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Tu sucerais qui?

Souvenir d’un soir d'hiver

Souvenir d’un soir d'hiver, lors d'une fête d’anniversaire chez un camarade... « Music » qui résonne dans la chaîne hi-fi... et Jérém, une énième bière à la main, la cigarette dans l’autre, qui vient me parler, l'une des rares fois en trois ans…

Jérém c’est The bogoss, capitaine de l’équipe de rugby, gaulé comme un dieu et sexy à émoustiller une statue de marbre, celui qui a la réputation de s’être tapé la moitié des nanas du lycée, celui qui me fait bander et fantasmer grave depuis le premier jour du lycée… celui qui occupe toutes mes pensées depuis…

« Tu t'amuses ? » me lance-t-il.

« Oui, ça va... » je réponds, intimidé par sa proximité et mal à l'aise avec son alcoolémie avancée…

Il est torché grave… je le vois à sa façon de se tenir, titubante… je le sens à son haleine alcoolisée (odeur qui ne m’est pas désagréable en soi… tout comme l’odeur de la cigarette, faisant émerger en moi une très fort envie de goûter ces saveurs directement aux lèvres de celui qui les dégage…)… Jérém est à 3 grammes au moins… je le sens à son souffle haletant, au son de sa voix, une voix tremblante, comme raillée, laissant deviner une conscience altérée où certaines barrières et certaines inhibitions de langage sont prêtes à sauter… j’ai un peu peur de ce qu’il pourrait me sortir…

« Tu mates qui ce soir ? » me balance-t-il à brûle pourpoint.

« Comment ça ? » je fais l'innocent, alors je me suis fait chier pendant toute la soirée et que mon activité principale a été de mater les deux bogoss de la soirée, à savoir, Jérém lui-même, et son pote Julien.

« Je t'ai vu... tu mates Julien... » assène-t-il plutôt sèchement.

Putain, il a vu ça... c'est que je ne suis pas assez discret, et que ça se voit...

« Arrête de raconter n'importe quoi, t'as trop bu... » je tente de me défendre, alors que j’ai envie de lui dire que des deux, c’est lui que j’ai maté le plus, et de loin...

« Tu le kif ? » il insiste, l'alcool pas vraiment méchant mais quand même bien relou « t'as vu comme il est gaulé ce mec ? Il est plus musclé que moi... regarde ses bras... ses épaules... ses pecs... il est mignon, n'est-ce pas... je veux dire... toi tu dois le trouver mignon... enfin… je sais que les filles le trouvent mignon… ».

Son délire me met super mal à l’aise. Pourtant, il y a quelque chose de profondément touchant dans le fait de déceler une petite faiblesse, une jalousie, un petit complexe chez un mec d’habitude si sûr de lui… ce sont des petits miracles qui se produisent parfois lors de soirées bien alcoolisées… bien souvent, une petite faiblesse, ou une ambivalence cachée, viennent rendre un charme comme le sien un peu plus humain…

Et lorsqu’on a la chance d’assister à cela… un ti con qui doute, sexytude et fragilité qui se mélangent... c'est la nitro et la glycérine qui se rencontrent… à un moment, ça fait boom... ça fait grave boom... dans ma tête, dans ma poitrine... boooooom !

Je ne sais plus où j’habite... envie de le câliner, de lui donner du plaisir, encore le câliner, et lui donner du plaisir… je ne saurais même pas par où commencer…

Envie de le rassurer… oui, Julien est peut-être un brin plus musclé que toi… mais toi… toi t’as un physique de dingue, aux proportions parfaites, une gueule d’enfer et un charme de fou, ce regard brun et sexy que lui il n’a pas… bien sur il est attirant… mais toi… toi t’es juste aveuglant… t’es bien plus charmant et charismatique que lui… la preuve en est que c’est toi le mec le plus populaire du lycée…

Julien n’est qu’un moyen d’occuper mon regard lors d’une soirée morose… mais toi, Jérém, tu es la plus belle « chose » que je n’ai jamais vue… the most beautiful boy in the world…

Je voudrais savoir te dire, tout simplement : Tu es juste le mec le plus canon que je connaisse…

Ce sont les mots qui me viendront, comme une évidente, un peu plus tard dans la soirée… chez moi ! Question timing, je n’ai jamais été bon…

« Entre moi et Juju… » je l’entends bafouiller pendant que je cherche les mots qui ne viendront que trop tard « si tu étais une meuf… je veux dire… ».

Il fait une pause, il respire, ses pensées tentent de se dégager du brouillard épais dans sa tête, d’émerger au travers des vapeurs alcoolisées qui embrouillent et à la fois libèrent son esprit…

« Mais je suis un mec… » je me défends, sans bien savoir ou il veut en venir, mais craignant un peu la suite.

« Mais si t’étais une meuf… » il insiste, avant d’enchaîner avec le débit de parole lent d’un mec qui décuve debout « entre lui et… moi… ».

Je ne sais pas où il veut en venir… ou plutôt je ne veux pas savoir où il veut en venir… je suis grave mal à l’aise, alors je tente de l’ignorer en espérant qu’il arrête ses conneries.

J’évite de le regarder, mais je sens sa présence à travers l’odeur de la fumée qu’il expire… je sens son regard sur moi… perçant… désinhibé…

Manœuvre inutile, le bogoss alcoolisé ne lâche pas l’affaire.

« Je te cause… » il revient à la charge, tout en claquant la paume de sa main sur mon épaule.

« Quoi ? » je réagis, feignant d’être agacé, alors que ce petit contact avec sa main, même si filtré par mon pull, me fait un effet de fou.

« Entre moi et Juju… tu sucerais qui ? » finit-il par lâcher, comme une gifle.

Ses mots claquent dans ma tête comme un coup de fusil… je n’ose pas le regarder… je réalise tout juste ce que je viens d’entendre… j’ai chaud… j’ai envie de partir loin, très loin… dans ma tête, la réponse est claire, pourtant inavouable…

« T’as déjà vu une queue ? » me balance-t-il sans transition…

Heureusement, l’air de « Joyeux anniversaire » retentit dans le grand salon… un gâteau apparaît et j’en profite pour me tirer de cette situation troublante.

Ce petit échange avec le beau brun m’a bien secoué, j’en tremble… j’ai les jambes en coton, j’étouffe… j’ai la tête qui tourne…

Je ne tarde pas à rentrer…

Dans mon lit, je me branle en regrettant de ne pas avoir trouvé sur le moment le bon mot pour flatter son ego de mâle, en livrant tout simplement mon ressenti… je me branle pour faire taire la frustration que je ressens face à mon incapacité à saisir sa provoc’ et à lui dire clairement que bien évidemment, c’est lui que je voudrais sucer… qui sait… peut-être que Jérém est le genre de mec qu’après trois bières n’est plus si hétéro pur et dur que ça…

Lorsque je jouis, une grande partie de mon trouble disparaît… dans mon esprit, ces mots de Jérém qui m’ont tant secoué sur le moment, atterrissent à part égales sur le compte de l’alcool et sur celui d’une moquerie de mauvais goût… je me dis qu’il avait bu et qu’il a voulu se foutre de ma gueule… me mettre mal à l’aise… se payer ma tête… quel ptit con… mais quel ptit con sexy…

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