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Tentatives

Je dois trouver les mots pour dire ses orgasmes en cascade. Son désir en arêtes vives. Ce qu’elle s’est autorisée à faire, la mue au milieu d’une vie.

Je dois trouver les images pour vous raconter ce qui est advenu et qui advient. Ses désirs qui éclosent en mots crus et mouvements obscènes et l’infinie pureté de ses « baise-moi ».

Il faudra aussi inventer les images pour décrire ce moment où elle n’est plus là, ce nouveau stade du plaisir. Cet état second où il n’y a plus que la chair qui parle.

Quand le cerveau se tait, quand il n’est plus qu’une glande.

Skirt d’endorphine.

Parvenir à décrire cette réification de ce que je suis, un instrument de plaisir qui en manie un autre. Une clé pour ouvrir une porte nouvelle.

Exprimer mon bonheur de l’être, d’en jouir

Ecrire mon illusion du contrôle alors que je ne suis qu’un insecte pensant avoir ordonné au soleil d’apparaître à l’horizon.


Alors essayons.


Elle a joui.

Ma tête entre ses jambes.

Une partie de ma main dans son corps.

En lui bouffant la chatte, car il n’y a rien d’autre à écrire et c’est ce qui fut fait avec amour. Bouche à sexe, lèvres et joues maculées, vacarme humide de dévoration et ma langue devenue folle.


Essayons encore.


Elle a joui tirant sur ses liens.

Plusieurs fois. Je l’ai senti sur mes lèvres et dans son ventre, mon torse luttant contre ses soubresauts.

J’ai senti la vague. La dernière.

L’orgasme est venu. Celui qui fend le corps, celui qui fait gouffre.


Encore une fois.


Elle a joui avec une voix que je ne lui connaît pas.

Les liens furent aussi tendus que ses nerfs et j’ai su que, durant quelques instants, elle n’était plus là.

Je fus le passeur. Charon et Méphistophélès.

Son LSD et son mescal.

Elle est allée où jamais je n’irai.

Un lieu de pure beauté. Quelque part derrière ses paupières, au fond de son ventre.

Une miette d’éternité.


Il faut encore faire mieux.


Pieds et poings liés, entravée, cuisses ouvertes, le liquide translucide et épais sur mes doigts, sur ma main déjà luisante de l’eau lourde de sa vulve.

Mes doigts retrouvent le chemin de son sexe, pour se lover et remplir.


Plus long.


Et son bassin de se mouvoir, dans les lames des orgasmes, pour prendre d’assaut, engloutir cette partie de moi qui jamais ne débande.

J’entends encore sa voix – un peu éraillée par ce plaisir crié, murmuré, pris à grandes goulées – devenir soudain autoritaire : « Détache-moi ».

Ordre bref. Aucun obstacle ne peut arrêter une telle voix. Surtout pas moi.

J’ai su que c’était ses chevilles. Pas ses poignets.

Je devais les libérer pour plus de plaisir, pour qu’elle arrache encore des lambeaux de plaisir brut à son corps, au mien.

Je venais de la faire jouir deux fois en la prenant, missionnaire d’une possédée attachée au lit-Golgotha.

J’avais utilisé doigts et langue, caressé sa peau, cinglé ses fesses d’une main, prenant son sexe de l’autre, mordu son cul et pincé des seins.

Elle avait joui tant et plus, subi les pulsations du jouet et hurlé, hors de contrôle, se tordant dans les affres d’un orgasme réplique alors que l’objet, bouche de silicone tétant jusqu’à son âme, n’était plus sur son clitoris.

Elle avait été ravagée par le plaisir.

Mais il fallait plus. Elle a entrevu ce qu’elle devait faire pour l’explosion, la dernière.

J’ai souri en libérant ses chevilles. Et lorsque j’ai posé mes mains sur ses hanches, lorsque j’ai pénétré sa vulve, entre ses fesses tendues vers moi, je ne souriais plus.

On jouait une autre pièce, celle des vieux amants qui découvrent qu’il y a encore à prendre et à donner, qu’il n’y a plus de barrières et qu’il faut jouir car la mort n’est plus une idée si lointaine.

J’ai saisi ses cheveux, elle a gémi, je l’ai cambrée, je l’ai baisé, fort, j’ai dit et crié, jai gémi et j’ai hurlé. Elle m’a répondu et le cri fut mutuel.


Plus fort.


Elle jouit beaucoup.

Elle jouit toujours beaucoup. Elle chemine dans les orgasmes. Un seul n’est jamais un viatique acceptable pour elle. Son corps lui a fait ce cadeau. Depuis quelque temps, son esprit lui a upgradé la fonction avec la découverte de la soumission et de l’entrave mais surtout de la liberté que l’âge donne parfois.

Lorsque nous faisons l’amouràbaise, ils sont là. Petits ou grands. Flash ou avec préméditation. Mais ils sont Légions. Du bout de mon doigt, effleurant de sa pulpe ce bulbe de chair à vif à la commissure du sexe, lèvres, dents et langue sur le cône de chair dure du sein, mon sexe enfoncé en elle ou jouant à ne pas prendre tout à fait, un doigt ou presque la main enfoncée dans ses chairs, féssée et cheveux tirés, lui dévorant la vulve avec la délicatesse du gourmet ou la faim du soudard, l’artefact pulsant dont elle me dicte l’usage, tout fait sens pour cheminer dans le plaisir, un chemin de croix où la cruxifiction est à chaque étape.

Mais ce soir, elle a fait quelque chose de nouveau. Une étape a été franchie. Un nouveau stade ou une autre barrière est tombée, je pourrais passer des heures et vous qualifier les faits.

Revenons aux faits : elle a crié, en plein travail du jouet sur son clitoris, à un niveau de puissance inhabituel : “Léche-moi !”. Elle l’avait déjà demandé mais jamais à ce moment, après le bombardement des pulsations. Je me suis jeté sur son clitoris, je montais au front. Elle a eu un orgasme si puissant que son bassin devint épileptique, une danse de Saint Guy.

Mais ce ne fut pas l’acmé. Revenons aux faits. Je la laissais reprendre son souffle, juste un peu. 3 doigts bien ajustés vinrent remettre le feu aux poudres. Le Satisfyer se joignit à l’affaire, elle réclama plus de doigts. Je lui dis de tenir le morceau de silicone, elle ne le voulait pas d’habitude, la masturbation est un tabou ancien dont elle n’arrive pas à se défaire. Elle le prit pourtant. J’étais sidéré et si fier d’elle. Quelque chose d’impensable venait d’arriver. Elle eut mes doigts, une main impitoyable sur son sein. La pulsation avait atteint un rythme maximal, jamais supporté avant, jamais demandé. Elle encaissait en criant qu’elle en voulait plus, elle poussait son sexe sur ma main, elle le dévorait. La chambre était pleine de bruits, de fureurs, de nos mots crus et beaux, de sons indécents et de sens en plein vertige. Le cri fut l’orgasme et l’orgasme fut le cri. Une telle puissance… comment une telle puissance est possible. Elle jouit encore dans mes bras alors que plus rien ne poussait son corps à jouir. Des orgasmes autogénérés, un ruban de Moebius entre tête et clito. Elle pleurait, elle jouissait et je la serrais fort en lui disant qu’elle était belle, que je l’aimais et que c’était beau. Si beau.

Ce le fut encore lorsque sur les genoux, sa main tenant le sextoy sous son ventre, je la baisais en jouant de ma main sur son cul, rougissant sa peau pour, dans un cri commun, s’abîmer.

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