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Épisode 5 : Lei e Lui, finale

Elle

Je me réveille lentement dans ce lit dont je ne me souviens plus du vide des premiers jours de mon séjour à Florence. J’entrevois son dos. Il dort paisiblement sur le flanc. Nous avons déjà partagé plusieurs aurores ensemble, avant qu’il rejoigne ses enfants à la salle du petit déjeuner.

Il s’agit pourtant d’une des dernières fois où nous serons côte à côte dans ce lit car nos séjours respectifs se terminent.

Nous n’en avons pas encore parlé.

Ce silence rend les moments partagés particulièrement précieux. Cette intensité me déstabilise comme si en face nous se dresse un “oui” affirmatif et intangible à la vie. J’aimerais qu’il ne vacille plus jamais et qu’avec mon amant, nous puissions le perpétuer encore longtemps.

Sa peau m’est déjà familière, sa courbe d’épaule et sa nuque aussi. Il se réveille toujours après moi, ce qui me donne l’occasion de soupirer au rythme de sa respiration profonde et sereine. Je dépose des baisers sur son dos, me plonge dans son odeur du matin et m’accapare sa peau : un mélange de douceur et de transpiration, de renfermé et de vivant. Je ne me lasserai jamais des réveils à deux et de ses premières rencontres de la journée.

Je le caresse du dos de ma main et suis les reliefs de sa colonne vertébrale. Il continue à dormir calmement. Ma main se retourne pour le caresser avec plus de franchise sur sa hanche et le long de son corps.

C’est irrésistible, je me rapproche de lui, ma poitrine contre son dos. Sa chaleur m’apaise. J’aime avoir des seins de femmes avec cette sensation d’être plaquée sur son dos. J’ai envie de palper son sexe, juste reconnaître cette partie intime de son corps. Elle est au repos, encore endormie.

Lui

Après avoir fait l’amour, nous nous sommes assoupis dans les bras de l’un et de l’autre. Elle plus vite que moi, et je me suis mis sur le côté pour m’endormir à mon tour. Le matin, encore somnolent, j’ai senti sa main sur mon sexe, douce et délicate : une marque de tendresse. Sentir le rebondi de ses seins dans mon dos a éveillé mes sens plus vite qu’à l’accoutumée.

La texture de son corps que j’imagine nu derrière moi, celui-là même que je visite depuis plusieurs jours, m’émeut et me donne envie de deviner dans ses yeux son humeur du matin dans lequel je verrai ma journée commencer. Je me retourne face à elle et découvre la lumière qui se reflète dans ses pupilles et se répand sur la courbe de sa hanche. J’ai envie de suivre ce soleil qui la caresse, d’être à sa place, sur ce corps, imprégné de rencontres imperceptibles entre la peau et l’astre incandescent.

En me plaçant entre ses jambes, j’y attache mon regard que je parcoure de son pieds moelleux, au galbe du mollet par l’articulation de la cheville, mobile et souple à souhait vers ses cuisses, musclées qui d’habitude la soutiennent pour découvrir sa vulve rosée et légèrement humide. Son odeur apparaît. Le tout comme un fruit à savourer lentement jusqu’à ce qu’il gonfle de joie d’être goûté et mûri à ma gourmandise.

J’aspire légèrement son bouton qui se découvre de plus en plus, tout en laissant mon doigt glisser en elle et explorer son intériorité. Je la sens se cambrer et respirer profondément par la bouche. Ma langue prolonge ses lèvres, et entre elles, accompagnant le mouvement de va-et-vient de mes doigts. Son sexe est mielleux et n’est plus qu’une invitation à être aimé sans retenue. Qu’y a-t-il de plus beau ?

Elle

Sa tête entre mes jambes, sa langue goulue dans mon intimité, je suis submergée par la franchise de ses caresses. La vie en moi surmonte toutes mes mélancolies : les vagues de son désir me porte au loin. Je me cambre et m’ouvre de plus en plus en attrapant mes seins que je malaxe légèrement. Un gémissement sans son s’échappe de ma gorge rendue silencieuse.

Il marque un temps d’arrêt, en me soulevant, je croise son regard vorace. Ses lèvres bâfrées de mes fluides brillent intensément. Ma bouche va à leur rencontre d’envie de goûter ce mélange de moi et de lui, porté de l’ourlet à ses commissures, pour ne pas en perdre la moindre saveur. Il reprend son souffle et se replonge dans mon sexe comme si j’étais à point, à point d’être dévorée.

Surprise par sa véhémence, mes yeux se détournent et ma tête bascule vers l’arrière : je me sens complètement prise par son plaisir. Mes seins, mon sexe, mes hanches, mon dos, et mes jambes où il se sert comme insatiable, mon corps tout entier est là avec lui.

Mes mains et ma bouche, ma peau vont à sa recherche : je me relève sur mes genoux face à lui. Je l’embrasse et, mon entrejambe brûlante, je me penche vers son érection pas encore tout à fait affirmée. Ma main la saisit doucement pour suivre des doigts l’extrémité gonflée, le petit orifice sur sa pointe, caresser la tension du frein et maintenir sa verge.

J’approche ma bouche tout en caressant le croisement de peau si délicate à sa base, son bassin émet un léger frémissement. Emue, ma langue fait le tour du repli de son gland , descend et remonte pour que ma bouche puisse capter son flux de sang. Toujours fascinant, il a complètement changé de forme.

Lui

Surpris par ses doigts délicats à la racine de mon sexe, je n’ai pas le temps de réaliser qu’il est dans sa bouche. Sa langue d’abord discrète s’est faite enveloppante. L’humidité et la prise en main se resserrent dans un mouvement de haut en bas. Ma main déposée sur l’arrière de sa tête, forme des vagues surfant sur son plaisir et sa curiosité. Les yeux fermés, elle se concentre pour explorer profondément cette zone sensible de mon corps. Parfois plus calme et concentrée, elle repart un peu par surprise par des gestes plus véhéments et dynamisés par son envie de moi.

Avant qu’elle ne reprenne son souffle, je me penche sur elle pour l’embrasser de pleine bouche, nos langues s’entremêlent vigoureusement.

Son corps s’allonge sur le lit, offert. Elle est magnifique, toute faite de chair animée par ses yeux ouverts qui m’observent, en suspension. Mon sexe se rapproche de sa vulve bien humide et glisse facilement dans son vagin. J’entre-aperçois un léger râle de plaisir pendant que je m’insuffle dans cette chaleur accueillante, mon sexe dans le sien.

Les genoux qu’elle remonte sur sa poitrine permettent un parfait ajustement de nos corps. Je me bascule au plus loin en elle. Je m’emballe dans cette douceur enivrante. Mon orgasme est en bonne voie. Et pourtant je ralentis le rythme et en profite pour poser ma bouche haletante sur la sienne. Elle referme ses yeux pour profiter de ce contact entre nos lèvres. Mon visage pris entre ses deux mains, elle sourit tout en m’embrassant.

Elle

Ses baisers passionnés m’étourdissent. Il se retire, j’ouvre les yeux pendant qu’il fait mouliner sa main de haut en bas. Je me retourne pour me positionner à quatre pattes, offerte et trempée. Mes fesses abaissées à sa hauteur, il entre en moi à nouveau. Je le sens au cœur de mon corps. De plus en plus grisée, ma vue s’embue et mes bras ont du mal à me soutenir. Les palpitations internes, prélude à ma jouissance, commencent à monter et à se répandre au-delà de la zone de frottement.

Elle arrive, cette sensation de fièvre que je ne peux plus contrôler. Je titube et râle avec force, alors que mon corps vibre de manière saccadée pendant ces quelques secondes qui paraissent interminables.

“Je viens” me dit-il dans un demi-souffle. Son sexe se tend à l’extrême pour tout de suite se détendre entre mes parois qui se mouillent encore plus par son fluide tiède que je sens couler en moi et, ressortir petit à petit. Sa respiration est lourde et vient du plus profond de sa poitrine. Après avoir marqué une pause, son sexe finit par se détacher de moi, complètement trempé. Il se couche sur le dos, repu. Je m’allonge à ses côtés, nos deux cœurs battant la chamade.

Lui

J’ai joui. Cela faisait longtemps que je n’avais plus joui aussi intensément. Ma tête me fait légèrement mal. Est-ce que je suis amoureux ? Difficile à dire. Par contre, cette tension de ce voyage en famille à Florence rend particulièrement bienvenue cette rencontre fortuite. Ces années à répéter les mêmes visites dans cette ville, comme un rituel qui m’échappe encore. Celui de ma mère qui doit retrouver un espoir d’une autre vie ou des souvenirs, qui sait. Mes enfants qui s’alourdissent dans ce silence. Alors que la Toscane et ses saveurs sont indubitables. Le flot de touristes peu inspirés et la répétition auront du mal à balayer cette magie.

Complètement détendu, je me surprends à apprécier ce moment suspendu avec son corps allongé à côté du mien en ce début de journée qui sera probablement chaude. Nos cœurs se sont alignés sur le mouvement cristallin des feuillages d’arbres que je vois briller par la fenêtre.

Florence ne sera plus jamais la même. Qu’importe si j’y retourne l’année prochaine, comme tous les ans, ce moment fait partie de l’histoire que je déroulerai dans cette pensione sans cachet et les Palazzi florentins. Quelque part, à chaque fois, je m’attendrai à revivre cette rencontre avec cette écrivaine mélancolique dont j’avais bien perçu le tempérament passionné. Nous nous reverrons nous ? Prolongerons-nous ce lien entre nous ? Je ne sais pas encore.

Elle

Avec lui à mes côtés, la vie est ce qui prime. La mort de mon ami s’est imprégnée dans mon âme et a trouvé sa place dans mes souvenirs. Je sens mon corps, dans toutes ses parties qui ne sont pas toujours sollicitées dans la vie quotidienne. Je me sens réelle. La sensation de perte d’une partie de moi s’est estompée pour laisser la place à un élan et une capacité renouvelée de prendre part à la vie des autres.

Le frôlement de la brise du matin sur mon corps adoucit le fond de l’air comme si la vie, même si celle-ci mène irrémédiablement à la mort, et par conséquent deuil et tristesse, est d’abord attachement, affection et rencontres. Sans eux, la mort ne serait pas un choc. C’est pour eux que nous vivons et pas juste notre monde et nos sensations qui se termineront avec nous. Par nature éphémères, ce que nous laisserons reposera par contre toujours vivant dans les autres.

Cette fois-ci, Florence a changé. Au-delà de son histoire, la mienne habite dorénavant aussi les entrailles de cette ville. Et chaque fois que j’irai dans ce haut lieu, j’attendrai que cela se passe : “Ti sto aspettando in Toscana"

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