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Épisode 3 : Tous voiles dedans

D’abord il se consacra à ses préférées : ses jambes. Il choisit des collants de plusieurs teintes, les essaya. Pour se mirer, pour s’admirer. Mais aussi pour se désirer, se caresser. Chaque soir, il emportait sous son oreiller quelques pièces de tissus et la nuit venue, il prolongeait le plaisir en s’endormant avec la sensation de caresse qu’elles lui procuraient. Il passait dans la salle de bains les longues heures de ces jeudis après-midi où la maison lui appartenait. Il apprit à replier son sexe entre ses cuisses, se donnant ainsi l’illusion de la féminité dans la glace. Le frémissement de la mousse ou du voile, jambe contre jambe, la façon dont le textile filtrait et transformait la caresse de ses doigts sur sa peau, parvenaient à l’exciter au plus haut point. Il compléta sa panoplie avec les chaussures à lanière bleues dont le talon modeste suffisait à donner un galbe élégant à sa jambe.

Il apprit à faire durer l’attente. Parfois, à genoux et les cuisses serrées, il se délectait de la tension que le seul fait d’osciller du cul créait sur son sexe replié. Il atteignait presque l’orgasme ainsi. Il terminait le plus souvent sa session assis face à la glace, admirant ses cuisses ouvertes, la cambrure que les chaussures imposaient à ses pieds. Replié et maintenu par la maille des collants, son sexe progressait lentement sous l’effet de l’excitation , si bien que son gland parvenait au sillon de ses fesses. Là, la main posée sur son pubis, ses doigts pressaient et relâchaient la base de sa queue, qui glissait et revenait jusqu’à ce qu’il n’en puisse plus, et souille, en deux ou trois saccades libératrices, son cul tendrement emprisonné dans la maille.

Mais cela ne lui suffisait pas. Il se mit à compléter sa tenue. C’était parfois juste une nuisette, un caraco ou un chemisier et une ceinture qui marquait sa taille, une jupe… Il passait maintenant plus de temps en perfectionnement de son apparence qu’en caresses, même s’il terminait la plupart du temps par celles-ci. Il avait gardé les cheveux assez longs, attachés, aussi il les libérait et les coiffait afin qu’ils encadrent son visage. Il se mit à prendre soin de ses jambes, se rasant d’abord, puis appris progressivement à s’épiler. Son visage n’était heureusement pas très fourni de ce côté là mais la cire lui tira quelques larmes. Il avait même cessé de se ronger les ongles Il franchit une nouvelle étape quand il passa aux bras, qu’il n’avait pourtant pas très velus, et au torse. Bientôt, seul un petit buisson clair subsistait sur son pubis. Il mit aussi un soin particulier au maquillage. D’abord maladroit, il se perfectionna avec méthode, allégeant le fond de teint jusqu’à n’en garder que le strict nécessaire, préférant l’accentuation à l'exagération, que ce soit pour la couleur des lèvres ou l’épaisseur des cils.

Puis vint ce jour. Le jour.

C’était lors d’une de ces après-midi de solitude qu’il avait consacrée entièrement à mettre en application ce qu’il avait appris. Il ne savait pas encore jusqu’où cela l’entraînerait. Il dégagea son visage, le nettoya et lui appliqua un fond de teint clair. Il éclaircit à peine ses pommettes d’un peu de poudre et gomma quelques boutons. Un trait de liner aux yeux, un autre de crayon clair en dessous suffirent à rehausser les contours de ses yeux. Il éclaira sa paupière d’une touche dorée et ne souhaitant pas épaissir ses cils, ne leur appliqua qu’une fine couche de mascara. Il traça le contour de ses lèvres sans tricher, appliqua ce rouge à lèvres carmin lumineux qu’il adorait, puis fondit du bout de l’auriculaire les teintes du crayon et du rouge.

Ses cheveux atteignaient maintenant le milieu de son dos. Ils avaient tendance à lui tomber un peu sur le front. Une simple pince les retint tout en séparant leur masse de façon légèrement asymétrique, les laissant retomber sur ses épaules. Leur ondulation naturelle avait du charme. Ses ongles, enfin, soigneusement entretenus depuis des semaines, ne reçurent qu’un discret vernis à peine teinté.

Il glissa ses jambes lisses dans des collants de maille couleur chair, et y lova son sexe comme à son habitude. Pas de culotte. Il passa la courte robe de velours noir qu’il avait dérobée chez sa sœur. Comme la plupart des vêtements de Marianne, elle était un peu trop large pour lui mais celle-ci ne présentait cet inconvénient qu’aux épaules, et il trouvait assez sexy la façon dont cela les mettait en valeur. Il choisit des boucles à clip discrètes, un collier de trois rangs de perles, et une paire de petites chaussures à talons ouvertes.

Cela se produisit alors qu’il finissait d’ajuster sa tenue. Il avait passé son temps à se concentrer sur des détails, sur chaque partie de sa transformation. Il venait de réajuster sa chaussure, ajustait ses bas, et n’était pas encore prêt à voir le résultat de ses efforts. Ses cheveux étaient tombés devant ses yeux aussi en se relevant, il donna un bref coup de tête vers l’arrière pour les remettre en place. Et il se vit entièrement. Non. Il LA vit entièrement.

Le désordre mis à sa chevelure était comme une touche finale qui lui avait donné vie en jetant quelques mèches folles sur son front et ses joues, mettant en valeur tout le travail de transformation accompli. Il ne lui manquait qu’un peu de poitrine. Ses fesses, bien qu’étroites, avaient une rondeur bien marquée. Sa taille et son bassin étaient aussi féminins que chez d’autres filles aussi minces. Elle se tenait droite, les épaules légèrement en arrière, quand la timidité de Julien avait tendance à les lui faire rentrer et arrondir le dos. Elle avait le regard clair, calme et assuré, contrairement à son jumeau hésitant et inquiet. Surtout, elle avait aux lèvres un sourire affirmé, une moue de satisfaction qui semblait dire : “Ca y est, je suis là… enfin !”.

Julien s’était souvent cherché un prénom pour s’appeler dans l’intimité, lors de ses séances de jeu. Il n’en avait jamais trouvé. Trop familier, trop connoté, aucun ne lui convenait. Quand il eut cette pensée, elle accentua son sourire. Il lui sembla que ce sourire lui était destiné… à lui !

Les mots résonnèrent sur les murs de la salle de bains comme la touche finale d’une incantation, le point d’orgue d’un rituel qui allait la consacrer, elle, et le reléguer lui à l’oubli, et quand il les entendit, appuyés d’un clin d’œil en guise de touche finale au sortilège, il disparut entièrement pour laisser place à sa troublante jumelle : “Salut ! moi c’est Isa !”.