Semailles

Une saga de Bleue - 11 épisode(s)

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Épisode 7 : Le cadeau de Joachim

Il regarda sa montre, essayant de stopper le trouble qu'il éprouvait en pensant à sa maîtresse. Il était cinq heures trente du matin : son épouse ne se lèverait pas avant trois quart d’heure. Il allait préparer un cadeau à Blanche. Peu importe qu’elle ait le temps et l’occasion de le regarder aujourd’hui: il l’enverrait un peu avant dix-sept heures. C’était à ce moment qu’elle se connectait pour la dernière fois de la journée. Et ensuite, il attendrait le lendemain pour avoir son avis…

Il prit son téléphone portable puis se cala dans un petit fauteuil qui se trouvait hors du champ de vue quand on était face à la porte du bureau où il surfait. Il portait son élégante robe de chambre bordeaux et gris anthracite aux motifs cachemire.

Lentement il commença, comme pour apprécier chaque instant de son déshabillage. Il tira un peu sur la ceinture, histoire qu’elle soit plus lâche et prit un selfie. Écarta les pans de l’habit, reprit un selfie. Approcha le bout de la ceinture de sa cuisse droite, une autre photo. Posa sa main sur son sexe à peine dévoilé, clic. Fit glisser l’habit de ses épaules, clic. Cela continua jusqu’à ce qu’il soit nu, tout à fait nu. En érection tant tout cela l’excitait. Sur le dernier selfie, on pouvait clairement distinguer, en gros plan, une goutte de sperme transparente qui sourdait de son gland.

Il ne fallait pas perdre de temps, à présent. Il lâcha son téléphone, empoigna des Kleenex qui se trouvaient dans une boite posée sur la table basse juste à côté du fauteuil. Il se branla tant l’excitation était forte et eut juste le temps, entre deux grognements, de récolter son sperme au creux des mouchoirs. Il réenfila rapidement sa robe de chambre et tant que la maison était silencieuse, se dirigea vers la salle de bain. Il fallait qu’il retrouve calme et dignité. Il s’occuperait de la suite du cadeau un peu plus tard, au bureau…

Quand il fut sous l’eau chaude, il fantasma à Blanche, à la douceur de ses doigts et de ses seins, à sa bouche contre lui, se masturba à nouveau : quand cela allait-il s’arrêter ? Il éjacula puis se dit qu’il était temps de « passer à autre chose ». Les sensations et les titillements, ce serait pour plus tard, dans la matinée. Il se lava soigneusement, calma sa respiration, sortit de la douche et commença de se sécher, évitant de trop insister sur son bas-ventre en se faisant la réflexion que cette femme, même si elle l’avait privé d’elle, elle avait tout de même énormément de pouvoir. Il était vraiment rare qu’il se donne du plaisir de cette manière chez lui, en présence de son épouse… Et aujourd’hui, c’était la deuxième fois que cela se passait en imaginant sa complice… Qu’est-ce qui lui arrivait ?

— Je te sers un café, chéri ?

Il fut obligé de sortir de ses réflexions. Il s’emmitoufla dans son peignoir de bain écru et sortit de la salle de bain.

La table du déjeuner était déjà dressée.

— Avec plaisir, répondit-il.

Sa gentille épouse déposa un bol fumant à sa place et le regarda en souriant tendrement…

« J’ai envie de vous baiser, Blanche », avait-il en tête… Blanche, Blanche, Blanche. Qu’est-ce qui lui arrivait ? Ce n’était jamais que la troisième ou la quatrième fois ce matin qu’il se disait cela.

***

C'est à midi qu'l avait donné la touche finale à son cadeau : il avait loupé sa pause dîner et grignoté un sandwich rapidement. Il fallait qu’il soit seul pour mener à bien son entreprise. Il n’y avait plus que lui au bureau. Ses collègues étaient partis manger dans un snack pas loin et il avait décliné leur invitation prétextant du boulot en retard.

Il avait relié son téléphone à l’ordi et transféré les selfies pris le matin dans un programme de gestion d’images. La manipulation effectuée, il supprimerait ces gros-plans de lui. Ce qu’il avait en tête, c’était de réaliser un diaporama de tous ces selfies. Il n’avait jamais « joué à cela » : se mettre en scène, se prendre en photos et puis les organiser… La manœuvre ne lui prit pas énormément de temps. Une bonne vingtaine de minutes plus tard, il en contrôlait le résultat. Il avait dû rogner certains clichés, zoomer certaines parties de son anatomie afin de rendre son montage plus excitant (à son idée). Et là, c’était fini… Il sauva son travail sous le nom « Pause 1 », assez satisfait de son idée. Il attendrait seize heures trente pour l’envoyer à Blanche. Il valait mieux qu’elle soit seule pour ouvrir le fichier. Il espérait qu’elle le ferait à ce moment-là, histoire qu’elle passe une soirée et une nuit l’esprit rempli de lui et de son désir pour elle.

— Bonjour Joachim, et merci, surtout…

— Bonjour Blanche. Je crois pouvoir dire sans me tromper que vous avez apprécié mon cadeau ?

— Bien sûr. Quelle attention délicate. Je ne me rendais pas compte que vous étiez aussi….

— Avide de vous ? Que vous m’excitiez tellement ?

— Oui, voilà… Et puis, il y a aussi le fait que d’habitude, les photos ne me font pas un tel effet.

— Alors qu’ici…

— Alors qu’ici, bon dieu, je ne vais pas vous raconter combien mes doigts avaient envie de danser sur moi et en moi…

— Vous vous êtes laissée aller, j’espère ?

Elle n’osait pas lui dire dans un premier temps qu’elle et son mari avaient fait l’amour dès qu’il était rentré du travail tant elle était chaude des photos de Joachim. Les photos, mais pas seulement. Il avait imaginé cela aussi, ce déshabillage, comment organiser les photos (c’était pratiquement l’ordre dans lequel il les avait prises), les zooms sur son sexe, sur son épaule, sur un de ses tétons, la musique qu’il avait ajoutée aussi, puisque depuis leur rencontre avec Antoine, il était au courant de ses goûts à elle.

— Votre cadeau est une réussite en tous points, ajouta-t-elle…

— Je vous remercie pour le compliment, dit Joachim.

— Et moi, je vous remercie pour votre envoi. C’était une idée magnifique et…

— Vous en avez bien profité, je me trompe ?

— Non, vous ne vous trompez pas…

— Je ne vous demanderai aucune précision mais comme je sais que cela vous a plu, je serais heureux d’avoir un retour. Vous voudriez imaginer quelque chose de cet ordre pour moi…

— Je dois m’en occuper rapidement ?

— Non, rien ne presse. Mais savoir que vous y pensez, cela ajoutera du piment à l’attente, vous voyez ?

Oui, qu’elle voyait. Elle réfléchit à ce qu’elle pourrait porter et comment elle ôterait sa tenue. Irait-elle jusqu’au bout ? Se mettrait-elle en scène en faisant semblant de jouir ? Cela lui semblait difficile… Elle prendrait le temps, c’était certain et puis, elle lui enverrait son cadeau à son tour.

— Voudriez-vous que je vous raconte ? demanda Blanche.

— Pourquoi pas… répondit Joachim.

Oui, il était vrai qu’il lui avait dit qu’il ne lui demandait aucun détail de ce qui s’était passé mais il bouillait tout de même de connaître les suites de son envoi.

— Je préfère vous parler du désir que j’avais plutôt que de ce que mon mari et moi avons fait.

— Je comprends : c’est assez intime, en effet. Alors que votre désir, cela nous regarde, nous, puisque c’est moi qui l’ai provoqué. C’est cela ?

— Voilà.

— Racontez-moi tout, dans ce cas : n’oubliez aucune de vos sensations…

— J’essaierai.

Elle se lança dans la description des états par lesquels elle était passée. D’abord, l’étonnement d’avoir reçu ce montage. Elle ne s’y attendait pas : c’était vraiment une surprise. Ensuite, elle s’était sentie mollir, le ventre qui tiraillait, le souffle qui s’accélérait : il était certain que quiconque l’aurait surprise assise dans son grand divan, l’ordi sur les genoux, aurait pu remarquer ses joues rouges. Elle avait ouvert le fichier, puis, se rendant compte de sa teneur, s’était isolée dans sa chambre : elle n’avait pas plus de cinq minutes devant elle. Elle s’était couchée, en sous-vêtements, entre les draps et avait regardé la suite de la série de photos, laissant le désir la pénétrer et s’insinuer. Ses doigts étaient resté immobiles. Elle avait ensuite déposé l’ordi par terre à côté du lit. Son mari, de retour du boulot vers dix-sept heures, l’avait rejointe. Il était un peu intrigué du post-it qu’elle avait laissé sur la table de la salle à manger. « Tu montes ? ». Et quand il l’avait trouvée au lit, en pleine journée et en petite tenue, il avait été étonné mais il s’était déshabillé entièrement et, sans un mot, s’était glissé sous les draps à côté d’elle. Et puis…

Elle ne continua pas. Joachim avait le loisir d’imaginer la suite sans peine. Le mari avait dû lui toucher les seins et la chatte au travers de sa lingerie. Sans doute l’avait-il dénudée. Sans doute aussi, devait-il s’être occupé de son sexe trempé de cyprine. Peut-être l’avait-il léchée, sucée. Peut-elle que c’était elle qui…

L’un comme l’autre, par écran interposé, était à présent très émoustillé.

Joachim préférait ne pas se toucher. Pas que l’idée de le faire le répugne. Simplement, il fallait que ce soit « géré ». Il entendait par là qu’il devait contrôler la situation et son excitation. C’était un principe auquel il était attaché.

Quant à Blanche, le souvenir de ses étreintes avec son mari et le goût qu’elles avaient eu grâce à Joachim, cela la troublait. C’était comme si l’homme prenait place dans sa vie maritale. Jusqu’ici, même si tous les matins ils se retrouvaient pour échanger, cela se limitait à leur relation à eux. Leurs conjoints en étaient écartés. Alors que ce qui s’était passé le jour précédent, c’était clairement une incursion de Joachim dans le couple marié de Blanche. Bien sûr, l’homme n’était pas présent physiquement. Mais dans l’esprit de l’épouse, combien il était là…

De temps en temps, Joachim faisait un commentaire de quelques mots. Il soulignait les sensations, s’en réjouissait, s’étonnait : il était charmé de l’effet que son cadeau avait eu sur Blanche. Il la sentait moins distante. Faire pénétrer quelqu’un au sein de son couple, ça donne une dimension autrement intime que simplement « coucher »… Et ça fonctionnait autant dans un sens que dans l’autre.

Il n’aurait jamais osé envisager une chose pareille avec son épouse. Par contre, il avait pensé à quelque chose qui l’exciterait pas mal : il se demandait ce qu’en dirait Blanche. Il lui parlerait de transgression lors de leur prochain échange…

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