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Épisode 11 : Nuit princière

Personne ne nous avait transformés, lui en prince charmant et moi en « dormeuse patentée » mais nous nous sentions aussi beaux que dans le conte de Perrault, ardents, aussi, passionnés. Ce n’était pas mon physique ou mon esprit qui l’attiraient, du moins, cela m’eut étonné. Non, simplement le fait que je sache comment lui donner du plaisir et que lui me sente aussi réactive à ses caresses. Nos corps semblaient « faits pour s’entendre ». C’était un bon départ, ou plutôt un bon point : nul n’aurait pu dire si ces moments auraient une suite ou pas, ni lui, ni moi.

Nous venions d’atteindre le septième ciel chacun à notre tour et cela nous avait repus, il faut dire. Tendrement, nous nous endormîmes serrés l’un contre l’autre.

La nuit fut douce et calme. Je m’éveillai à quelques reprises. Je me sentais bien au creux de ses bras. Son souffle était tranquille. De temps en temps, une petite moue et un sourire se dessinaient sur son joli visage. A quoi rêvait- il ? A nos étreintes ? A nos plaisirs ? Pour ma part, le fait que je ne dorme pas d’une traite ne me tracassa pas outre mesure : j’étais si heureuse d’être au lit avec celui qui, durant des années, squattait le dessous de mon oreiller dans mes carnets noirs que… Je l’observais. Inutile de le faire à la sauvette : c’est comme si son sommeil m’appartenait, à présent. D’habitude, quand je le regardais, j’étais très discrète. Je savais que mes yeux pesaient lourds. Là, il me semblait tellement accessible et mes regards si légers. Il soupirait et murmurait dans son sommeil des mots incompréhensibles. Je le regardais toujours…

Au final, je ne dormis certainement pas plus de quatre ou cinq heures. Pourtant, je me sentais en pleine forme.

Il était six heures. La clarté commençait de poindre. On distinguait le début du jour au travers des rideaux. Le profil de mon savoureux se dessinait gentiment. Son front, son grand front, sur lequel, de temps en temps, se marquait une petite ride du fait des froncements de ses sourcils. Son nez, droit. Ses joues à peine rebondies quand il souriait. Sa bouche, un peu cachée dans cette pilosité que je n’aimais pas. Oui, bien sûr, sa barbe était douce. Mais ses lèvres, il fallait pouvoir les repérer, les distinguer… Je me souvenais du temps où il se rasait de près. Le simple contact de sa peau sur la mienne et j’étais au paradis.

Il commença de bouger, imperceptiblement. Il avait la bouche entrouverte, le souffle profond. Il émergeait du sommeil lentement. Je restais immobile, à le regarder. Il ne faudrait sans doute pas plus de cinq minutes pour qu’il soit tout à fait éveillé et je ne voulais gaspiller aucune seconde de ce temps pour profiter du spectacle. Il se tourna vers moi, ouvrit les yeux franchement et me demanda si j’avais passé la nuit entière à le regarder…

- Tu crois quoi ? De minuit à une heure, j’ai regardé ton nez. Ensuite, je me suis concentrée sur ta bouche pendant… deux heures, je dirais. Puis, ça ne t’a pas réveillé et pourtant… je t’ai un peu découvert et j’ai reluqué tes pecs et tes abdos. Ça, ça m’a pris presque deux heures. Et là, depuis cinq heures, je compte les poils de ta barbe….

Il me sourit. Bien sûr que ce n’était pas vrai. Oui, c’est clair qu’à mon âge, on a moins besoin de sommeil mais tout de même. De là à ne pas dormir du tout, il y avait de la marge.

À présent, nous nous regardions. Dans les yeux. Puis, nos bouches. J’avais envie de mordre dans la sienne. J’avais envie de sentir à nouveau ses lèvres contre les miennes. On ne s’était pas embrassés souvent mais nos baisers avaient toujours eu le goût particulier de ces moments intenses, de ceux dont on profite parce qu’on se dit que « c’est le dernier ». Il esquissa un rapprochement et mit ses jolies mains sur mes joues.

- Baiser du matin, me dit- il avec un petit sourire.

J’avais envie de rire. Oui, le matin, c’était sur la bouche. Et le soir, c’était… hmmmm. Je ne dis rien et profitai de ses lèvres. Je me sentais bien contre lui, entre ses bras, toute serrée. Je me disais que peut- être, il appréciait que je sois sa petite chose fragile comme les demoiselles qui lui mettent le grapin dessus et auxquelles il ne dit pas non. Je pensai : « il aime qu’on se l’arrache, qu’on le séduise et puis, qu’on s’occupe de SON plaisir ». Il m’en avait donné, et pas mal, du plaisir. Il continuait de m’embrasser. Ce n’était pas qu’un petit baiser du matin, c’en était plusieurs. Des léchés, des appuyés, des mordus. Il ne se départissait pas de sa douceur mais il y avait comme une force dans sa tendresse. Il s’occupait de moi gentiment et je trouvais ses attentions délicieuses. C’était « comme je l’aimais » : d’abord qu’il soit aussi délicat et ensuite qu’il me donne le sentiment d’accepter que je sois amoureuse de lui…

Je vous avoue que ce baiser dura bien cinq minutes. Oui, cela peut paraître long de faire des économies de respirations durant autant de temps. Mais le plaisir qui montait de mon bas- ventre était bien la preuve d’un échauffement de ma part. Je me sentais mollir. J’étais heureuse.

- T’aimes ça, hein… ? me lança-t-il en reculant la tête pour me regarder.

- Hmmm… C’est doux et en même temps, c’est plein de désir. Tu ne trouves pas ?

- Tout juste…

- Ça voudrait dire que… Y a du désir de ton côté aussi ?

Il rit et me demanda si je voulais vérifier ce qu’il en était de son côté. Là, mes yeux brillèrent. Lentement, je glissai ma main contre son long corps, de la clavicule à son sexe. Il bandait. Il n’était pas dur au maximum mais son érection était tout à fait comme je l’espérais… Sans doute parce qu’on était le matin.

- Je peux ? dis-je en commençant de le branler.

- Bien sûr… Je suis presque certain que tu as rêvé de ça toute la nuit. Non ?

- Si. J’imaginais et puis, je te regardais en me disant que…. Mais rhooo, j’ai pas envie de tout te dire. Ça me trouble déjà assez qu’on soit là, dans un lit… tout nus…

- Ça t’ennuie ?

- Oui… Enfin, non. Je suis très heureuse d’être au lit avec toi, c’est pas ça. Ce qui me dérange, c’est l’idée que tu garderas de moi, une fois qu’on quittera ce château de Belle au bois dormant…

- Tu penses quoi ? Que je vais me vanter d’avoir passé la nuit avec toi à mes potes ?

- Plutôt qu’ils te fassent des commentaires pas élogieux pour moi et que tu les laisses dire. C’est déjà arrivé, non ?

Là, il semblait mal pris. Oui, c’était déjà arrivé. Et cela m’avait fait énormément souffrir. Il faut dire qu’il y avait de cela plus de dix ans. Et à l’âge qu’il avait à ce moment-là, on aime se vanter. On en rajoute, même, pour être certain que les autres vous considèrent. Aujourd’hui, il avait mûri. Il avait eu d’autres expériences que des plans d’un soir. C’était peut- être cela.

- Je te promets que ça n’a plus été le cas depuis longtemps. Tu te souviens du concert de ta copine, en avril ? Et bien, John et Tom n’ont fait aucun commentaire désagréable ou moqueur concernant le fait qu’on se soit éclipsés. Quand je les ai retrouvés, ils m’ont même dit que c’était chouette qu’enfin je me décide.

- Que tu te décides ? Mais, si je ne t’avais pas pris la main…

- C’est clair. Mais avant, si tu avais fait une chose pareille, je t’aurais remballée.

- Pourquoi ça a changé ?

- Peut-être parce que je sais où sont nos limites à chacun…

- Ah oui ?

- Je pense que tu es assez raisonnable pour comprendre que tu ne seras jamais la femme de ma vie mais que ce n’est pas pour cela qu’on ne peut pas prendre du bon temps ensemble…

C’était vrai. Lui, il n’était pas non plus l’homme de ma vie. Du moins, de ma vie réelle. Il occupait mes pensées, mes imaginations. Il me faisait fantasmer. Mais je ne me voyais absolument pas VIVRE avec lui. On était trop différents. On dit souvent que les contraires s’attirent. Mais… les contraires sont-ils capables de vivre ensemble ? ça, j’en doutais. J’aurais plutôt dit qu’il était l’homme de ma vie rêvée : je ne gardais que le meilleur.

Cette nuit, il ne s’était rien passé de vraiment extraordinaire. Mis à part la douche et le traitement qu’il avait infligé à mon point G… Mais c’était hier soir, pas cette nuit. Notre échange de ce matin m’avait fait du bien, énormément de bien. J’étais prête à remettre le couvert, et j’étais pratiquement certaine que c’était pareil pour lui…

Vous rappelez-vous que j’avais posé ma main sur son érection, quelques instants auparavant…

- Tu permets que..

- Tu continues ?

Son sourire en disait long. Long genre : n’te gêne pas, fais-toi plaisir ou un truc du style. Il voyait mes yeux pétiller. Il prit mes doigts entre les siens.

- Je peux ?

Je compris vite ce qu’il voulait que je fasse. Pas l’empoigner gentiment. Plutôt être légère, très légère. Pourrais-je contenir ma fougue ?

Impossible de me freiner longtemps. Je ne le regardais pas : je veux dire que je ne regardais pas ma main qui coulissait sur son sexe, à présent. Je préférais plonger mes yeux dans les siens, tant qu’il en était encore temps. Il ne serait plus long à les fermer pour savourer. Oh, me dis-je, quand je parle de savoureux, c’est toujours bon. Je pense au plaisir que je pourrais lui donner. Je pense au fait que j’ai envie de faire des choses en sa compagnie. Pas que faire l’amour, vous savez. On est tous deux musiciens. Alors, ce qui me plairait, ce serait de prendre le temps de jouer ensemble. Des jeux de doigts, des jeux de langues.

Pour le moment, je le branlais toujours très consciencieusement. D’ailleurs, une première goutte avait perlé. J’aurais voulu le goûter mais il me semblait tellement concentré que j’hésitais. Pour palier la situation, c’est du bout du majeur que je recueillis ce divin liquide en me disant que je ferais autrement ensuite.

- Alors, je « goûte bon », coquine ?

- C’est toi, le coquin.

- Pourquoi ?

- Tu fais mine de rien et puis… hop, tu… commences de couler… Tu penses que je n’allais pas en profiter ?

- Oh, pour ça, je te fais confiance, me dit-il en riant franchement. Tu peux même…

- Oui ? fis-je, en prenant un air très attentif à ce qu’il allait me répondre.

- Tu sais, comme hier, sous la douche…

- Ça t’a vraiment plu ?

- Vraiment, vraiment, oui…

- Alors, la coquine va… te gâter avec un petit plus. Oui ?

Il me répondit par un petit grognement étouffé. Je disparus sous la couette. Ma bouche à la hauteur de son sexe le léchouillait. D’une main, j’en serrais très fort la base. L’autre main caresserait tendrement ses bourses. Des frissonnements commencèrent de le parcourir.

- Orgh…. Ce que tu fais bien ça…

Je lâchai son membre pour lui demander s’il voulait que je continue. Chose à quoi il me répondit que « ouiiiiiii », que c’était trop agréable, divin, même. Je sentais tout le pouvoir sensuel que j’avais sur lui et cela me donna un coup de boost. Il fallait que je retarde encore le moment où il jouirait. Je voulais qu’il en garde un souvenir magnifique, qu’il n’oublie jamais le plaisir que j’aurais été capable de lui donner.

Donc, je repris mon embouchage et mes caresses. Très légèrement. Et c’est aussi légèrement qu’il prit son pied. Pas de grands spasmes. Juste des petits mouvements de son bassin qui accompagnaient son éjaculation. Il écarta ma bouche de lui, me poussa un peu. Je me retrouvai sur le dos. Il empoigna son membre et c’est en gémissant qu’il termina de se répandre sur mon ventre.

Peu d’hommes avaient fait ce genre de choses. J’étais certaine que cela me dégouterait un peu mais avec lui, tout me convenait… J’étais à présent certaine qu’en plus d’être à la hauteur, il me ferait découvrir ou aimer des pratiques que je n’avais jamais tentées ou appréciées…

Le chemin vers le plaisir ultime était encore long. Nous avions tout notre temps…


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