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Épisode 8 : Mon envie secrète, c'est qu'il me dise "Fellacitation" !

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    Durée : 10:02 min

    Le début de cette escapade au château de la Belle au Bois Dormant dont mes lecteurs se souviennent peut-être (Cicatrices)

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« Epate- moi ! Je sais que t’as souvent de chouettes idées… »

Là, je me sentais piégée. Oui, j’avais l’habitude de manigancer tout et n’importe quoi, c’est vrai. Mais cette fois, je n’avais pas de vraie idée. L’inviterais-je chez moi pour une après-midi ou une soirée chaude ? Ou à un concert ? Une expo ? Je n’avais aucune idée de ce qu’il aimait, au fond. Ça aurait pu être très osé, ou au contraire, tout à fait traditionnel et tranquille… Mon envie secrète, c’était qu’à nouveau il me dise « Fellacitation ».

Je savais ce qu’il n’aimait pas : le sport et tout ce qui s’y rapporte et.. danser… Par contre, je pense qu’il aimait boire une bonne bouteille (preuve en avait été cette bouteille de Saint-Julien), la photo, en général. Il appréciait aussi la bonne musique, enfin, je parle de « bonne musique » parce que pour cela, nous avions les mêmes goûts : le jazz, les musiques un peu décalées. Et j’avais dans l’idée qu’il aimait assez les promenades en forêt.

Donc, je me disais que je l’emmènerais un soir jusqu’à ce château de la Belle au Bois Dormant, vous vous souvenez, celui de mon texte « Cicatrices ». Nous n’avions pu nous y rendre cette fois- là parce que finalement, ses potes l’avaient rejoint et… notre projet de nuit avait avorté.

Nous nous étions donnés rendez- vous sur le halage du fleuve qui traverse ma ville, sous un pont. Il pouvait y garer sa voiture et la laisser là tard le soir, si cela s’imposait. Moi, j’étais venue à pied : j’ai l’habitude de la marche et de ce trajet, à peine deux kilomètres. Je lui avais proposé de prendre son appareil- photo. Pas pour qu’il me shoote, non, plutôt pour garder un chouette souvenir de notre ballade.

Nous nous rejoignîmes donc sous ce pont. Nous devions parcourir un petit kilomètre jusqu’au pied de la Citadelle de notre ville puis grimper des escaliers durant une petite dizaine de minutes. Ensuite, il y aurait des arrêts non obligatoires mais très souhaités de ma part, et nous atteindrions ce fameux château en moins d’une demie- heure.

On était en mai. Il portait un TShirt noir, un jeans et des chaussures de marche légères. Quant à moi, j’avais choisi de mettre une jupe vert pastel qui rappelait un peu la couleur de ses yeux avec un haut en dentelle. Aux pieds, j’avais des sandales sans talon, bleu ciel. Il portait un sac en bandoulière. Il devait contenir son appareil photo. Et moi, un sac banane de taille ridicule !

- T’as pas peur d’avoir mal aux pieds ? me dit- il en posant un baiser léger sur ma joue.

- Ben non, pourquoi ?

- Parce qu’avec tes petites sandales, là, tu vas pas pouvoir marcher longtemps… Enfin, je suppose, ajouta-t-il un peu moqueur en regardant mes pieds.

Moi, je savais que je pouvais compter ET sur mes sandales ET sur mes pieds, que j’avais déjà parcouru des distances de fou avec ces chaussures. Et puis, c’était mes pieds, tout de même, non ?

- Ah oui, c’est vrai : tu connais tes pieds…

Moins d’un an auparavant, je lui avais envoyé un petit mot pour lui annoncer fièrement que j’avais fait cette fameuse marche de 100 kms qu’il faut boucler en moins de vingt-quatre heures… Et lui de me demander si « c’était pour un pari que j’avais perdu ! »… Je ne mettais pas mes sandales sur toute la distance mais ça m’évitait tout de même des ampoules.

On se mit en route. Je marchais d’un bon pas et lui était plus nonchalant. Heureusement ! Avec les grandes jambes qu’il avait, il valait mieux que ses enjambées soient moins rapides que les miennes, histoire qu’on avance à peu près à la même vitesse.

On était le long de l’eau. Avec nos lunettes de soleil. Nos sourires étaient visibles mais c’était juste… nos bouches. Impossible de distinguer nos yeux. De temps en temps, on s’arrêtait pour regarder le mouvement de l’eau ou les péniches ou encore les bernaches. Il faisait bon mais pas encore trop chaud. Nous arrivâmes rapidement au pied de la Citadelle. Cinq grosses minutes de grimpette et nous nous arrêtâmes. Le spectacle était fameux : à notre gauche, cette tortue qui est visible d’en bas, une sculpture de Yan Fabre, à notre droite, le confluent et puis les ponts qui enjambent celui- ci.

Je pense que mon ami n’était jamais monté à pied de ce côté-là. Il prit son appareil photo.

- Ça te dérange si on s’arrête pour que j’immortalise ça ? me dit-il.

J’avais bien compris que le « ça » ne me concernait pas mais cela ne me dérangea pas. Je préférais cela à un partage intempestif sur son mur Facebook. Il avait un compte Flickr avec de jolis clichés. Il valait mieux qu’il mette ses photos en ligne via ce compte-là. Et surtout pas des choses où j’étais le sujet !

Il adopta des poses un peu acrobatiques pour que cette tortue entre tout à fait dans son objectif et puis, content de lui, il me gratifia d’un sourire railleur…

- Si c’est uniquement pour marcher et s’essouffler, oublie- moi, me jeta- t-il un peu sèchement.

Mon cœur se retourna. Mais non enfin, voulais- je lui crier : on va à ce fameux château… J’ai réservé une chambre pour « plus tard ». J’étais si déçue que je n’osai rien répondre. C’est le cœur un peu lourd que je repris la marche : notre ascension n’était pas terminée. J’allais nous faire prendre des raccourcis pour y être plus vite. Mon allure était légère et la sienne un peu moins. Sans doute parce qu’il n’avait pas mes habitudes de marche…

Enfin, nous arrivâmes à une première étape où il y avait moyen de se restaurer. Entretemps, nous avions fait plusieurs arrêts pour que monsieur puisse s’éclater. Le soleil était un peu moins haut et la lumière parfaite. Des vues plongeantes du fleuve, de la ville et des forêts. Il avait l’air d’apprécier, finalement. Il ne fit plus de commentaires jusqu’à cet endroit et proposa même de m’offrir une glace… pour me récompenser de lui avoir fait découvrir ces jolis paysages…

Le château n’était pas encore en vue. Il y avait un raccourci à prendre et quelques lacets et il surgirait pratiquement. Après un passage aux toilettes, j’avais les mains collantes, nous nous remîmes en route. Un bon quart d’heure plus tard, nous arrivions près de la salle de concert où nous étions venus écouter la demoiselle que j’aimais tant. Enfin, pas longtemps, puisqu’après quatre ou cinq chansons, nous nous étions éclipsés et… Vous vous souvenez ? L’abris-bus…

Le soleil ne se coucherait pas encore de sitôt : il était à peine dix-sept heures.

- Tu veux faire quoi, maintenant ? me demanda-t-il.

- Il y a un « jardin des senteurs ». On pourrait aller y faire un tour. C’est pas tes parents qui ont une collection de dalhias ? lui lançai- je en lui faisant un petit clin d’œil…

- T’es toujours aussi bien informée, on dirait…

Il n’avait pas l’air fâché, juste amusé. C’était joli, ces jardins. Il n’y en avait pas qu’un, en fait : un jardin gourmand, une roseraie, un jardin méditerranéen fleurant bon la lavande, un jardin des émotions... Nous y passâmes pas mal de temps. Il en profita pour faire cliché sur cliché dans la roseraie. Il utilisait un zoom pour saisir les détails infimes de ces beautés : les étamines, le pistil… Je pense que celui qu’il préféra, c’était le jardin gourmand. Les plantes étaient classées par parfum. On était souvent le nez plongé dans l’une ou l’autre plante et c’était à qui retrouverait quel parfum elles exhalaient : du chocolat ? de la vanille ? du curry ? Ces « imitateurs » étaient installés dans des banquettes surélevées, conçues pour que l’on puisse les sentir facilement. Il avait rangé son appareil photo et j’en profitai pour saisir sa main… A nouveau, il ne la retira pas de la mienne. Plus hardie que la fois précédente, je le regardais et le regardais encore. J’étais certaine que cette fois, nous irions jusqu’au bout.

J’évoquerai juste le petit moment passé au restaurant du château puis le fait que j’aille demander à la réception si ma réservation était bien en ordre pour la nuit qui s’annonçait. Je le rejoins ensuite, très fièrement, en tenant la clé de notre chambre entre les doigts…

- T’as réussi à trouver une chambre ou… c’était arrangé ?

Je le regardais en souriant… Mon cœur battait très fort.

- Tu m’avais dit que j’avais de chouettes idées et que tu voulais que je t’épate… Alors…

- Fellacitation, c’est tout à fait réussi. Je suppose que je ne suis pas encore au bout de mes étonnements ?

- Je l’espère, dis- je d’un ton enjoué, je l’espère, Adam.

Nos yeux brillaient. Nous nous donnâmes la main et c’est enfin que nous nous dirigeâmes vers notre chambre. Cette fois, rien ne pourrait contrarier nos projets…


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