, pour le temps passé aux préliminaires. Tout était toujours urgent. Vite avant le boulot, de l’un ou de l’autre et le soir, ils étaient si fatigués qu’ils s’endormaient devant la télé et puis qu’ils rejoignaient leur chambre au premier pour replonger rapidement dans les bras de Morphée. C’était d’un ennui…

Quand Joachim et Blanche s’étaient retrouvés IRL, ils avaient passé du temps à se parler, à se regarder, et puis, successivement, asymétriquement, comme aimait le dire l’homme, à se donner du plaisir. Il pensa qu’elle devait être en manque : pas de recevoir, plutôt de donner.

Il ne lui avait rien demandé, rien fait remarquer. Il attendait qu’elle lui fasse de vraies confidences. Il ne se sentait pas le droit de l’interroger. Le maternage, très peu pour lui. Jusqu’à présent, elle avait fait preuve d’une certaine force de caractère : dans ce qu’elle racontait mais aussi dans la manière dont elle se comportait.

Il aurait été dommage que, de par des questions indiscrètes ou des sous-entendus, il s’immisce dans sa vie de manière impudique. Il la sentait sensible, mais… jusqu’à quel point ? Il devait y avoir des zones cachées, des blessures difficiles à cicatriser. De toute manière, une carapace, parfois, ça se craquèle : nul besoin de provoquer les choses. Un jour, certainement, elle se départirait de son assurance et alors…

Il imaginait déjà qu’il serait là pour elle, comme un ami. Et puis, il rejeta l’idée : mais non, il voulait juste que leur relation s’en tienne à du sexe et des jeux de cet ordre.

— Quand nous retrouverons-nous ? Bientôt ? demanda Blanche.

— Vous en avez envie ?

— J’aime beaucoup nos échanges sur Hangouts, le matin mais…

— Vous préférez les jeux sous les draps ?...

Elle ne répondit pas.

Cet homme la troublait, énormément. Elle voyait en lui le reflet de son aimé, celui pour lequel elle nourrissait tellement de sentiments, encore. Son calme, leur calme… Elle se disait que même si celui-ci aimait les mots autant qu’elle et que ce monsieur qu’elle portait aux nues depuis si longtemps en était avare à outrance, ils se ressemblaient. Tout dans l’attitude de cet homme le lui rappelait. Son flegme, le fait qu’il ne parle pas de sentiments. Avait-il été amoureux, juste une fois ?

Il lui arrivait d’imaginer qu’elle était au lit avec lui, son aimé. Langues et corps mêlés, doigts noués. Des étreintes tendres que lui n’aurait sans doute pas souhaitées, ni attendues et qu’il lui accorderait comme ça, simplement parce qu’il serait excité de cette passion qui l’habitait elle. Elle se souvenait de quelque chose qu’elle avait lu et qui l’avait fait pleurer : une femme amoureuse d’un homme plus jeune qu’elle et le cadeau empoisonné qu’il lui fait en passant une nuit avec elle alors qu’il est simplement en manque de sexe. C’était d’un pathétique. Elle s’était dit qu’elle n’attendrait jamais qu’une chose pareille se passe, et que si cela se profilait, elle s’en dégagerait. Mais, saurait-elle réagir comme ça ? Le repousser ? Alors que depuis des années, il était tout pour elle.

Il lui arrivait aussi de penser à toutes ces moments où elle songeait à lui : quand elle était émue, quand elle se sentait joyeuse, quand elle était déçue de la vie, quand… Tout le temps… Le matin au réveil et le soir au coucher. Et dans ses rêves aussi. Bref, il était rare qu’il quitte son esprit et son cœur.

Se rendant compte qu’elle avait laissé Joachim sans réponse, elle se dépêcha de lui écrire que oui, elle aimait ce genre de passe-temps et surtout avec lui.

L’homme regardait l’écran de son ordi… Pourquoi Blanche avait-elle pris autant de temps à lui répondre. Hésitait-elle ? Bien sûr, elle avait acquiescé mais d’habitude, elle répondait du tac au tac alors qu’ici…

— Tout va bien ? demanda-t-il.

— Oui, oui. Tout va bien. J’étais un peu perdue dans mes pensées.

— Vous rêviez d’un étalon fougueux ? D’un homme qui vous aurait prise comme une petite cochonne que vous êtes ?

— Mais non, enfin.

Elle se défendait à présent. Elle n’aimait pas qu’on la traite de cette manière.

— Je vous choque ?

— Si cela vous excite….

— Il faut que ce soit pareil pour vous.

— Que cela m’excite ?

— Oui, voilà… Comme un jeu. Vous voyez ?

Ce fut à lui d’imaginer comment il « jouerait ». Il commencerait par lui parler, doucement, très doucement, les lèvres collées à son oreille droite. « J’ai envie de vous, Blanche, de votre bouche autour de mon sexe. Je voudrais que vous me suciez jusqu’à ce que je vous en mette partout. » Cela l’excitait de penser à ça avec elle. Il aurait aimé lui dire aussi… Bon dieu, tout ce qu’il aurait aimé lui dire.

Il frissonna, étonné de se laisser submerger par le désir d’elle. Bien sûr, il avait eu d’autres partenaires. En général, elles étaient hardies, bien plus sûres d’elle que cette femme qui, pour le moment, ne souhaitait pas aller plus loin qu’une relation homme-femme totalement conventionnelle. Pourtant, d’habitude, ce qu’il cherchait, c’était les sensations enivrantes des plans à plusieurs : trois, quatre, et pourquoi pas plus ? Elle lui avait dit, dès leur première rencontre, qu’elle n’était pas partante pour quelque chose du style et même si lui rêvait de cela, il avait fait taire ses pulsions. Il n’osait y penser mais cette Blanche la désarmait. Peu de femmes l’avait mis dans cet état. C’était nouveau pour lui. Il y avait comme un goût de danger… L’inconnu, ça effraie toujours, non ?

Leur conversation tournait un peu court. Chacun s’en rendait compte. Plutôt que de communiquer, d’être en phase, ils étaient plutôt à se réfugier dans leurs fantasmes respectifs.

Elle lui avait demandé de lui faire lire ce qu’il écrivait pour ses amantes : elle allait être servie. Il était à nouveau inspiré. C’était elle qui avait cet effet sur lui. Il avait commencé une série de récits parlant des choses dont ils discutaient à bâtons rompus lors de leurs conversations matinales. Elle voulait du sexe, il allait lui en donner.

— Nous parlons depuis un moment. Je pense qu’il est temps de nous quitter…

— A demain, Joachim.

— Avec plaisir, Blanche…

Ils quittèrent Hangouts. Chacun restait sur sa faim. Mais il valait mieux, dans un sens, que ce soit comme ça. Ne pas gaver l’autre de soi, au propre comme au figuré. Ils se retrouveraient le lendemain, c’était certain…

***

Ce n’est que le mercredi qu’ils furent à nouveau en ligne… Il voulait projeter leur prochain rendez-vous. Où ? Quand ?

Il entama les débats, très sûr de lui. Il allait lui parler de l’attente, du désir qui naît de la privation. Il savait qu’ils ne se verraient pas de sitôt. Leurs emplois du temps ne se conjuguaient pas pour le moment et ils en étaient réduits à communiquer uniquement via internet.

— Bonjour Blanche…

— Bonjour Joachim.

— il me tarde de vous retrouver en réel… Parlez-moi de vos fantasmes, voulez-vous.

Elle se demandait par quel bout commencer. Elle avait déjà pensé à cela, à ce qu’elle répondrait si on lui posait la question. Elle n’en avait pas à proprement parler, n’avait jamais rêvé de pratiques particulières. Elle se rendait compte qu’elle était assez banale niveau sexe. Certains de ses contacts parlaient de choses un peu abracadabrantes. Joachim attendait certainement qu’elle lui raconte ce genre d’histoires, qu’elle se confie. Sauf qu’elle, elle n’avait rien à lui confier mis à part ses rêves guimauve pour son aimé qu’elle n’avait plus vu depuis pratiquement deux ans.

— Je ne voudrais pas décevoir…

— Oui ?

— Le mâle qui est en vous…

— Pourquoi dites-vous une chose pareille ?

— Parce que, tout à coup, je me sens un peu… misérable.

— Pour quelle raison ?

— Je ne nourris pas de fantasmes, du moins, pas de ce qu’on pourrait attendre d’une femme de mon âge. Je ne rêve pas à des positions alambiquées, ni d’être prise par deux ou trois hommes en même temps…

— Ah ?

— Vous êtes déçu ?

Joachim ne répondait rien. Oui, il était un peu déçu mais pas d’une manière fâchée. Simplement, il se disait qu’il était bien dommage qu’une personne comme elle, attentionnée, aimant le sexe, se limite de cette manière. C’est ce qu’il lui dit après une minute de réflexion.

— Je voudrais vous épanouir, Blanche, vous montrer d’autres voies que vous ne pratiquez pas, simplement pour que vous soyez heureuse, que vous vous sentiez bien, que vous vous lâchiez avec moi, que votre pudeur disparaisse et que nous soyons tellement en phase que plus rien ne vous ferait peur, que vous soyez grisée par nos jeux. Vous comprenez ?

Bien sûr qu’elle comprenait. Elle avait envie de le satisfaire, oui, mais le chemin pour arriver à cet épanouissement serait long et certainement lent. Elle connaissait pas mal de choses mais c’était empirique et Joachim s’en rendait compte.

L’homme lui envoya alors une petite « commande », comme il aimait à le dire. Une liste de choses qu’il aurait aimé tenter avec elle. Rien de bien osé, juste des idées, lancées comme ça, … pour voir.

Cela s’affichait en liste à puces :

* me dire de ces mots que j’aurais envie d’entendre (des choses crues, idéalement)

* me parler de votre corps, de comment vous le percevez, ce que vous en aimez, ce dont vous êtes fière

* me confier ce qui vous fait peur et entreprendre de chasser ces démons

* baiser, Blanche, baiser et encore baiser…. Vous baiser, avec art et tendresse, et brutalité aussi : parce que je ne doute pas que vous aimiez cela…

Elle était un peu étonnée mais cela lui fit plaisir, ces mots. Ses projets l’excitait. Elle se sentait fondre.

Elle imaginait cet homme contre elle, en elle : dans sa bouche, dans son sexe, dans son cul, même. Il serait animal, il se laisserait aller. Elle lui dirait ce qu’il voudrait entendre, même si cela dépassait ces mots qu’elle taisait depuis si longtemps avec son mari : « Oui, baisez-moi, remplissez-moi de vous. Faites-moi mal un peu, que je connaisse l’apaisement de vos bras ensuite. De vos cuisses, aussi. De votre foutre dans ma bouche. Je veux goûter à vos sécrétions comme vous avez humé les miennes avec délices. Je veux être secouée par vos assauts. Je veux… ». Mais que voulait-elle au juste, le savait-elle ?

Oui, ils joueraient, avec ou sans liste à puces…

Elle se sentait comme vidée par ce que Joachim éveillait en elle.

L’homme quant à lui, avait quitté Hangouts. Sans doute rouvrirait-il la fenêtre dans le courant de la journée, quand il en aurait l’occasion. Il ne se connectait plus sur le site de rencontres avec autant de régularité. Quelque chose était en train de changer : leurs conversations matinales avaient un effet à la fois grisant mais aussi calmant. Il se sentait à l’aise avec elle. Ils avaient commencé par parler de sexe et il sentait qu’il était presque à souhaiter l’amitié de Blanche. Comme une vraie « sex-friend », une amie avec qui on fait du sexe. L’idée lui plaisait assez. Il se disait même que nouer une relation de ce type pourrait le faire avancer dans sa vie personnelle. Jusqu’à présent, il s’était contenté de partenaires jeunes et jolies, qui présentaient bien, qui avaient des atouts féminins développés, qu’il avait pu gâter et honorer comme le mâle qu’il était. Il s’était concentré sur les recherches de sensations et pas sur celles de sens, entendez « de raison », alors qu’il était si cartésien. Parfois, des corps moins parfaits avaient partagé ses draps. Il en avait parlé à sa nouvelle partenaire qui n’avait pas paru spécialement choquée. Il se refusait à dire qu’il avait pris moins de plaisirs avec des femmes-là. Non, certaines s’étaient occupées de lui de manière tout à fait délicieuse. Il ne regrettait rien.

Ce qui lui plaisait avec celle-ci, c’était cette innocence pas feinte, ce plaisir verbal, celui de ces joutes sensuelles à la limite des mots crus. Oui, il sentait qu’elle était ouverte : sa tête l’était, son âme aussi. Il fallait juste un peu patienter : elle craquerait. Elle s’offrirait à lui et à un autre. Il en éprouverait un double plaisir : une espèce de domination physique mais aussi un pouvoir intellectuel. Soumettre une femme en la sentant à l’orée du consentement, c’était quelque chose qui l’attirait vraiment…

Le pouvoir…

Appuyez sur "Entrée" pour effectuer votre recherche