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Épisode 6 : Les mots d'amour.

J’ouvre les yeux et réalise que je suis toujours allongée sur le sofa du bureau de Steeve, nue. Franck, c’est éclipser pendant que je m’étais assoupie sans m’en apercevoir.

Je ne sais même pas où je suis dans cette immense demeure, ni où je dois aller. Je cherche mes habits jetés de çà et là dans la pièce et les renfile rapidement en mettant malencontreusement ma culotte à l’envers dans ma précipitation. Tant pis, je sors d’ici et me retrouve dans la salle qui était bondée tout à l’heure, et qui se trouve totalement vide maintenant. Où sont-ils tous passés ?

J’avance encore, c’est alors que j’entends les bribes d’une conversation venant de la mansarde qui se trouve à ma droite. Je m’immobilise lorsque je reconnais les voix de Franck et de son frère :

— Franck, assieds-toi, cesse de faire les cent pas autour de moi !

J’entends le bruit d’une chaise qu’on traîne sur le sol, j’approche un peu plus près de la porte.

— Steeve, cette fille ne nous rapportera rien, elle est bof.

Mon cœur se tord légèrement lorsque j’entends cette phrase, car je suis sûre qu’il parle de moi. Je réprime la boule d’angoisse qui monte dans ma gorge et écoute la suite de la conversation en silence.

— Tu n’as pas l’air si déçu si j’en juge le temps que vous avez passé là-dedans et ta mine réjouie…

— C’est juste que j’avais trop envie de me foutre de sa gueule pendant son show, c’était nul à chier mec !

Je plaque ma main sur ma bouche, j’ai envie de vomir sur ces paroles, j’ai envie de lui faire payer ces méchancetés, mais d’abord, je dois pleurer un bon coup. J’en ai besoin.

Je m’enfuis rapidement de ce couloir pour me réfugier n’importe où, loin de lui. Je ne peux plus rien entendre sortir de sa bouche malsaine.

Je croise une domestique dans ma course et lui demande où sont les toilettes, elle me désigne le chemin à prendre et je m’y rends sans la remercier. À peine ai-je poussé la porte, je m’effondre au sol, en larmes. Pourquoi ça fait si mal ?

Pourquoi ça m'affecte autant ?

S’il ne m’apprécie pas, peut-être que les autres clients, eux, m’adoreront !

Je reste un moment immobile par terre, adossé à la porte des toilettes pour réfléchir, pour établir un plan d’attaque, pour le faire taire et qu’il comprenne de quoi je suis capable. De tout… Il n’a encore rien vu.

Je me redresse et me dirige vers le lavabo pour me rafraîchir le visage, d’autant que j’ai toujours des traces de son sperme collé sur les joues, je me nettoie à l’eau clair avec plaisir.

Je me rince une troisième fois avant de couper le robinet d’eau chaude et de me regarder dans le miroir qui le surplombe.

— Alicia tu es là ?

C’est Steeve, il va certainement me congédier.

— Oui je sors dans une minute !

— Très bien prends ton temps.

Je recoiffe mes cheveux du bout des doigts avant de sortir.

— Salut, dis-je d’une voix faible.

— Excuse-moi de te sortir des toilettes, j’ai besoin de te parler, dit-il en plantant ses yeux inquiets dans les miens, tu vas bien ?

— Oui ça va, je t’écoute.

— Allons dans mon bureau, dit-il en me prenant la main pour m’entraîner à sa suite.

Nous entrons dans la pièce et je me dirige directement vers la chaise qui m’est destinée, je m’assieds et attend patiemment qu’il commence son récit en prenant garde à ne pas regarder le sofa des ébats…

— Bien, mon frère à un mauvais pressentiment envers toi s’est pourquoi je voudrais te mettre à l’essai pour une semaine, histoire de lui faire fermer sa grande bouche tu comprends ? Je suis sûr que tu es génial et j’ai besoin de toi sur ce coup, tu marches ?

Alors là, je ne m’y attendais pas du tout !

Pour le coup, c’est comme s’il me donnait l’autorisation de mettre Franck K.O. Je m’en réjouis d’avance.

— D’accord, avec grand plaisir, fais-je d’une voix pleine de malice.

— Tu sembles aller beaucoup mieux tout à coup, est-ce que tu étais dans cet état à cause de lui, fait-il inquiet.

— En quelque sorte oui, je commence par dire avant de dévoiler la vérité, j’ai entendu votre conversation à tous les deux, ces mots méchants…

— Ah ! Je comprends très bien, alors je n’ai rien de plus à te dire, tu sais ce que tu dois faire, conclut-il ironiquement en se levant de son siège, viens avec moi, je vais te raccompagner, je t’appellerais demain dans la soirée afin de te communiquer la date de ton emménagement ici pour la semaine.

— Comment ça je vais emménager ici ? Personne ne m’a informé de ça !

Je me plains, stressé à l’idée de devoir quitter l’appartement que j’ai pris avec Stacy, et surtout, qu’est-ce que je pourrais bien lui inventer cette fois comme histoire ? Des vacances ? Oui, pourquoi pas ?

— Franck ne t’a donc rien dit ?

— Non rien du tout !

Alors là, il commence à me taper sur les nerfs le petit Franck ! Il se joue de moi et ne m’informe de rien ? Son plan d’élimination était donc préparé à l’avance ? À l’évidence, il ne veut pas de moi ici contrairement à son frère, eh bien, je vais lui en donner moi de l’envie ! Et pas qu’un peu ! Ses allures de Bad boy ne m’impressionnent pas, au contraire…

Steeve serre les poings sous le poids de la colère et de l’énervement puis souffle un bon coup avant de reprendre :

— Je t’appelle demain ne t’inquiète pas je t’expliquerais tout, je n’ai pas trop le temps, là maintenant c’est pourquoi Franck devait s’y coller mais visiblement, il n’en a rien à foutre ce con !

J’acquiesce et le suis jusqu’à la porte d’entrée du manoir où m’attend le chauffeur de tout à l’heure qui a l’air d’avoir campé la pendant tout ce temps, d’ailleurs, quelle heure est-il ?

— Tu as l’heure s’il te plaît ?

— Il est 17 heures 24, répond-il en approchant son visage du mien pour me déposer un simple baiser sur la joue, à demain, prends soin de toi, s’en va-t-il en me faisant un clin d’œil.

Je le regarde tourner dans le couloir et souris bêtement en pensant au plan que je prépare dans ma tête. Je m’avance vers le chauffeur et regarde une dernière fois l’intérieur du manoir avant de sortir, qui sait, peut-être que demain, je n’aurais plus envie de revenir ?