Todo Cambia

Une saga de AnaisD - 5 épisode(s)

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Épisode 2 : Les trésors de Marianne

Comme s’il s’agissait de l’ultime salle secrète d’un palais de conte oriental, Julien se glisse dans la chambre de sa sœur à pas feutrés, le cœur battant. C’est la première fois qu’il y vient seul et il ignore si son forfait sera récompensé. La maison est déserte en ce jeudi après-midi et après une douche lui est venue l’idée de convoiter les richesses que cette antre mystérieuse pourrait abriter.

Il n’allume pas la lumière : les volets entrecroisés laissent passer des rayons obliques qui jettent une aura dorée sur le couvre lit de coton et les quelques antiques peluches qui y trônent. Les photos de Marianne avec ses copines dans des cadres aux couleurs pastels et les posters de magazines de fans - eux aussi d’un autre temps- finissent de donner une touche girly à cette chambre, qui contraste nettement avec la jeune femme sérieuse et affairée que sa sœur est devenue en bien peu de temps. L’odeur de lavande, déjà présente dans la pièce, caresse son visage lorsqu’il tire sur les poignées de la double porte du grand placard mural. De ce temple de l’intime comme à l’abandon, il s'apprête à découvrir les ultimes mystères.

D’abord, alignés sur leurs cintres, mis à part les manteaux et les vestes, il y a les vêtements qu’il reconnaît pour la plupart, certains ayant déjà attiré sa convoitise : chemisiers de coton ou de soie aux motifs chamarrés ; bustiers ornés de dentelles innocentes ou provocantes ; sages et amples jupes de lin blanc ou jupettes plissées et friponnes tombant à mi-cuisses ; pulls de mohair aux airs de duvet ; robes d’été imprimées et bigarrées, sans doute pas plus lourdes sur la peau qu’un souffle de vent... Sur une étagère se tiennent serrés l’un contre l’autre des oiseaux de satin qui semblent s’être réfugiés là pour échapper à leur prédateur. Douillets et confortables ou au contraire coquins et sophistiqués, qu’ils soient de coton uni ou de soie aux couleurs pastels, ces caracos, bodys et nuisettes exercent sur Julien une attraction égale. La plupart sont d’aspect sage mais ne l’émeuvent pas moins : sa quête n’est pas tant celle de l’outrance et de la provocation que de l’intime et du doux.

Au sol, sagement alignées, parfois hautes, vernies et tape-à-l’œil ou plus cools et passe-partout, escarpins, ballerines, bottines ou sandales à talon arborant une enviable lanière de cheville donnent à cet intérieur une suave et chaude odeur de cuir.

Puis vient le moment de faire glisser le premier tiroir qui s’ouvre sans bruit, comme dans un rêve, et c’est comme si la lumière envahissait la pièce ! Blotties tout à gauche, pliées comme de petits billets intimes et tendres, certaines plus fines qu’un voile, d’autres tel un étroit bandeau de dentelle, l’une noire, l’autre pivoine, celle-ci de coton bleu ciel sage, celle-là rouge, échancrée et ouvertement sexy, que leurs noms soient culotte, slip, brésilien ou string, elles l’invitent toutes à les passer, à sentir leur tissu glisser de ses pieds à sa cuisse, puis à venir se poser sur ses hanches et caresser ses fesses. A leurs côtés, les petits soutien-gorges assortis, bien qu’aussi émouvants au premier regard, l’agacent en lui rappelant la platitude de sa poitrine, mais sa déception est courte car, appartenant aux mêmes parures que des dessous déjà entrevus, deux porte-jarretelles, l’un de satin blanc orné d’une broderie bleue, l’autre de voile noir dentelé, les accompagnent et lui ouvrent la perspective d’autres richesses à découvrir.

Toujours dans ce tiroir, un carton à chaussures dont il fait glisser le couvercle lui révèle les pièces les plus précieuses de cette antre aux trésors. Opaques ou transparents, en voile ou en mousse, couleur chair claire ou sombre, noir sexy, rouge brûlant, blanc sage ou rose bonbon, unis, à couture, rayés, tressés de résille fine ou ornés de discrets papillons brodés, des collants par dizaines, enroulés en pelote, nichent dans une tiédeur douillette. Au dessous, tapis et repliés tel un billet secret recelant quelque révélation dernière, attendant sa main tremblante, de fragiles paires de bas reposent sur une guêpière noire rehaussée d’une fine bordure de dentelle carmin.

Enfin, pinces ou épingles à cheveux, broches, bracelets, bagues, colliers, boucles d’oreilles cheap, à clip ou à épingle, accessoires de maquillage souvent dépareillés, froufrous, jarretières, rubans, nœuds et autres accessoires mystérieux de toutes les matières et de toutes les couleurs emplissent une dernière boîte plus large dans laquelle ils ne semblent attendre que lui pour retrouver une seconde une vie.

Devant l’horizon qui s’ouvre à lui, Julien, l’esprit en ébullition, oublie de respirer pendant de longues secondes. Cette exploration fut un pas de plus vers le moment où tout allait basculer, vers le grand chambardement, qui restait encore à venir et dont il n’avait même pas idée.


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