Textes savoureux

Une saga de Bleue - 20 épisode(s)

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Épisode 20 : Elle a des envies

Dans la tête d'Adam...

Elle a des envies, des envies…

Je m’en mords les doigts

Je noie dans l’eau-de-vie

Mon dépit et sa joie… Pierre D.

J’allais la retrouver, celle qui aimait ma tête et mon corps. Surtout, mon corps.

Je n’avais jamais imaginé qu’elle se contenterait de « miettes » pareilles. Enfin, pas de miettes. Je suppose que je ne suis tout de même pas si mal fichu que ça. Mais pour qu’elle soit aussi accro à moi, il faut qu’elle soit un peu dérangée, non ?

Ça dure depuis des années.

Pendant des temps, elle s’est morfondue. J’avais beau l’ignorer, être sur mes gardes constamment quand on se croisait, rien n’y a fait. Et puis un jour, j’ai craqué.

Je me souviens de ses blabla. Genre, entre autres, que je serais pas à la hauteur. Au fil du temps, j’ai compris ce qu’elle voulait dire. Le truc, c’est qu’elle m’idéalisait tellement qu’elle avait la trouille que je sois décevant au pieu. Alors, pour lui prouver que non, pas tant que ça, on s’est embrassé. Un petit baiser de rien du tout. Je le lui ai donné et elle, c’est comme si elle avait saisi la balle au bond. Elle m’a gratifié d’un véritable roulage de pelle.

Et puis, on a commencé de se voir. De plus en plus régulièrement. De plus en plus intimement. On a partagé des moments complètement fous. C’était chouette. Ça me faisait du bien. J’étais célibataire depuis longtemps et pouvoir combler une femme, peu importe que ce soit elle ou une autre, c’était agréable.

Jusqu’à ce jour où, courageusement, elle m’a mis au pied du mur…

Oui, elle aimait comprendre. Que ce soit l’attitude des gens, ce qui les motive à faire telle ou telle chose ou tout simplement quels sont leurs projets, ce qui les anime. Mais aussi elle-même. Je savais qu’elle écrivait ce qu’elle ressentait et comment elle vivait ce qui se passait autour d’elle et en elle. Ce que je savais aussi, c’est qu’elle m’aimait. De manière inconditionnelle. C’était flatteur, mais un peu dangereux. Pour elle, je veux dire.

Elle s’était empêtrée dans ses sentiments pour moi et elle aurait fait pareil avec moi si je lui en avais donné l’occasion. Heureusement, j’étais prudent et surtout très vigilant.

Depuis ce fameux jour, les choses ont changé… J’avais compris que quoique je dise, quoi que je fasse, elle ne cesserait jamais de m’aimer, de me « poursuivre de ses assiduités ». Bien sûr, cela ne changeait en rien mes sentiments pour elle. Mais mon attitude, quant à elle, je l’avais remise en question. Il fallait que je mette davantage de distances entre nous, que je me montre moins empressé quand il lui arrivait de me contacter. C’était moi, l’homme. Et c’était à moi de décider quand nous pouvions nous retrouver, quand j’en avais envie, moi. Et elle, qu’elle me suive, au lieu de me précéder.

Après cet épisode « passionnel », il était temps que je reprenne les choses en main. D’abord, attendre au moins quinze jours, avant de la contacter. Et si c’était elle qui le faisait, j’hésitais encore : lui répondre que j’étais trop occupé ou la laisser dans le vent ? Au final, elle ne me fit pas signe. Ouf. Était – elle en train de se sevrer de moi ?

Une première semaine très calme : le boulot, les sorties avec les potes. Une deuxième semaine où… le ventre commence de tirer. Je me dis que dans le fond, le sexe me manque et que, comme je suis célibataire, je vais devoir me débrouiller seul. Pas chouette, au final.

Qu’est-ce qui m’aiderait à… décoller ? Qu’est-ce qui m’exciterait vraiment pour que ma main… ou autre chose…. ? Je suis plongé dans mes réflexions. J’erre sur la toile. En général, c’est pas les sites de cul ou les films de boules qui me chauffent vraiment. L’une ou l’autre galerie photos, peut-être. Des petites mignonnes, des seins surdimensionnés, des sexes épilés, des langues sur les lèvres, des fesses rebondies… Mais rien qui me fascine réellement.

Et puis, une idée, lumineuse. Un truc dont « elle » m’avait parlé. Des audios qui aideraient les femmes à se masturber et à jouir. Moi, je suis un homme, mais ça peut peut-être fonctionner sur moi aussi. Pourquoi pas ? Qui ne risque rien…

Et j’ai découvert Lélé… Une voix suave, calme et très sensuelle qui vous entortille autour de ses désirs, qui vous tient en haleine et qui vous propulse à la vitesse grand V dans une dimension mystérieuse, inconnue, mais délicieuse… Mais qu’est-ce qui m’arrive, je commence à parler comme elle, non ?

Il n’a pas fallu longtemps et j’ai joui, comme avec « elle ». J’ai senti le désir me pénétrer, me transpercer du bas du dos à l’extrémité de mon sexe. C’était délicieux. J’en ai mis partout, comme quand « elle » avait pris sa voix sex pour me parler sur Skype, il y a un petit temps.

J’avais une envie dévorante de la retrouver, de sentir sa peau contre la mienne, de goûter ses lèvres, et pas que celles qui s’étiraient quand elle me regardait, d’être en elle, parfois tellement serrée, mais toujours si liquide.

Alors, bien que je me sois dit que je laisserais passer un peu de temps, je lui ai envoyé un sms… auquel elle a répondu immédiatement. Je pouvais passer chez elle. Immédiatement aussi. Elle m’attendait, que j’arrive d’ici une heure ou dix minutes…

On s’est retrouvés moins d’un quart d’heure plus tard. Et…

***

— J’ai fait comme toi, lui dis-je quand elle m’ouvrit la porte.

— Ah bon ?

Elle me regardait d’un air intrigué.

— Comme moi, quoi ?

— Comme toi avec les voix, tu vois ?

Elle n’avait toujours pas l’air de comprendre… Alors, je me lançai à l’eau.

— Ça m’avait l’air tellement bien, ce que tu racontais avec tes histoires de podcasts, que je me suis dit que tant qu’à faire, comme j’étais tout seul… Je suis allé… écouter quelque chose…

Je n’étais plus aussi sûr de moi, à présent. Devais-je lui dire que la voix de cette Lélé, elle m’avait vraiment troublé ? Que c’était grâce à ses discours susurrés que je m’étais envoyé en l’air parce que j’étais en manque d’« elle » ou plutôt de sexe avec elle ? Qu’allait-elle penser de moi ? Elle me semblait tellement toujours dans ses histoires de fantasmes et moi, je ne m’impliquais pas là-dedans. Pas parce que ça ne m’intéressait pas, mais plutôt parce que je ne croyais pas à ses fadaises. Le porn audio : mais qu’est-ce qu’elle allait chercher ? Et là, c’était moi qui débarquais en imaginant la convertir alors qu’elle l’était bien plus que moi, au départ…

— Tu es allé sur quel site ? me demanda-t-elle, très curieuse, tout à coup.

— Sur Voxxx…

— Et c’était ?...

— Et c’était chouette. J’ai écouté cette Lélé. Tu la connais ?

— Tu sais, moi, je préfère plutôt les voix d’hommes. C’est bien normal, non ?

— Oui, c’est bien normal, t’as raison.

— Et c’est pour ça que tu voulais me voir ?

— …

— Pour me parler de cette Lélé ? ajouta-t-elle.

J’étais troublé. Je n’avais pas envie de lui avouer que depuis cette écoute, ma faim avait doublé, triplé, décuplé, même. Sa peau chaude, souple, ferme, qui sentait si bon. Le poids de ses seins. Ses jolies cuisses et ses mollets un peu ronds. La manière dont elle se serrait autour de moi. Ses yeux amoureux… J’avais peur de plonger, de me flanquer dans une situation inextricable. Elle me regardait à peine, comme hésitant à me mettre sur le grill, vous voyez ?

Ce fut elle qui se lança

— T’avais envie de me voir ?

— Ouais, un peu…

— Juste un peu ?

— Un peu plus, je dirais.

— Et là, maintenant, il se passe quoi ? T’es venu chercher quoi ?

— Un truc…

— Du genre ?

— Du genre qu’on aime tous les deux…

— Du sexe, tu veux dire ? Comme avec Lélé ?

— Ouais, mais… pas tout seul dans mon coin. C’est pour ça que je suis revenu.

— Pour qu’on soit ensemble ?

— Oui, au lit ensemble, ou dans les bras l’un de l’autre, ou…

— Ça va, j’ai compris… Mais pourquoi moi ? Je pensais que dans le fond, je ne t’intéressais pas tant que ça…

— Et bien, tu vois que tu t’es un peu trompée…

Je souriais devant ses yeux incrédules. Là, j’étais certain d’avoir marqué des points.

Elle a pris une grande inspiration. J’avais peur que tout s’écroule comme un château de cartes. Elle semblait amadouée, comme si tout ce que je lui avais dit la fois précédente était oublié. Il est vrai que je n’avais pas mâché mes mots. J’étais resté très maître de moi, et honnête, et sincère. Mais vraiment, si j’avais été aussi amoureux qu’elle l’était de moi et que l’élue de mon cœur m’ait sorti pareil discours que ce que je lui avais balancé, je pense que j’aurais tourné les talons de dépit.

Elle, elle m’aimait vraiment. J’étais même certain que si un jour, j’en venais à arrêter de la voir parce que je me serais trouvé quelqu’un de mon âge avec qui j’aurais envie de partager ma vie, elle m’aimerait toujours… Ah… la passion, les envies… Ses envies…

Elle plongea ses yeux dans les miens, me sourit, confiante à présent, et prit ma main.

— On monte, tu veux ?

— Je suis venu pour ça, surtout…

— Surtout ?

— Oui : tu m’as manqué…

Elle rayonnait. Je savais que j’avais dit les mots qu’elle attendait. Qu’elle avait beau savoir qu’elle n’était pas la femme de ma vie, ce qu’elle éprouvait était si puissant et ma foi en elle pareille que cela avait l’air de lui suffire… pour le moment.

Les marches de l’escalier en bois craquèrent sous nos pas rapides. Porte framboise. Lit blanc. Store gris rapidement baissé pour que la pièce soit sombre. Miroir.

Tous ces souvenirs que nous y partagions. Ces jeux, ces dérives, ces étreintes. Les plaisirs de nos corps repus.

— Je voudrais pouvoir t’aimer sans t’aimer, me dit-elle.

C’était un peu énigmatique, mais je compris. Je compris qu’elle avait envie de moi, qu’elle avait envie de me prouver combien elle m’aimait, mais qu’elle voulait que je sache qu’elle n’attendait pas mon amour à moi, qu’elle voulait me laisser libre. Son respect forçait l’admiration. Rien que pour ça, j’aurais pu tomber amoureux juste un peu, je pense…

— Dis plutôt que tu aurais envie qu’on fasse l’amour sans être folle de moi…

Elle me regarda, reconnaissante, et me balança que oui, j’avais tout compris…

Nous restâmes habillés, mais…

Nos baisers étaient ardents. Nos doigts cherchaient les petites places les plus sensibles de l’autre. J’avais les miens dans son string et elle, gentiment contre mon cou. Je pense qu’elle était intimidée. Puis, nos bouches remplacèrent nos doigts. J’avais envie de la mordre au travers des habits. Ses envies de moi se traduisaient par cette fougue remplie de tendresse. Elle ne m’avait jamais traité comme un enfant gâté ou trop sage. Simplement comme un homme avec ses désirs sensuels.

On s’est cajolés longuement, on s’est donnés beaucoup. Elle m’a fait jouir comme elle avait l’habitude de le faire : de manière impudique, avec sa bouche. Et moi, je lui ai susurré de ces mots doux qu’elle aimait tant entendre. Qu’elle était mon amie, que j’aimais être contre elle. Je lui répétai qu’elle m’avait manqué. Et tant pis si ce n’était pas « vraiment vrai ». Sa douceur et son amour m’avaient manqué, ça, c’était réel. Elle avait une place à part dans ma tête et elle l’aurait toujours.

Vous savez, une femme à ce point éprise qui s’en remet à vous pour être heureuse, c’est troublant, limite effrayant. Je savais que je pourrais toujours compter sur elle, c’était ce qui était important. Pour moi, oui, mais aussi pour elle. 

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