Todo Cambia

Une saga de AnaisD - 5 épisode(s)

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Épisode 5 : Isa La Rouge

Isa fit des apparitions de plus en plus régulières, des prestations de plus en plus abouties. Rétrospectivement, Julien avait été effrayé de sa première incursion. Elle lui avait fait courir des risques qu’il n’était pas capable d’assumer. Si un voisin l’avait vue ? Et si sa mère était rentrée plus tôt et l’avait trouvée chez Marianne ? Et si elle y avait laissé du désordre, des traces de maquillage ? D’ailleurs ces dessous volés, froissés… sa sœur allait bien finir par s’en apercevoir ! Mais quoi qu’il fasse, après quelques jours d’absence, la liberté d’Isa lui manquait. Il fallait qu’elle revienne. Ce qu’elle fit.

Mais malgré les vêtements soyeux, les caresses et la découverte du plaisir, elle était en cage. Et il y a deux façons de négocier avec son emprisonnement. S’évader ou faire entrer l’interdit. La seconde méthode ne lui semblant pas réaliste, elle essaya d’abord la première. Et pour cela elle se fit passer pour Julien. Oui. Mais en quoi est-ce étonnant ?

Isa est l’expression des désirs enfouis de Julien -être quelqu’un d’autre, être une “femme” tel qu’il les voit, se livrer à des jeux qu’il ne s'autoriserait pas. Lorsque ces désirs deviennent trop forts, moyennant quelques jeux de vêtements, Isa surgit. Et la seule chose qui la chasse, qui ramène Julien aux commandes, c’est l’atteinte de l’orgasme. Pas le plaisir attention ! Elle peut rester des heures à caresser son cul ou à se donner de la joie avec un objet sans que Julien ne revienne. Mais qu’elle éjacule, qu’elle gicle sur ses cuisses, et passées les délicieuses répliques de l’orgasme, son jumeau revient avec sa honte et sa trouille.

Alors Isa, un jour qu’elle était aux commandes, a bien pris garde à garder le contrôle. Pour tout dire elle ne s’est quasiment pas caressée. Puis elle s’est… travestie en Julien. A l’extérieur seulement : t-shirt, jeans et baskets ! Pour les dessous, elle a choisi une culotte de soie rouge, assez large mais aux dentelles coquines, et des bas noirs à élastique. Sa cible était Thomas. Un doux. Trop doux pour cette époque de la vie où la compétition entre jeunes mâles demande de la morgue et de l’agressivité. Doux au point de souvent venir parler à Julien. Doux au point qu’ils sont parfois allés se mettre à l’écart pour se raconter des bouts de leurs vies. Doux au point qu’il regarde parfois Julien du coin de l’œil, quand il pense que celui-ci ne le voit pas. Doux au point de se faire lui aussi traiter de temps à autre de “petite pédale”. Ce jour-là, Isa retrouve Thomas et lui parle. Et Thomas sent bien quelque chose de différent chez son copain. Elle lui dit des choses nouvelles. Que parfois “il” préfèrerait être une fille. Qu’”il” se sent seul. Qu’”il” aimerait des bras qui l’entourent, des mains qui le caressent. Alors cet après-midi-là, dans le bosquet qui surplombe l’entrée du complexe sportif, dans la brise de ce début de printemps, Thomas va faire ce qu’il a toujours rêvé de faire. Il va embrasser celle qu’il croit être Julien. Maladroitement mais avec passion. Et Isa va goûter son premier baiser. Un baiser de garçon. Et ça va lui filer une décharge dans le ventre, dans le sexe et dans les reins qu’elle n’oubliera pas. Le rouge aux joues, elle va se lever pour lui fausser compagnie, pour ne pas rester près de ce corps qui la désire et que, déjà, elle désire aussi. Mais avant de partir elle va lui murmurer à l’oreille : “Chez moi, demain, à partir d’une heure. Sinon jamais !”, et s’en aller.

Isa venait de faire une découverte. Ou plutôt de confirmer quelque chose qu’elle savait déjà au fond d’elle-même. Elle n’avait jamais trouvé les garçons spécialement attirants. Comme Julien, elle aimait la douceur des traits des filles, leurs sourires, leurs silhouettes. Mais ce qui la chavirait, l’excitait au plus haut point, c’était de ressentir la fébrilité des mâles, la flamme dans leurs yeux, leur façon d’agir inconsidérément devant l’objet de leur convoitise, bref, leur soumission au désir. Et lors de ce baiser avec Thomas, tout cela était devenu limpide. C’était presque la fin de l’après-midi, il n’y avait donc plus qu’une nuit et une matinée à attendre. Environ vingt heures pendant lesquels elle comptait tenir bon et ne pas rendre sa place à l’autre timoré. Seulement voilà, outre l’orgasme, il y avait une seconde chose qui était capable de la chasser, une chose à laquelle elle n’avait pas pensé. Le sommeil.

Julien se leva en panique ce jeudi là quand, avant même d’ouvrir les yeux, il se rappela de la veille. Il sortit avec précipitation de son lit et sa panique redoubla quand il réalisa dans quelle tenue il était.

“La salope !”

Il se prépara sans prendre de petit déjeuner. Pas faim. Bon… comment allait-il rattraper le coup ? Il fallait qu’il parle à Thomas et il avait la matinée pour le faire. Il commença à imaginer ce qu’il pourrait lui dire.

Qu’il n’avait pas eu le contrôle de lui-même ?

Que c’était Isa qui lui avait parlé et l’avait… embrassé (il en eut un haut le cœur !) ?

Qu’il avait juste changé d’avis, voilà ! Ce serait la meilleure chose à dire.

Il prit le bus, prêt à affronter celui qu’il allait définitivement perdre comme ami. Seulement voilà… pas de Thomas ce matin-là. Pas l’ombre du garçon qui ne manquait jamais une journée. Il passa la pire matinée de sa vie. Quand il rentra vers onze heures dans la maison vide, ses tympans bourdonnaient, son cœur battait à tout rompre, il se sentait fiévreux et ses jambes le portaient à peine. Il prit une douche rapide qui le délassa et put enfin avaler un morceau et retrouver un peu de lucidité : après tout il n’avait qu’à verrouiller la porte et ne pas répondre. Rassuré, il commença à se détendre et se posant un moment sur son lit, glissa dans des limbes entre rêverie et sommeil. Détendu car ayant évacué son problème du moment, il s’abandonna...

Profitant de l’engourdissement de Julien, Isa se ressaisit. Midi dix ! Elle avait le temps. Sa toilette, sa coiffure et son maquillage, désormais exécutés de main experte, ne lui prirent qu’un quart d’heure. Puis elle ouvrit le placard aux merveilles, sachant précisément sur quels atours elle allait jeter son dévolu : cette courte robe rouge en dentelle, une culotte de voile noir transparente, et ces bas noirs, presque opaques, dont la jarretière élastique était ornée d’un fin ruban rouge sang noué sur l’extérieur de la cuisse. Son maquillage était un rien plus fort qu’à l’habitude, notamment sur sa bouche pour laquelle elle avait choisi un rouge en accord avec les teintes de feu du reste de sa tenue. Elle avait cédé à la tentation des escarpins auxquels, dans ses habitudes solitaires, elle préférait le confort de chaussures moins hautes, mais il fallait frapper fort.

Elle avait passé les dix minutes qu’il lui restait avant treize heures à guetter derrière le store du salon la venue de Thomas. Et c’était l’angoisse opposée à celle qui avait failli terrasser Julien qui l’avait saisie : s’il ne venait pas ? Cette pensée la démoralisait, bouchait l’horizon de ses désirs et sapait la construction qu’elle avait mise au point pour les satisfaire. Mais elle vit enfin sa silhouette mince, grande et hésitante pousser le portail et avancer vers l’entrée. Il était juste à l’heure ! Il sonna et elle parvint à laisser patienter sa proie encore quelques secondes qu’elle mit à profit pour reprendre le contrôle de sa respiration. Quand la porte pivota, elle se tenait dans la pénombre. Tous les volets étaient clos et les stores baissés plus qu’à moitié, de sorte que seule une lumière indirecte filtrait à l’intérieur. Il s’arrêta, saisi, et il fallut qu’elle lui tende la main pour qu’il s’avance. Elle verrouilla derrière lui et, sans le lâcher son poignet, l'entraîna dans le couloir frais et sombre…

Je pourrais vous narrer en détail comment se passa leur premier rendez-vous. Le feu qui s’empara de lui une fois la première surprise passée, la maladresse de leurs caresses, la brièveté de leur plaisir. Retenez que, cette-fois ci comme les suivantes (car il revint presque tous les jeudis), commença pour eux un apprentissage de l’attente, de la retenue, de la sublimation du désir et du plaisir, à un tel point qu’ils faillirent par deux fois oublier l’heure où leur carrosse allait redevenir citrouille. Isa avait demandé à Thomas de ne pas parler de ces moments à Julien, ce qu’il avait trouvé étrange mais qu’il respecta. Dès lors ils passaient la semaine à n’attendre que ce moment. Thomas ne parvenait plus à se concentrer sur rien, comptait les jours, et occupait ses nuits à se caresser, souvent plusieurs fois, en pensant à Isa. Elle, de son côté, gardait son désir quasiment intact afin de jouir à la fois de l’attente et du moment de délivrance. Elle devait pourtant céder, à une ou deux reprises chaque semaine, tant la tension était insupportable. Julien, pour sa part, laissait de plus en plus souvent la place à sa jumelle, franchissant ainsi une seconde étape dans le processus d’effacement qui devait aboutir à sa disparition totale, quelques années plus tard. Isa en profitait donc : elle jouait son rôle vis à vis de l’extérieur, mais pouvait se délecter de la proximité de Thomas pendant la journée, lui donnant parfois des signes qui ne trompaient pas et indiquaient à son jeune amant que c’était bien elle qui était aux commandes du corps de son ami.

Enfin l’été arriva. Leurs rencontres se firent plus fréquentes, quasi quotidiennes. La gamme de leurs plaisirs s’était étendue, leurs explorations se faisaient moins timorées au fur et à mesure qu’ielles désapprenaient certains dégoûts qu’on leur avait inculqués. L’exploration de leurs corps s’était libérée de tout sentiment d'obscénité. Aucune peau, aucune aire, aucun repli n’était tabou, toute partie du corps de l’un.e pouvait être touchée, goûtée, pétrie, par toute partie du corps de l’autre. Les combinaisons semblaient infinies. Ielles aimaient leurs salives et leurs spermes, aimaient la sensation de liberté animale que leur procuraient ces moments où ielles les répandaient sans contrainte, sur n’importe quelle partie de leur anatomie : ventre, cuisses, fesses, visage, et, directement ou après que la langue de l’un.e les ait recueillies sur le corps de l’autre, dans leurs bouches. Rencontre après rencontre, ielles étaient sur le point d’atteindre la limite de leurs explorations. Malgré les caresses toujours réinventées, une frustration persistait, un dernier abandon les appelait. Un saut auquel elle était prête sans oser en parler à Thomas. Un pas qu’il voulait faire mais pensait être trop grand pour qu’Isa accepte de le franchir. C’est elle qui fit bouger les lignes, par un soir d’été où elle se savait seule jusqu’à très tard. Un de ces soirs où la lumière s’attarde encore quand la douceur s’installe. Elle était en rouge une fois de plus, mais le rouge d’une robe d’été légère comme un foulard. Et assez assurée de la beauté de ses jambes pour les accepter nues, elle portait des chaussures d’été à haut talons, en toile rouge assortie à sa robe, dont les lanières nouaient sensuellement ses chevilles, donnant un galbe inédit à ses mollets. Elle avait les yeux soulignés d’un trait, la bouche à peine esquissée. Il la trouva plus belle que jamais.

Elle jetait en lui un trouble obsédant, tant son attirance première pour les garçons se trouvait à la fois confirmée et désavouée par cet être qui se promenait à la frontière des deux genres. Il oscillait ainsi du doute au désir à chacun de leurs rendez-vous : il se persuadait à chaque fois qu’il la quittait que la féminité d’Isa ne susciterait plus son désir, mais à la rencontre suivante c’était justement cela qui le rendait fou. Et si Julien avait pris la place d’Isa, il n’était pas persuadé qu’il l’aurait tant désiré. Mais enfin, lui qui avait mis un certain temps à se faire à l’idée qu’il était gay, voilà qu’il n’était plus vraiment sûr de rien. C’était rageant !

Elle lui fit traverser la maison et passer au jardin, ceint d’une haute clôture qui les protégeait de tout regard voisin. Elle joua avec lui, de lui, de son attente dans la banalité d’un moment passé à boire des rafraîchissements à la table de jardin. Puis elle le pris par la main pour l’entraîner vers l’angle où trônaient les deux abricotiers dont plus personne ne cueillait les fruits, qui pourrissaient doucement, retournant à la terre en dégageant cette odeur âcre et doucereuse, acide et sucrée qu’il y a quelque temps encore elle aurait détestée. Car depuis ces assauts entre eux, depuis leurs abordages fragiles, les duels entre leurs corps nouvellement affranchis, sa perception des odeurs et des saveurs avait changé. Elle se délectait maintenant des senteurs difficiles, des arômes qui résistaient et présentaient d’abord des fragrances ingrates, contraires au goût commun, avant de révéler leur complexion vivante, loin des standards fades.

Les pieds s’enfonçant un peu dans l’humus souple et aéré, elle va jusqu’à l’arbre et s’y adosse. Il plaque ses mains au tronc de part et d’autre de son visage et l’embrasse avec tendresse et lenteur, à lèvres fureteuses, impatientes, qu’il dompte pour ne pas les laisser prendre le contrôle de son désir. Comme souvent c’est elle qui met plus de rythme, plus d’ardeur dans leur échange, et donne carte blanche à sa langue qui du registre du tendre les entraîne vers celui de la passion. Leurs bouches se happent et il ne tarde pas à s’enflammer, à caresser ces jambes douces, à remonter sous sa robe à la conquête de ses cuisses blanches, étonnamment fraîches malgré la moiteur de l’air. Quand il atteint le coton blanc à la coupe sage, il caresse un moment le sexe d’Isa au travers du tissus, du bout des doigts, se délectant de chaque battement de cœur qui le fait imperceptiblement s’épanouir. Déjà leurs souffles sont courts. Avide, il tombe à genoux comme un soldat tombe au front, et de ses mains trousse la robe. Comme une voile sous le vent, la culotte d’Isa est gonflée par son érection et elle s’échancre largement. Du pouce il l’écarte. Le sexe de son amie se libère, et se dresse devant lui, petit serpent arqué, comme prêt à frapper pour défendre sa couvée, et de sa tête carmine, légèrement incurvée vers le bas, il semble viser Thomas entre les yeux. Sa bouche devient fontaine. Il saisit, trempe, goûte, tour à tour happe puis libère le petit aspic téméraire et ses protégées, ces prunes claires, ces coques nacrées dans leur nid de chair rose. Isa, qui a posé ses mains dans les cheveux de Thomas, le repousse soudain. Il a un instant de panique, la croyant lassée. Elle se retourne, colle son ventre au tronc et cambre les reins, amenant la courbure de son cul, plutôt étroit mais rebondi, devant le nez de son amant. Il pose doucement une main sur chaque fesse, dans une caresse qui devient massage, puis les pétrit plus franchement, ses pouces à chaque ondulation les écartant un peu plus, jusqu’à ce qu’il n’y tienne plus. Il a souvent joué à ce jeu dans leurs ébats d’après-midi, dans ces jeudis consacrés à l’étude de leur matière favorite. Mais jusqu’ici il a toujours écourté ces élans trop tentants qui en appelaient d’autres. Là, il plonge…

D’abord, le bout de sa langue parcourt le sillon brun du périnée d’Isa, puis en remontant glisse avec volupté vers le creux rose vif et irisé, au goût insensé de musc et d’interdit. Il répète cela à plusieurs reprises (trois, quatre ou quinze, qui sait ?). Puis il ne peut plus se résigner à se séparer de cette douceur qui s’attendrit et devient plus souple à chaque passage qu’y fait sa langue en cercles enveloppants. D’abord silencieuse, son exploration émet maintenant de petits bruits humides, claquements trempes, aspirations gourmandes, tandis que sa maîtresse soupire profondément, roule des hanches, attisant l’incendie. Après de longues minutes de ce délice, les soupirs d’Isa deviennent petits gémissements. Soudain elle attrape à l’aveuglette son amant par les cheveux et sans ménagement, lui intime de se lever. Le regard fou et la bouche trempe, il s’exécute. Elle a tourné son regard vers lui, toujours cambrée, et sans un son, elle articule lentement les deux mots pour que son amant les lise sans peine sur ses lèvres : un verbe à l’impératif obscène suivi du pronom le plus personnel qui soit. Thomas a l’impression de flotter dans de la ouate. Tout semble durer de longues minutes :

il porte son regard sur la croupe d’Isa qui d’une main tient sa robe soulevée

il voit la culotte si trempée que son élastique distendu contourne la rondeur de sa fesse

il baisse les yeux sur le sillon qu’il vient de savourer sans retenue

il défait les quatre boutons de son jean

il fait passer l’élastique de son caleçon sous sa bourse

et sans ménagement,

comme si toute douceur et toute mesure l’avaient quitté,

il vient pousser, maladroitement et avec force, son gland contre l’orifice détrempé et souple d’Isa qui pousse un cri bref et sec.

Il ne semble pas l’entendre, pose une main sur sa hanche, l’autre sur son épaule, et s’enfonce en elle avec un mélange de délectation et... de panique.

C’est brutal. Douloureux même, putain mais quel idiot ! Et c’est…

...c’est d’abord la caresse, à la fois dure et mate de la tension qu’exerce la largeur de la queue de Thomas sur son orifice quand il s’enfonce. Ce glissement d’archet vibre en elle, monte en elle, dans ses reins et ses os. S’ensuit la pression dans son ventre, qui frise la douleur elle aussi, avant que la sensation de plein la ravisse à l’extase. Elle se sent comblée au sens le plus littéral. Puis, le mouvement inverse la surprend. A chaque millimètre que parcourt son amant dans son mouvement de retrait, la traction exercée sur son anus la crucifie, lui donne le sentiment de ne plus s’appartenir. De ne plus être que la chose, l’objet de ce sexe. Le rythme s’installant elle se laisse aller à l’alternance de cette valse à trois temps dans laquelle le temps d’ailleurs s’efface. Ensuite, Thomas veut l’attirer à elle, se rapprocher de son dos. Elle se relève donc un peu, se redresse tout en accentuant la cambrure de ses reins pour qu’il reste bien en elle et là…

A chaque mouvement de reins, la tête ronde du sexe de Thomas vient heurter doucement la face avant de son ventre, et longe, en les comprimant fermement, les tissus situés juste en dessous de la grappe de son propre sexe, partie de son corps dont elle ne connaît pas encore le nom. Ce réseau de nerfs semble être la racine, la partie immergée de son sexe et de sa bourse. D’une sensibilité inimaginable, ils y sont connectés et les pressions successives à cet endroit font monter une nouvelle vibration en elle, sensation qui se superpose aux trois autres : une gerbe de d’étincelles de jouissance qui semble vouloir lui sortir du ventre, entre sa queue et ses bourses, presque aussi forte qu’un orgasme, qui se renouvelle à chaque coup mat. Les yeux écarquillés, la bouche ouverte de surprise, elle s’entend à chaque coup, et sans pouvoir le contrôler, lâcher un minuscule son en même temps qu’elle exhale un bref souffle d’air. Dire qu’elle ne croit pas à ce qu’elle sent est un euphémisme : elle ne conçoit même pas que cette sensation soit possible. Elle rêve. Elle va se réveiller. Après avoir oublié le temps, elle perd toute notion d’espace et comme pour l’illustrer avec ironie, son propre sexe, aiguille folle d’une boussole qui aurait perdu le nord, bat, balance et oscille, frappe son ventre, le haut de ses cuisses…

les reins de Thomas accélèrent leur mouvement et...

la vague montante du frottement sur l'orifice de son cul distendu,

la percussion magique sous le buisson de son sexe,

la sensation d’être pleine de son amant entier,

la crucifixion du retrait,

s’accélèrent

au point

que l’une n’est pas encore effacée

quand la suivante arrive.

Isa est rouge,

Rouge est sa robe sang

Rouge est son cul battu par le bassin de Thomas,

Rouge est le feu des suaves brûlures en elle

Et de ses entrailles monte un cri rouge

Quand, rouge, son méat répand,

de petits éclairs blancs.

En tous sens,

Sur sa cuisse blanche,

Sur le sol et les feuilles odorantes,

Sur sa robe et son ventre.

Indifférente à Thomas, à l’heure, au soleil qui descend, au reste du monde, elle descend au sol et se recroqueville, seule.

Tout ce qu’elle sait, c’est que cet instant renfermait plus de vie que toutes les années vécues depuis sa naissance.


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