8 minutes de lecture

Épisode 5 : Colin-maillard

Je m’étais dit que ces élans, ces désirs de lui, il fallait que je les taise. Qu’il y avait si longtemps que je pensais à ce qui me troublait de lui qu’au final, je m’en étais sans doute fait des châteaux en Espagne. Que si je l’imaginais constamment si beau, tellement talentueux et spirituel, je finirais par me lasser et le laisserais derrière moi…

Mais non : c’était devenu partie intégrante de moi. IL était devenu partie intégrante de moi.

Je vous explique.

Si j’étais émue, de manière inconsidérée, devant un bon film, je me disais que la prochaine fois, j’aurais voulu qu’il m’accompagne pour le visionner. Si j’étais éblouie face à un paysage, à une vue particulière de ma ville, quand je marche jusqu’au sommet de notre Citadelle, j’avais envie de sa présence à ma droite pour qu’il puisse s’émerveiller lui aussi. Si mes yeux se posaient sur des mots savoureux, un cliché particulièrement réussi ou mes oreilles sur une musique envoûtante, je me disais qu’il fallait que je lui envoie le lien de ces découvertes immédiatement, pour qu’il en profite sans tarder…

Tout était apprécié au travers du goût qu’il aurait pu donner à ces choses…

J’en venais à ne plus penser qu’à cela : ce que j’aurais pu lui partager. Bien sûr, de l’intellectuel, rien de coquin, quoi que…

M’imaginer dans ses yeux m’émoustillait énormément. Il aurait suffi qu’il laisse traîner l’un ou l’autre de ses regards verts sur moi et je me serais sentie frissonner des pieds à la tête. Ne parlons pas de ses doigts que je fixais parfois de manière obstinée : il allait se rendre compte de la façon intense avec laquelle je détaillais ses phalanges, ses ongles roses, propres, nets, comme manucurés…

Je me laissais aller à rêver qu’il s’approcherait de moi, que ses yeux inquisiteurs me déshabilleraient. Et puis que ce serait au tour de ses mains de se poser sur moi. J’imaginais…

« On peut jouer à Colin- Maillard ? »

Un sms. C’était la première fois qu’il me proposait ce genre de chose…

Il était déjà là : il était si sûr de lui qu’il n’avait même pas attendu ma réponse… Il avait parcouru la petite allée séparant la rue de la maison, avait frappé comme à son habitude avec le heurtoir, trois petits coups, et j’avais ralenti mes mouvements pour aller lui ouvrir, comme engourdie par la chaleur qui, d’un coup, avait afflué et rempli mon cœur et mon corps tout entier.

Oui, je rêvais de lui, encore, toujours. Mais quand il me demanda si j’étais d’accord de me prêter au jeu, cela me décontenança. Il devait y avoir réfléchi longuement, pesant le pour et le contre, estimant si cela valait le coup pour lui. Je n’irais pas jusqu’à dire qu’il était vraiment égoïste, non, c’était plutôt de l’individualisme. Mais cela ne me gênait pas le moins du monde : j’avais tellement à cœur de me conformer à SES désirs.

Donc… Il était devant la porte. Je lui ai ouvert, mon grand sourire d’usage, accroché à mes lèvres. Il portait un petit sac à dos noir à l’épaule. Qu’y avait- il dedans ? Pour Colin- Maillard, il suffit d’un bandeau, non ? Mais cet accessoire, on peut le glisser dans sa poche : aucun besoin de le trimballer dans un vrai sac. Il a remarqué mes yeux interrogateurs et sans un mot, m’a déposé un baiser rapide sur la joue et m’a intimé de ne pas parler… Il savait que je suis curieuse et que, s’il me laissait faire, j’étais capable de le bombarder de questions concernant notre futur jeu.

Je me suis donc tue et l’ai fait entrer dans le hall… Il m’a désigné l’escalier.

- On monte ? » m’a-t-il demandé de sa voix sourde.

Nous prîmes donc la direction de la chambre d’amis qui était plongée dans une semi- pénombre… Cela valait mieux, de toute manière, que la lumière ne soit pas trop crue. De plus, étant en hiver, le soleil était bas et le temps froid.

- Aujourd’hui, c’est toi qui te déshabilles.

Là, il me cloua le bec. Je pensais, depuis toutes ces années, que c’était moi qui avais envie de le détailler, de le regarder sous toutes les coutures, de me gaver de son physique à tomber et ici…

- N’aie pas de complexe : je vais porter le bandeau et je ne te regarderai pas…

A ce moment, je vous promets que j’ai senti tout le respect qu’il avait pour moi, pour ce que j’étais extérieurement, pour ce que je pouvais ressentir de cette situation un peu étrange dans laquelle un monsieur magnifique bien plus jeune que moi, appétissant à souhait, décide de m’accorder quelques moments de tendresse (ou d’autre chose) alors que je ne l’intéresse pas, au demeurant…

Donc, il s’est allongé sur le lit après s’être mis le bandeau et a attendu patiemment que je « retire toutes les couches » de mes vêtements. J’ai commencé par les chaussures, la gainette et les collants, poursuivi avec la jupe courte et le chandail. Il restait encore la blouse et les sous- vêtements.

- Tu peux te mettre à poil, j’ te regarderai pas… Allez, sois pas gênée…

Comment savait- il que je n’étais pas encore nue ?

- J’ai pas entendu les agrafes de ton soutif ni ton string, parce que c’est bien ce que tu portes, non ?, descendre le long de tes jambes…

Il avait raison. J’étais frappée par l’acuité de ce qu’il entendait, de la précision de ce qu’il avait remarqué. J’avais beau me dire que le son, c’était sa spécialité, que ses oreilles, elles devaient être aiguisées, affutées, même, j’étais vraiment surprise de l’attention qu’il me manifestait depuis son arrivée…

- Donc….

- Oui, ce n’en sera que meilleur, tu ne penses pas ?

Je soupirai et, comme à regret, ôtai mon haut et le reste de ce qui me couvrait.

- Couche- toi, juste à côté de moi.

- Tu n’as pas peur que j’aie froid ?

- Non, j’ai repéré le petit radiateur et il est poussé à fond.

Je jetai un coup d’œil à la vanne thermostatique de celui- ci et oui, c’était vrai. Je ne m’en étais pas aperçue mais tout était en place pour que nous passions un moment… chaud.

- Je commence par quoi ?

J’étais assez interloquée… Quoi, comment ? Quoi, mon cou, mes seins, mes jambes ? Comme ce en quoi j’avais le plus confiance, c’était mes cuisses, je pris sa main droite et la mis contre mon pubis.

- Comme ça, on aura chaud tous les deux ! me dit- il en riant.

Avec tendresse, il commença de passer les doigts de part et d’autre de mes lèvres… Il était doux mais ferme. Je ne savais absolument pas si ça l’excitait ou s’il faisait cela uniquement pour me faire plaisir. Quoi qu’il en soit, c’était délicieux. Je savourais : mes yeux étaient déjà fermés. Je devais lui donner l’impression d’être super- sensible ou quelque chose du style et cela, même s’il ne pouvait pas me voir. Il s’appliquait, titillant mes nymphes en les pinçant presque entre l’index et le majeur. Et puis, toujours délicatement, il passa un doigt contre le haut de ma fente, simplement pour trouver mon clitoris. Je restais pratiquement immobile. Je jouissais de l’instant présent et n’avais aucune envie que cela s’arrête.

Ouf, voilà l’endroit trouvé et… honoré, chéri, gâté. Aucune hésitation : apparemment, il était expert au jeu de doigt.

- Dans le Colin- Maillard, me dit-il, il faut nommer qui on touche. Et comme ici, ce n’est que toi, et bien je vais dire ce que je touche de toi. D’accord ?

Je chuchotai un petit « oui » étouffé et la main toujours en action, il me murmura à l’oreille que j’étais humide à point et qu’il entrerait bien deux doigts en moi « si j’étais d’accord, évidemment » ! C’était inattendu, charmant. Et comme j’étais déjà très excitée, je ne pris pas la peine de lui répondre… J’écartai davantage les cuisses et attendis qu’il me pénètre. Je me tortillai ensuite pour qu’il atteigne cette petite place un peu rêche. Je savais qu’il y arriverait et qu’ensuite, je serais vraiment dépendante de lui que chaque effleurement me rendrait plus électrique…

Il n’y avait encore eu aucun contact entre son sexe et le mien, et déjà, je me sentais mouiller et pratiquement à jouir.

- C’est ton point G, ça ?

Il me sentait complètement à sa merci. Vous savez, quand vous êtes tellement bien que l’émerveillement se combine à un sentiment très intense de bien- être. J’adore ça, quand on s’occupe de moi de cette manière. Je sais que l’orgasme est proche, que cela annonce un pied monumental et qu’ensuite, en général, je serai repue parfaitement.

Ne pas réagir tout de suite : tenir ! Je voulais encore passer du temps, dépendante de ses doigts. De plus, il n’avait encore utilisé ni sa langue ni… Et de ça, j’étais assez curieuse, je dois dire. C’est bien lui qui, il y a un fameux moment, m’avait dit qu’il était un « dieu du sexe », non ? Alors, il fallait que j’en aie la preuve. La preuve vivante.

Sans rien dire, j’attrapai sa main, celle qui me donnait tant de plaisir depuis un moment.

- Tu ne verras pas d’inconvénient à… ça, je suppose ?

Et sans qu’il s’y attende, j’enfournai ses doigts, ceux qui s’étaient occupés de moi, de mon intimité, et les mis en bouche. Je les suçais avidement, comme pour lui donner l’idée que je le ferais avec une autre partie de son anatomie.

- Tu serais pas un peu coquine, toi ?

Je le regardais en souriant. Je me souvenais de nos conversations d’avant, du fait que je lui avoue qu’un de mes fantasmes, aurait été de le sucer… Il n’avait certainement pas oublié. Il était incapable de lire quoi que ce soit sur mon visage puisqu’il avait toujours les yeux bandés et je me faisais un plaisir d’en profiter… C’était vraiment amusant.

- Tu laisses le bandeau, hein… ?

Il acquiesça.

Avec mille précautions, mes doigts se dirigèrent vers la braguette de son pantalon. Il allait être servi ! Je l’ouvris. Il eut un petit geste un peu étonné (« mais c’était moi qui allais… »), un sourire s’épanouit sur son visage. Ses jolies prunelles vertes étaient invisibles mais son souffle en disait long. Dans le boxer, le sexe était déjà tendu. Quand cela s’était-il amorcé ? Au moment où il avait senti que j’étais prête à jouir parce qu’il avait touché mon point G ? Ensuite, quand je lui avais sucé les doigts ? En tous cas, c’était manifeste : son érection était parfaite. Il était à point.

- La bouche ? ou autre chose ?

- Quelque chose de mouillé et… que ça glisse bien…

- Ça ne m’avance pas des masses, tu sais !

- …

- Tu veux me sentir entre les jambes ? Et puis tu décideras si je suis assez… mouillée par là.

Je guidai son doigt contre mon périnée. Il était trempé et gonflé… Et voyant sa jolie bouche s’étirer et sa langue passer sur ses lèvres, je l’attirai à moi de telle manière qu’il me couvrit très vite de son long corps que j’aimais tant. Un petit geste pour faire sortir son membre du boxer et du pantalon et… dans la foulée, je le fis glisser en moi. Lentement, il se mit à onduler du bassin, me faisant prendre le même tempo que lui.

Comme j’avais rêvé de cela…

- Je veux que tu voies mon plaisir…

Et sans lui demander son avis, je lui ôtai le bandeau. J’avais les joues rouges, la bouche sèche. Mes yeux brillaient d’envie de lui. Mes mains s’agrippèrent à ses fesses, au travers du pantalon. Je sentais la braguette de celui-ci irriter mon entrejambe mais honnêtement, je n’en avais pas grand-chose à faire. Il était tout contre moi, en moi, et j’étais au paradis…

Notre jeu de Colin-Maillard n’était pas encore terminé….


Appuyez sur "Entrée" pour effectuer votre recherche