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Épisode 15 : Si tendrement avec plein d'amour dedans...

Ce n’était pas la première fois qu’un de mes récits portait ce titre. Cette fois, je vous parlerai de ce que je fis en écoutant les fichiers… J’avais hâte, bien sûr, d’entendre ce qu’il avait fait de ma chanson et de ses interventions au sax. Mais ce qui me titillait le plus, c’était… le reste. Je n’avais pas entendu ce que ça donnait puisque je lui avais confié la clé usb immédiatement après nos ébats.

Et j’étais.. curieuse…

Comment avait-il traité nos mots, nos soupirs ?

Alors, j’ai ouvert le fichier. Il fallait que je sache. Je branchai mes écouteurs et…

Cela commençait par les mots que nous avions échangés à la fin de notre travail, l’histoire de « la compositrice de chansons à l’eau de rose et de l’improvisateur amnésique »… Et puis, nos voix étaient mélangées. Les phrases étaient disloquées. Son joli timbre un peu sourd et le mien, plus léger et plus doux. Cela avait l’air murmuré alors que non, je me rappelais parfaitement du ton que cela avait : c’était amusant, un peu ironique et surtout, bien plus sonore.

Ensuite, il y avait les propositions de passer « à côté », d’être déshabillée… Hmmmm. Je me revoyais là, dans la petite chambre d’amis. Ce que nous nous disions, ce que nous nous faisions. C’était si agréable que je me sentais me liquéfier…

Et puis, je ne me rappelais plus de ces mots mais ils étaient bien là, distincts. On aurait dit que le volume était poussé à fond. Pourtant, le son était de qualité… Ses mots, ces mots qui m’excitaient tellement, ils disaient que c’était bon de me défoncer. Visiblement, il avait du plaisir, et pas mal. Et puis, il me demandait de me lâcher, il m’encourageait, m’y obligeait, même. Et c’était ça qui lui donnait du plaisir.

Moi, j’avais toujours les écouteurs sur les oreilles. Je perdais les pédales, complètement. Il n’était pas là, dans la même pièce que moi, mais c’est comme s’il était tout proche, que je pouvais sentir son souffle dans mon cou et ses lèvres s’approcher de mon visage. Je tâchais de retenir mes fantasmes et si l’audio s’était arrêté, il était certain que j’aurais laissé mes doigts se faufiler sous mon string. Mais non, ce n’était pas fini…

Il restait juste sa voix… Calme, posée mais troublée…

- Ch’uis pas aussi fort que toi pour les beaux discours mais je pense que ça, ça va t’plaire, même si y a peu de mots…

J’entendis le bruit d’une tirette qu’on fait descendre et puis des soupirs et des bruits de choses mouillées qu’on frotte. Je devinais sans peine de quoi il s’agissait… Ainsi, monsieur s’enregistrait quand il se masturbait.

Par-dessus, il y avait sa voix. Et j’étais certaine que ce n’était pas un montage, même si je le pensais très capable de réaliser ce genre de prouesse.

- T’es bonne… tellement bonne… Quand j’pense à ta peau, à ce qu’elle sent, ça me fait bander. Quand j’pense à ta bouche qui me suce, j’ai envie de me branler.

Je n’en revenais pas. J’avais arrêté de me toucher tant j’étais étonnée. Et le bruit de frottement que j’entendais quelques secondes auparavant s’était interrompu, lui aussi.

- J’ai envie d’toi, de plus en plus souvent. J’m’endors en pensant à toi et quand j’me réveille, j’me rends compte que t’étais dans mes rêves…

Mais, c’était pratiquement une déclaration, ça. Non ?

- Quand je pense au sexe, c’est avec toi que j’voudrais que ça s’passe… Tu m’obsèdes…

Et ce « tu m’obsèdes » était répété et répété encore, comme en un écho qui n’a pas de fin…

J’étais, pardonnez-moi l’expression, réellement « sur le cul ». Ainsi, le fait que nous nous retrouvions de plus en plus souvent et que c’était pour prendre son pied ensemble, ça avait eu cet effet-là ! Moi, je l’aimais, oui, ça, je le savais. Mais ce qu’il éprouvait pour moi, même si ça n’en avait pas le nom, c’était tout de même quelque chose qui ressemblait à l’amour. Ça en avait le goût et l’aspect, vous voyez, comme le Canada Dry avec l’alcool. Je n’y croyais pas vraiment. Je pensais plutôt qu’il s’agissait d’attirance ou de complicité sensuelle. C’est vrai : parfois, on s’imagine être amoureux et on est simplement aimanté par une personne ou alors, on se sent bien avec elle, en parfaite harmonie.

Mon cœur battait, Bon Dieu comme il battait fort dans ma poitrine. Fort, vite, je ne savais plus. J’avais des larmes plein les yeux, des hoquets plein la gorge. Je n’avais plus envie du tout de me caresser en l’écoutant, à présent. J’avais plutôt envie de le rejoindre.

Il taisait depuis des années l’endroit où il vivait, où je devais lui envoyer du courrier. Donc, on ne communiquait plus que par SMS ou téléphone. Et c’est ce que je fis. Je lui envoyai un texto. Cela me prit du temps avant de le lui expédier. Comment dire en peu de mots tout ce que j’avais dans la tête à son sujet ? Et surtout, tout ce que ses mots avaient réveillé en moi…

Il reçut simplement : « Rejoins-moi… vite… Baiser(s). »

La suite, les troubles, les questions, les déclarations et les conclusions viendraient quand nous serions face à face…


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