Semailles

Une saga de Bleue - 6 épisode(s)

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Épisode 3 : Rien ne presse

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    Durée : 11:56 min

    Bleue vous fait des confidences. Fantasmes ? Réalité ? Où il est question de correspondances, de projets d'écriture...

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— Bonjour Blanche !

— Bonjour Joachim…

C’était toujours de cette manière que commençaient leurs échanges…

Parfois, ils s’emballaient dès le début mais parfois aussi, cela se passait lentement.

Ils ne parlaient jamais de ce qu’ils aimaient du physique de leurs partenaires et très peu de ce qu’ils aimaient personnellement. Non, le grand must, c’était juste exprimer le fond de leur pensée concernant leur relation à eux : comment ils aimeraient la mener, comment conjuguer leurs intimes.

Elle n’avait aucune idée du trouble qu’elle provoquait en lui, il s’en rendait compte. Et c’était certainement une bonne chose ! Elle devait sans doute se dire qu’il avait fréquenté tant de monde que leurs échanges devaient lui être plus qu’ordinaires. Un homme et une femme en ligne, c’est soit pour se chauffer, soit pour se confier. Pour le reste...

Il était heureux : du fait de la retrouver, du fait aussi d’avoir le sentiment qu’elle ne s’accrochait pas, qu’elle n’avait pas besoin de lui. Une femme déterminée, indépendante. Ça lui faisait du bien, au final. Certaines étaient pire que des sangsues. Difficile de se dépêtrer d’une amoureuse. Celle-ci, elle se comportait presque en mec : pas de sentimentalisme, pas d’émotivité récurrente. Non, simplement le plaisir d’un corps mâle contre le sien. C’était ce qu’elle irradiait. Et cela le rendait fier : il avait rencontré quelqu’une avec qui la vie pourrait être riche en expériences, en sensations, aussi, en échanges…

Il lut avec intérêt ce qu’elle venait de lui livrer : elle avait envie de le retrouver et elle se demandait quand cela leur arriverait. Elle ne faisait pas de projets, ne le mettait pas au pied du mur. Elle savait qu’il serait absent durant quelques temps et puis, ce serait à son tour de ne pouvoir se connecter.

Joachim ne la sentait pas pressée, ou impatiente. Juste curieuse.

Certaines sont parfois vindicatives et harceleuses. Blanche était différente.

Pourtant, il devait se rendre à l’évidence : ils s’entendaient bien. Ils avaient déjà passé beaucoup de temps ensemble, et de manière régulière. Mais cette femme avait l’air de se contenter d’échanges virtuels… Pas du cybersexe, non, juste des conversations au cours desquelles l’échange de pensées était prépondérant. Celui lui plaisait infiniment. Il ne se sentait jamais sur la sellette, jamais forcé à quoi que ce soit.

Ces rendez-vous très matinaux donnaient un goût particulier à ses réveils. Cela commençait par un bonjour et puis…

Il s’installait face à son bureau, en robe de chambre, celle aux motifs cachemire bordeaux et gris. Il commençait par ouvrir le programme de communications, prévoyait un « écran de sortie », quelque chose qu’il aurait pu afficher s’il était surpris en conversation avec elle. Cela changeait tous les jours : un site de réservation de voyages, une page de téléchargements d’audios, Amazon, un poker en ligne… Comme il était face à la porte de l’endroit, même si son épouse le rejoignait, il y aurait une parade. Il suffisait qu’il ferme la fenêtre InPrivate. De toute façon, elle n’aurait pas l’idée de fouiner dans son historique « normal ». Il ne voulait pas qu’elle soit blessée de sa vie dissolue, de ses conquêtes, de ses jeux sexuels qui auraient pu passer pour des délices amoureux…

Il recevait l’avertissement sonore d’un message : la barre verte de la fenêtre réduite de Blanche était visible et il sentait son cœur battre plus fort. Et puis, les échanges commençaient.

Il écrivait avec parcimonie : de ces mots toujours choisis avec soin. Pour décrire avec une exactitude millimétrée ce à quoi il pensait, comment il réfléchissait. Cela avait l’air de convenir à sa complice. Elle ne s’impatientait pas, même s’il ne répondait pas du tac au tac. Elle le laissait déterminer le rythme de la discussion.

Il lui arrivait parfois de se lever, de passer à la salle de bain, de se doucher, de se brosser les dents et puis, de la rejoindre virtuellement en se disant qu’elle apprécierait le goût de sa bouche, celui de son sexe, le parfum de son torse, celui de sa toison, de ses aisselles. Il aimait se sentir propre, aseptisé. C’était comme ce qu’il lui expliquait, ce qu’il lui livrait. Toujours le mot précis, l’odeur du propre.

Parfois, il avait envie de la pousser un peu dans ses retranchements : lui parler vraiment de sexe, l’exciter. Mais il se résignait : non, pas encore aujourd’hui. Comme un orgasme différé. Il aimait cette sensation, ce contrôle qu’il pouvait exercer sur son désir… La testostérone qui fait perdre la retenue. La faim imprévisible des corps. Il ne voulait pas s’y abandonner. Juste l’excitation cérébrale.

Blanche l’intriguait. Il était rare qu’il rencontre une femme comme elle… Pour le moment, elle se maîtrisait mais… pour combien de temps ?

— J’aimerais que vous me permettiez de lire ce que vous écrivez pour d’autres…

Étrange…

Ce qu’il écrivait pour d’autres, comme elle disait, c’était des textes érotiques. Pas vraiment des fantasmes, plutôt des narrations un peu romancées de ce qu’il avait vécu avec « elles ». De ce qu’il projetait aussi, sans imposer. Il aimait les combinaisons plurielles. Apprendre des pratiques inhabituelles, envisager des jeux originaux. Il avait peur que cette femme soit un peu choquée et qu’elle ne veuille plus lui parler. Ou alors, elle se montrerait partante mais… c’était risqué.

Ils avaient parlé de masturbation et peut-être pourrait-il lui envoyer une description de sa dernière séance. Ce serai l’occasion de tester si…

— Souhaitez-vous que je vous envoie un récit un peu particulier ?

— Quel en est le sujet ?

— Cela n’a rien à voir avec ce que j’écris pour d’autres, comme vous le dites.

— Ah ?

— Plutôt ce qui m’excite quand je suis seul…

Pas de réaction… Peut-être était-elle en train de réfléchir. Il la vit ensuite écrire quelque chose, s’interrompre…

Il se lança à l’eau et reprit. Ses doigts étaient rapides.

— Nous avons disserté de masturbation. Cela m’a excité et…

— Vous voulez m’envoyer ça ?

— Cela vous plairait ?

— Oui…. Oui, vraiment oui !

Il la sentait impatiente à présent.

— Je vous envoie mes réflexions en pièce jointe…

— Vous souhaiterez que je commente ?

— Pourquoi pas… Je lirai avec intérêt.

— Je dois vous laisser, à présent. Passez une bonne journée… A demain matin ?

Ils se quittèrent sur ces mots… Inutile de vouloir à tout prix presser les choses.

***

Ce n’est que le lendemain qu’il eut de ses nouvelles : comme ils avaient convenu de ne pas se retrouver durant la journée, ils avaient attendu patiemment chacun de leur côté que la nuit soit passée.

Il n’était pas inquiet de ce qu’elle penserait de son envoi. Il se faisait confiance. Il connaissait la valeur de ses écrits. Il savait qu’en général, les femmes qui le lisaient aimaient sa prose.

Il était donc fidèle au poste. Il était pratiquement 5h30. Elle n’allait pas tarder.

— Bonjour Joachim.

— Bonjour Blanche. Avez-vous eu le temps de découvrir mon texte ?

— Bien sûr.

— Et ? demanda-t-il, encourageant.

Il se rendait compte qu’elle hésitait. Elle écrivait sur Hangouts, effaçait, réécrivait… Elle n’avait pas l’air de savoir comment s’exprimer. Après quelques minutes, il reçut quelque chose de plus long que deux phrases.

« Je reconnais et apprécie votre rigueur : le fait que vous choisissiez, ordonniez ces photos. Celui aussi que vous ayez une tenue particulière quand vous vous livrez à la masturbation. Je me rends compte également que vous pensez à moi, d’ailleurs, vous en parlez dans votre texte. Et ça, ça me trouble énormément. Je ne pensais pas être un … fantasme pour vous. Je croyais juste que vous aimiez passer du temps avec moi, que c’était comme avec les autres. Pas plus. »

Voilà, c’était écrit. Joachim était un peu ennuyé, à présent. Il se disait qu’à force de se livrer de manière aussi désinvolte, sans penser à l’effet que cela fait à ses lecteurs et lectrices, il se mettait en danger. Blanche imaginait peut-être qu’il était amoureux d’elle ou quelque chose du style. Elle allait s’enflammer. Être malheureuse de l’intérêt qu’il portait à d’autres. Ce n’était pas parce que le physique de sa dernière complice en date l’inspirait que ses sentiments suivraient.

— Vous avez aimé ?

— Oui, bien sûr. Pourquoi une telle question ?

— Vous avez l’air un peu… Je ne voudrais pas que vous imaginiez…

— Que je suis une privilégiée ?

— Oui, voilà…

— Ce n’est pas ça. Je pense avoir la tête sur les épaules. C’est juste que je n’avais aucune idée que vous pensiez à moi de cette manière. Je ne suis pas quelqu’un de remarquable, ou de sophistiqué, ou d’extraordinaire. Je suis simplement une femme amoureuse et… même pas de vous en plus…

Elle termina sa longue phrase par un smiley d’ange. Il n’y avait qu’elle qui se servait de ce genre de dessin. Lui, il préférait retranscrire ses émotions en mots et pas en petites images.

Ouf, pensa Joachim. Bien sûr, il la savait amoureuse d’un autre. Et si elle l’avait comblé, c’était simplement parce qu’elle pensait à cet homme qu’elle aimait depuis toutes ces années et qu’elle avait imaginé que c’était de lui qu’elle s’occupait. Rien d’autre.

En attendant, ils se sentaient bien l’un avec l’autre. Il ne savait pas si elle fantasmait à son sujet. Et d’ailleurs, cela n’avait pas grande importance. A partir du moment où, quand ils se retrouvaient, ils faisaient bien l’amour, c’était ce qui comptait. Et jusqu’à présent…

— Moi aussi, je vais vous écrire…

Il sursauta. Il n’avait imaginé qu’elle lui ferait une proposition pareille…

— Surtout, vous avez le temps. Rien d’urgent.

Il se demanda de quoi elle parlerait. De masturbation, comme lui ?

— Je vous parlerai du plaisir que je me donne… Et je vous enverrai ça d’ici quelques jours. Nous nous absentons mon mari et moi : vous vous souvenez, je vous en ai parlé…

Oui, il avait retenu. Ils se retrouveraient d’ici trois ou quatre nuits. Une pause leur ferait du bien…

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