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Une saga de Bleue - 20 épisode(s)

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Épisode 1 : Entretien d'embauche

Il était entré dans le bureau très simplement meublé : trois armoires, une table et deux chaises face à face de chaque côté de la table. Il avait tendu la main droite vers elle et accompagné son geste d’un « Bonjour » assez sourd. Elle avait regardé ce jeune homme avec un petit sourire amusé : combien il avait l’air timide…

Il portait un pantalon de toile et un T-Shirt de la même couleur : quelque chose de clair genre beige, sable, ou vert, celui des oyats… Oui, dans son souvenir, ce n’était pas très précis mais s’il était attentif à l’harmonie des tons, cela devait être du vert, pareil à celui de ses prunelles.

Elle lui avait fait signe de prendre place sur la chaise face à elle. Il tournait le dos à la porte par laquelle il était entré.

Il lui avait parlé, les yeux fuyant un peu ceux de sa vis- à- vis. De ses aptitudes professionnelles, de son expérience. De ses goûts aussi, de ce qui le distinguait des « autres candidats ». ». Il donnait l’impression de briguer l’emploi. Il n’aurait peut- être pas été prêt à tout. Il suffisait juste de tâter le terrain.

Elle s’imaginait déjà dans ses regards, monopolisant son attention, son désir. Elle le regardait s’empêtrer dans des explications sur ses compétences. Elle était attendrie. Elle était sous le charme.

Était- il troublé ? Voulait- il à tout prix la convaincre ? Le débit de ses mots était rapide. Il se disait en lui- même : « mais c’est pas possible de perdre les pédales de cette manière… ». Il n’était pas à l’aise. Il s’était fait un monde de cet entretien et là, il ne donnait vraiment pas le change…

Pourtant, elle, elle ne l’écoutait plus. Elle se contentait de le regarder… Elle se demandait ce qui lui plaisait tant en lui.

Ses yeux, sans doute. Ses épaules un peu larges mais pas… remplies. Cette fossette près de son menton. Et puis et surtout ses mains, ses ongles nets. Elle aurait eu envie de sentir ces doigts fins qui devaient être agiles et doux sur la peau. Elle imaginait qu’il lui prenait la main, gentiment, sans que leurs yeux ne se croisent. Elle aurait laissé traîner sa menotte sur la table qui les séparait, il l’aurait saisie, puis aurait arrêté son geste comme se ravisant. C’est seulement à ce moment qu’ils se seraient regardés et alors…

Il y aurait eu un premier sourire, d’elle, parce qu’elle était assurément moins timide que lui. Lui, il aurait cherché dans ses yeux si ce geste d’approche était une bonne idée, s’il était annonciateur d’autres choses.

Son inventaire continuait… « Et si, en étant un peu folle, j’imaginais que je me lève pour le rejoindre et que mes mains font remonter son T-Shirt le long de son buste, que découvrirai- je ? D’abord un petit ventre… Il ne donne pas l’impression d’être très musclé. Il n’est pas gros, non, mais les tablettes de chocolat, certainement pas. Poilu ? Ou peu ? Ou pas ? Non, ça doit être une petite rivière châtain clair, juste ça. Ses bras ne sont pas velus. Ses cheveux sont clairs : il serait étonnant qu’il soit « ours ». Et puis, le T-Shirt monte un peu plus haut. – Lève les bras, s’il te plait. – peu de poils sous les aisselles et pas davantage sur le torse. Des tétons rose clair. Les épaules un peu rondes. On dirait presque un corps d’adolescent. Il est sorti de l’enfance pourtant… »

Elle avait omis délibérément d’imaginer ce qu’il y avait sous la taille. Peut- être cela lui faisait- il peur, dans le fond. Cette partie de l’anatomie de certains hommes est parfois plus « lente à la détente ». Et à cette période de sa vie, ce n’était pas à ce genre de chose qu’elle faisait attention. (cela avait bien changé : à présent, c’était une des premières choses à laquelle elle était attentive. La couleur des joues aussi, et les gestes qui deviennent fébriles).

Donc, pour le moment, c’était un sans faute…. Du côté du corps, du moins. On allait s’occuper du visage à présent, même si elle l’avait déjà observé quand il s’était assis face à elle. Toujours ces yeux si clairs, étrangement rêveurs et inquisiteurs tour à tour, qui la scrutaient ou au contraire, donnaient l’impression de se perdre… Il y avait du mystère dans ces regards- là. Elle éludait mentalement toutes les questions qu’il donnait l’impression de se poser…

« Non, ils n’avaient pas le même âge…

« Oui, elle le trouvait attirant…

« Non, elle ne lui sauterait pas dessus

SAUF SI…

« Je peux te demander de remplir ce document et le signer ? »

Sa voix chaude et rieuse les replongea tous deux dans la réalité. Elle lui tendit un bic bleu qu’il saisit de la main droite. Le front penché sur le papier en question, il faisait mine de se concentrer alors qu’il le complétait de manière désordonnée. Quelques renseignements puis des cases à cocher…

« Ch’uis pas dispo la semaine… ». Il la regarda comme pour s’excuser… On verrait ça..

On était en juin. Il faisait chaud dans le petit bureau. Elle se prit à imaginer qu’il aurait été vêtu autrement. Pas le buste, non. D’ailleurs, dans son esprit, il ne portait déjà plus son T-Shirt clair. Non. Plutôt… qu’il serait les mollets nus et qu’un bermuda crème dessinerait ses cuisses et laisserait voir… Comme elle se sentait émoustillée et hardie à la fois.

Pour ce qui était de cela, c’était vraiment imaginaire. Il était toujours assis de l’autre côté de la table, les mains sagement dessus. Alors qu’elle faisait mine de lire ce qu’il avait complété sur la feuille de papier, elle laissait vagabonder son esprit…

L’écriture typiquement masculine, vous savez, cette manière désinvolte de former les lettres genre « tu me liras si t’y arrives » en disait long sur la personnalité du jeune homme. Il n’était pas vraiment soucieux de l’image qu’il donnait de lui, ou alors, jouait les insensibles genre « c’est pas parce que tu ne me retiens pas pour bosser avec toi que je vais en mourir : soit tu me prends et oui, je serai content, mais si tu me jettes, je trouverai ailleurs. C’est pas toi qui va guider « ma life »… ». Sinon, il avait toujours cet air un peu inquiet…

Elle souriait en feignant d’être très attentive… Était- il dupe ? Les coins de sa bouche se relevaient. Bien qu’elle n’ait aucune envie de le voir disparaître, elle anticipait le moment où elle le congédierait, celui, plutôt où il se lèverait, lui serrerait la main et … se retournerait. Elle était pressée de pouvoir contempler ses fesses…

« Merci. Pas besoin de te recontacter : je pense que mon choix est fait. Surveille tes mails : on a une réunion de rentrée en septembre… »

Il la regarda ENFIN d’un air vif et franc. Il avait compris que c’était gagné. Il se détendit, satisfait. Toujours assis, il fit reculer son siège pour s’en extirper … Il allait se mettre debout, se retourner et…

« A bientôt » dit- il de sa voix sourde.

Elle savait qu’elle attendrait septembre pour cette fameuse réunion de rentrée… Elle ne chercherait pas à… Non, il lui plaisait indéniablement mais si les choses se limitaient à une simple aventure… Il lui faudrait plus que ça pour atténuer la faim.


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