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Épisode 1 : Pensione Michelangelo, Stanza 13

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    Durée : 08:54 min

    Pour ce premier épisode, elle vous raconte ses premiers plaisirs (solitaires) en Toscane pour se remettre du décès d'un être cher.

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Je dépose mon grand sac de voyage en cuir souple devant le comptoir en bois de la réception de la Pensione où j’avais réservé il y a quelques jours une chambre pour sept nuits. Un peu sur les hauteurs de Florence, au bout des champs en pente, je devine le haut du Duomo. L’Arno va me manquer avec ses reflets sur l’eau des couchés de soleil et l’amertume en bouche de mon Aperol Spritz bu à la paille.

La “Pensione Michelangelo” propose plusieurs chambres à prix raisonnable. Le terme “pensione” est un peu surfait car l’endroit ressemble plus à un petit hôtel sans beaucoup de charme avec des reproductions d’oeuvres de Michel-Ange suspendues au murs et dont l’éclat des cadres en plastique n’a pas résisté à la poussière accumulée. Elle a surtout le mérite d’avoir encore eu des chambres libres quand suite au décès de F.G., un ami de longue date qui a été mon premier éditeur, j’ai décidé de voir ailleurs si je n’y étais pas.

Notre relation avait toujours été forte et même un peu ambigüe. Etait-ce de l’amitié ? Surement, avec un peu de séduction. Je devais vendre mes récits et un peu de moi aussi. Je nous suis imaginé de nombreuses fois nous culbuter l’un et l’autre dans son bureau, sans bruit pour que personne puisse deviner nos ébats éphémères. Alors qu’en face de moi il m’expliquait scrupuleusement ce que je devais modifier dans mes textes pour qu’il les publie. Je me suis souvent demandée s’il ressentait aussi cette énergie sexuelle qui se dégageait de nous pendant ces moments. Il ne pouvait pas ne pas  la percevoir. Je sortais de nos entrevues souvent excitée, mon sexe humide. J’adorais cet érotisme larvé et non-abouti en perpétuel recommencement et qui alimentait mon écriture.

Jusqu’à la semaine passée. Son corps a été retrouvé par son jeune fils de 5 ans. Un suicide prévu de longue date avec un sac en plastique et une bouteille d’Hélium. Mon ami, pourquoi as-tu fait cela ? Ma douleur est immense. Une partie de ma vie t’appartient à jamais. Tout comme une partie de la tienne, est à moi. Celle-là je la conserverai comme un joyau. J’ai encore ta voix joviale à l’oreille. Tu as choisi de nous quitter car tu considérais peut-être que la vie aurait dû être plus belle. Ou que tu n’étais pas à sa hauteur, qui sait. Je me rappelle de la mélancolie que cachait tes rires éclatants. De ta confiance en moi. Et de ton optimisme, visiblement faillible dans le plus profond de ta chair.

Chambre 13, premier étage et troisième porte à droite

Signorina L.? Stanza 13, primo piano e terza porta a destra.” me dit le réceptionniste en me tendant le trousseau de clef qui m’accompagnera toute cette semaine. Je prononce un “Grazie Mille” enfoui et perdu dans ma tristesse. Ma connaissance de la langue italienne est pathétique. Autant je m’enflamme devant la poésie de Rilke en allemand, autant l’italien que je comprends plus ou moins est pour moi une langue tout à fait étrangère. Et pourtant ma manière de parler, avec emphases et les bras qui accompagnent mes paroles font souvent croire aux italiens eux-même que je suis des leurs.

C’est pour cette raison que je suis partie en Italie car je me retrouverai qu’avec moi, seule dans les magnifiques villes et paysages toscans que je ne me lasse pas d’admirer depuis des années en silence. Pendant ces quelques jours je vivrai de plaisirs solitaires à l’ombre des oliviers et des cyprès, de la renaissance italienne, d’une langue que je ne saisis pas, d’oeuvres d’art souvent saturées d’idolâtrie chrétienne et des excès de l’âge d’or florentin.

J’entre dans ce petit ascenseur un peu vieillot qui fait sursauter ses passagers à chaque départ et arrêt : un problème de freins probablement. Je croise le regard d’un homme accompagné de deux jeunes enfants qu’il a dû mal à contenir. Il est presque attendrissant avec cette manière maladroite de leur expliquer qu’il ne faut pas appuyer sur tous les boutons sans les gronder pour autant.

Au premier étage, je sors et rejoins ma chambre. Les volets italiens ne sont qu’à moitié ouverts pour la protéger du soleil et de la chaleur m’offrant une lumière ajourée : une intimité que je ne laisserai pas se percer. Je m’assieds sur le bord du lit et mets ma tête entre mes mains. Je respire profondément et sens cette fébrilité qui traverse mon corps.

C’est au coucher de soleil que les grillons chantent leur amour

Le soleil se couche franchement dans un éclat de couleurs que je voudrais garder. J’ouvre entièrement les volets et admire ce paysage en pente. Tout en douceur. J’entends les chants des grillons qui strient l’obscurité naissante et les enfants qui jouent à l’étage. Et un couple, un homme et une femme. Ils se parlent tendrement dans une langue que je ne connais pas. Ils ont dû laisser leur fenêtre ouverte. Les soupirs et gémissements se font plus insistants : ils doivent faire l’amour. Et moi qui les observe, seule. 

Je les imagine au bruit qu’ils font dans une position qui ne leur demande pas d’effort physique, comme le missionnaire, à se donner des baisers perdus par leur plaisir. Ils me donnent envie de me masturber comme une jeune adolescente qui découvre qu’il est possible d’avoir du plaisir en touchant ses parties intimes. Cela fait longtemps que je ne l’ai plus fait. Peut-être parce que j’ai cru qu’une femme expérimentée n’a plus besoin de ses pratiques un peu enfantines.

Je me déshabille complètement, me couche sur le dos, les jambes légèrement écartées avec les genoux pliés, tout en tendant une oreille coupable. Je me caresse les seins et descends dans mon entrejambe déjà humide. Avec mes doigts j’explore les lèvres de mon vagin et les pince légèrement pour retrouver l’endroit qui m’excite le plus. Je me les introduis et en tapote légèrement les parois. Il est ouvert, complètement ouvert.

Je me lève et vais vers la douche. En réglant la température de l’eau et l’intensité du jet, j’approche le pommeau de douche de mon sexe. Je le stimule d’abord aux alentours du clitoris et sentant l’orgasme venir je l’oriente vers le bas de mon ouverture près du périnée, à la croisée de mes deux lèvres. Et puis je remonte ma lèvre gauche et puis celle de droite. Ma vulve est devenue extrêmement sensible. L’orgasme est devenu inévitable. Un orgasme qui sera sans faute. L’eau se concentre maintenant à l’entrée de mon vagin, à la base du bas de ma lèvre gauche. Je jouis. Profondément. Bruyamment. Sur fond d’eau qui coule sur le carrelage. Je me sens toute petite en comparaison avec la force de mon plaisir.

Une fois le robinet d’eau fermé, je m’essuie le bas du corps et me couche sur le dos entre les draps un peu rèches, les jambes encore un peu écartées pour profiter des palpitations de mon sexe. Comme s’il battait la mesure de la vie qui est en moi. Petit à petit, mes jambes se referment et je sens le sommeil qui me gagne. Je me couche sur mon côté préféré qui est le même depuis que je suis nourrisson et me laisse bercer par le chant de séduction des grillons. Comme ces femmes nobles chinoises qui en gardaient près d’elles dans des cages dorées pour dormir tout leur saoul. Enveloppées de soie tirée de vers qui n’avaient pas encore éclos, morts avant d’être nés. Et qu’elles ont partagé plus tard avec l’Italie grâce à des routes commerciales. Toute cette soie porte en elle la jouissance de générations de femmes qui ont vécu l’extase et se sont assoupies au bruit de grillons.


(crédit photo : Frida Castelli Instagram)

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