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Sur le bout de la langue

C'est chaque fois la même chose. Une fois seule, je regrette.

Je ne regrette pas que ça ait eu lieu, non. Je regrette de ne pas en avoir assez profité. Ne pas avoir assez frissonné à chacune de ses caresses, ne pas avoir assez soupiré à chacune de ses étreintes. Ne pas avoir assez goûté sa peau, bouffé ses lèvres, agrippé son corps. Ne pas m'être assez donnée, ne pas avoir assez pris.

Je me repasse les images en boucle, je revois en souvenir comment chaque contact a mené au suivant, comment ses mains ont soulevé mon tee-shirt, et ses doigts effleuré ma poitrine, comment ma bouche a trouvé son cou, et comment, collée à la chaleur de son corps je me suis enivrée de son parfum. Je sens encore les muscles tendus, les souffles saccadés qui s'emmêlent. Je me souviens de tout, de chaque bruit, chaque mot et chaque sensation, mais je ne parviens jamais à retrouver la plénitude, cet immense bien être qui m'envahit chaque fois que je peux me laisser aller avec lui.

Je repense à ce lien invisible et fragile qui se tisse chaque fois, celui qui permet à nos corps de se trouver, sans parler, sans rien demander. Ce lien qui fait que toujours je lâche prise et j'agrippe les draps, que je me sens vivante tout en retenant mon souffle, que dans la pénombre je le trouve mieux qu'en plein jour, et que sous ses doigts le désir explose.

Je repense à la douceur de ses bras autour de moi, et l'infinie délicatesse avec laquelle je me retrouve à nu devant lui, la sérénité lorsque tranquillement il fait glisser chaque bout de tissu le long de mon corps, comme si nous avions l'habitude, comme si nos gestes étaient les mêmes depuis des années. Et dans le même temps, lorsque timidement je trouve sa bouche, j'ai l'impression de l'embrasser à nouveau pour la première fois, avec ce même frisson et ce battement de cœur raté.

Chaque étreinte est une première fois en soi, et pourtant depuis le début j'ai la sensation de le connaître depuis toujours. Les yeux dans les yeux, en pleine conscience, ou sous l'ivresse de quelques bières, nos corps se retrouvent, nos langues se cherchent, nos doigts se mêlent, nos peaux se confondent et le plaisir sans cesse prend le dessus.

Et il y a toujours ce moment. L'instant soudain où l'air devient électrique, chaque inspiration se fait comme la dernière, la seule sensation perceptible est la tension qui suspend chacun de nos gestes. Les caresses sont moins douces, moins précises, l'étreinte plus intense. Ne reste plus que l'attente insoutenable de savoir lequel attaquera le premier, prenant l'ascendant sur l'autre. Lequel fera le premier pas, et osera prendre l'autre et son plaisir. Rien n'est jamais défini, et même dans la confiance d'un partenaire que l'on croit connaître, il y a toujours cette possibilité de se faire surprendre et de perdre totalement le contrôle. Alors l'un des deux lâche prise, s'abandonne, et il n'existe plus rien autour, plus rien d'autre que cette envie totale et partagée de hors contrôle, guidé par d'autres mains, une autre bouche, une autre langue, rien d'autre ne compte.

Et lorsque finalement tout se calme, que la tension redescend et l'air redevient respirable, alors il y a cet autre moment. Un laisser-aller total dans la douce complicité des corps qui se relâchent, un instant de grâce, infime, court, mais que rien ne pourrait interrompre. Quelques secondes suspendues à peine qui n'appartiennent qu'à nous, et pour lesquelles je donnerais tout l'or du monde, car je connais leur valeur.

Toutes ces images, ces perceptions, ces réminiscences me hantent lorsque je suis seule, et me les remémorer me rappellent à quel point elles sont loin, mais surtout la chance que j'ai de pouvoir les imaginer encore et encore, en attendant d'en créer de nouvelles. Parce que tout est là finalement, dans l'attente d'un autre contact, d'une autre nuit. C'est toujours trop intense lorsque ça se produit pour en avoir conscience, mais le vide et le manque qui font suite sont là pour rappeler que c'est ce qui nous fait sentir en vie.

Mais sache que quand je pense à toi et à ces soirées, je finis toujours par me souvenir que quand je repars, j'ai sur le bout de la langue ce goût sucré. Et que chaque fois que j'y regoûte, je me laisse aller à toutes ces délicieuses pensées.

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