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Épisode 8 : Couleurs (3) : Rouge

« Rouge : du vin, la perte de contrôle »

Mes doigts effleurent les touches du clavier. Un accord un peu dissonant qui ne se résout, le même motif repris une fois encore mais avec juste « une » note qui change. Quand j’ai commencé de composer cela, je voulais donner une impression d’incohérence…

Premier verre de vin

Les remords sont vains

Un début d’ivresse

Un rien de paresse

De ma langue qu’il caresse

J’ai autant pensé à ce qui se passe dans ma tête quand j’ai un peu bu qu’à ces fois où j’ai rejoint ce monsieur qui devrait être arrivé pour m’écouter et qui n’est toujours pas là. Paradoxalement, je suis déçue mais un peu soulagée de son absence. C’est vrai : lui aussi, il m’intimide et pour lui aussi, je voudrais être parfaite. Bien sûr, avec le temps, on a appris à se connaître mieux, je lui ai fait des confidences très personnelles et jamais, au grand jamais, je ne me suis sentie jugée. Juste écoutée, pas condamnée.

Non, je ne finirai pas

Cette bouteille, promis

Ce doux breuvage à la robe grenat

Tu ne m’entendras pas

Confuse et maladroite

Te livrer les méandres de mon esprit

Les verres qu’on s’était enfilés, ce monsieur et moi, ne nous sont pas montés à la tête, juste rendus un peu moins timides l’un vis-à-vis de l’autre. On ne s’est jamais touchés, du moins physiquement. Par contre, je pense qu’intellectuellement, il y a une véritable complicité entre nous. Beaucoup de respect, de la gentillesse, de la sincérité. Notre relation me plait vraiment. Mais où reste- t- il ? S’il avait changé d’avis ou qu’il se soit trouvé dans l’impossibilité de venir, il m’en aurait prévenue tout de même.

J’anticipe déjà les railleries de mon mari « ah, tu vois, ton cher S. qui allait venir. Tu ne peux vraiment pas compter sur tes amis.. C’est moche, non ? »

Deuxième verre

Joyeusement divin

Un peu d’angoisse

Peur de l’audace

De mes mots

Qui s’échappent

Non, je ne finirai pas

Cette bouteille, promis

Ce doux breuvage à la robe grenat

Et même si mes idées

Vagabondent fières et libres

Je ne crains pas le danger

Ni le fait d’être ivre

J’imagine qu’il est là, à m’écouter, religieusement. Nous ne nous sommes jamais beaucoup vus, réellement. Il est très bien de sa personne, enfin, je trouve. Grand, chevelure argent, athlétique, avec des yeux d’un bleu très clair. Il a un sourire ravageur et une voix…

Troisième verre de fin

Je n’ai plus peur de rien

Je me transforme

En moulin à paroles

Je te regarde dans les yeux

Tu me sens chavirer

Et ma vérité dangereuse

Est- elle réelle ou rêvée…

Ma chanson se termine comme elle a commencé : décousue, déjantée. Et non, S. n’est pas arrivé. J’ai toujours oscillé entre l’ivresse avec lui, et celle avec mon monsieur inaccessible. Je parle de qui, ici. Je me le demande encore. Quoi qu’il en soit, même si je ne suis pas une alcoolique, j’aime boire, j’aime le goût de l’alcool, que ce soit du vin ou des cocktails, j’aime la griserie discrète qui s’insinue en même temps que le liquide, j’aime être un peu désinhibée juste ce qu’il faut, pas trop…

Je pense à lui qui, jamais ne perd le contrôle mis à part quand il a bu. Je ne l’ai jamais vu vraiment ivre… mais bon, je ne le connais pas vraiment non plus.

« On trinque au plaisir ? ».

Nous sommes toujours assis sur son lit.

Je porte toujours mon string, et lui, il est nu…

Son sexe est en semi- érection. Cela n’a pas l’air de le gêner que je le regarde. Enfin, que je les regarde. Successivement ce qu’il a entre les jambes et son visage, ses yeux qui pétillent, ce petit sourire un peu railleur.

Il tient son verre de vin dans la main droite. Il en boit de temps en temps une gorgée.

« C’est vraiment pas dégueu, ce Saint- Julien. »

Après quelques minutes, il poursuit :

« Bon, on remet ça ? Je suis certain que t’as encore faim. Moi oui, en tous cas. Alors, tu proposes quoi ? Tu veux peut- être que je m’occupe de toi ?

- …

- Tu me fais confiance ? »

Je me souviens de quelque chose. Était- ce la découverte de la pratique ou simplement son nom qui l’avait titillé quand il avait un peu plus de 20 ans ? Mais je n’oserais jamais lui poser la question. Je l’ai connu tellement farouche, peu loquace, que ce serait sans doute exagéré que je lui parle de cunnilingus.

« J’ai un peu froid. Je peux retourner sous la couette ?

- Ok. Je vais mettre les verres sur la table. Je te rejoins.

- …

- On va pouvoir recommencer : je bande de nouveau… »

Hmmm, mon audacieux. Je réfléchis vite. Que puis- je lui demander, lui proposer ? Une fellation « améliorée » ? Non. Ce sera pour un peu plus tard. Qu’il me sodomise ? Non plus. Pas encore assez dilatée par là pour cela.

Je soulève un peu la couette, histoire qu’il me rejoigne. Il se glisse à côté de moi.

Nous sommes à nouveau l’un contre l’autre. Je sens son érection. J’ai envie de me frotter à lui, telle une jeune chatte. J’ai appris, il y a peu, que certains messieurs sont sensibles à l’excitation ressentie par une femme se masturbant sur leur cuisse, leur ventre. Je sais que c’est vrai… J’ai déjà testé.

Je suis à sa gauche.

« Je fais quoi ? Je reste sur le dos ?

- Oui, je vais m’occuper de toi mais… no stress, ça va me…

- En gros, c’est pas « rien que pour moi » ?

- Voilà, t’as tout compris. Laisse- moi faire, tu veux.

- …

- Si tu peux juste me retirer le string ? »

J’enserre sa cuisse entre les miennes. Mon sexe commence par effleurer sa jambe. Les frôlements se transforment en pressions de plus en plus fortes. Je dégouline. J’ai à présent les lèvres inférieures plaquées contre sa cuisse gauche. Je dois lui donner l’impression que je suis un petit animal genre koala accroché à sa branche d‘eucalyptus comme si sa vie en dépendait. Il doit m’entendre gémir. Je m’en fiche, en fait. Je préfère me laisser aller au plaisir.

Je continue mes frottements sur sa cuisse. J’aime ça, sentir ses poils un peu drus. Il accompagne mes mouvements tout en douceur, en me tenant le bas du dos à la limite de mes fesses. Sa pilosité joue avec mes nymphes. Celles- ci sont épilées et d’autant plus sensibles.

A force de me masturber de cette façon, je sens que lui aussi, il arrive à un point de non- retour niveau excitation.

« Tu vas me laisser me branler ou… ? »

C’est la question que j’attendais… mais je ne réponds rien. Je préfère l’enjamber. Il est à présent entre mes cuisses, toujours sur le dos. Et moi, je me retrouve au- dessus de lui.

Je place mes mains de part et d’autre de sa jolie frimousse. Je regarde ses yeux qui brillent, ses longs cils qui battent. Nos sexes sont en contact. Le sien est dur, très dur. Je me mets de telle façon qu’il sente mon intimité trempée et en attente de lui. Ses mains à lui sont à présent au creux de mes reins. Il me serre, intimement, contre lui. Je sens ses mouvements qui se précisent, son souffle un peu se précipiter. Nos corps ondulent. Non, je ne veux pas qu’il me pénètre déjà. Ça, ce sera pour la fin, en guise d’apothéose…Je suis plutôt à me tortiller sur lui pour qu’il durcisse un peu. Qu’il durcisse encore un peu.

Je joue avec l’extrémité de son sexe. C’est le bas de mon ventre qui fait bouger son prépuce, découvrant le gland, le recouvrant, simplement avec son mouvement.

« Hmmmm…

- Tu aimes ?

- Hmmmm, oui….

- Je bouge plus vite ?

- T’arrête pas.. »

Je reprends mes va et vient sur son membre. J’ai écarté mes lèvres du bout des doigts. Mon bouton est en contact avec l’extrémité de sa jolie queue. Ces frictions sont délicieuses.

« Je viens… »

Et moi aussi, je viens. Tu sens, mon audacieux. Tu sens comme je me liquéfie, combien mes mouvements deviennent désordonnés et mon souffle s’accélère. Serre- moi plus fort encore.

C’est rien d’extraordinaire, comme truc, mais c’est bon, c’est toujours bon.

Je sens son éjaculation contre mon ventre. Je sens son abandon entre mes jambes. Je sens ses frissons et j’entends ses grognements. Non, il ne me traitera pas de diablesse, de salope, de cochonne, de vicieuse. Il ne me dira pas non plus qu’il est conscient que je l’aime et qu’il s’excuse de ces années où il résistait, où il ME résistait. Juste un long râle qui se termine dans un soupir.

Je n’attends pas de lui qu’il se lâche au point de prononcer des mots d’amour. Et puis, je sais bien que « dans cette situation », les mots n’ont rien de réel. On s’emporte, on s’enflamme, grisé par le désir et souvent, cela dépasse ce qu’on pense. Et lui, je suis certaine qu’il ne pensera jamais une chose pareille.

Son corps jeune et souple est à présent tout à fait détendu. Il n’a pas produit un effort intense. Il a juste joui de mes frottements. Je repense aux paroles de mon correspondant « l’amour, cette science- friction ». C’était bien trouvé, ça. Et puis, c’est si vrai, quand on met certaines sensations en parallèle. Mais bon, l’amour, entre lui… et moi. Surtout lui. Puisque de moi, il est en priorité et pratiquement uniquement question de cela, mon amour pour lui.


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