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Épisode 2 : Déshabillages (2) - Si tendrement

« Déshabillage, oui, mais tout en tendresse » . Pour écouter Si tendrement.

Juste une intro dans les graves du clavier. Un rythme un peu chaloupé qui ressemble au niveau harmonique au thème musical des films de James Bond, vous voyez, cette montée chromatique…

La première fois que j’ai joué ce truc en public, c’était au bord de l’eau, lors d’un vernissage d’une expo photos. Les gens n’étaient pas vraiment là pour m’écouter mais cela m’importait peu. Il y avait des amies qui avaient fait le déplacement et j’étais heureuse de les voir ! Il n’y avait pas encore de paroles. Je m’étais servie de l’accompagnement pour faire une mise au point du niveau sonore du clavier : ce qui sortait des enceintes devait rester discret pour ne pas couvrir ma voix.

D’abord, je retarderais le moment

Où je te verrais totalement

Totalement nu

Parce que, parce que c’est très excitant

De dévêtir quelqu’un lentement

Si lentement

Je le ferais en m’arrêtant souvent

Pour te regarder

Pour t’entendre respirer

Et reprendre ton souffle

Je ne voudrais pas que tu m’aides

Juste que tu profites de mes doigts

Et j’embrasserais chaque petite partie découverte

Tendrement

Si tendrement

Si tendrement

Oui, je sais, c’est un peu mièvre. C’est souvent un peu mièvre, quand je pense à lui, à la manière dont je lui donnerais du plaisir. Je ne sais même plus si j’ai réellement envie de cela. Il y a tellement d’indifférence de sa part. C’est pas « une grande histoire d’amour ». Enfin, si, de mon côté, oui. Mais absolument pas du sien. Toutes mes chansons sont fantasmatiques…

Ce que je sais aussi, c’est l’émoi qu’il provoque toujours en moi. J’ai beau me dire que je lui suis indifférente, je rêve toujours à quelque chose. De la tendresse, des caresses, me retrouver contre lui. Et même si ce n’était « que cela », que je puisse être dans ses bras, simplement, la tête contre son épaule, je serais au paradis.

Et, et quand tu serais nu

Je ne te demanderais rien d’autre

Que de te laisser faire

Je t’embrasserais, je te, je te caresserais

Et je m’occuperais avec adresse

De ton corps de rêve

Je voudrais que tu te répandes partout

Que tu re liquéfies

Que tu t’essouffles sous mes doigts

Que tu perdes la tête

Que tu me murmures que tu aurais dû

Me faire confiance

Et depuis tout ce temps, que tu m’aimes

Tendrement

Si tendrement

Si tendrement

C’est bête, tout de même, d’être « la voix royale pour le plaisir » de l’un et « la perle » d’un autre, « la complice délicieuse » d’un troisième, « la petite vicieuse adorable » d’un quatrième. Pourquoi ne suis- je rien pour lui ? S’il avait eu le cran, il y a une bonne dizaine d’années de se lancer dans… la gueule du loup, on n’en serait pas là aujourd’hui.

Et puis, quand tu aurais joui une fois, deux fois

Je te dirais que j’ai envie

Qu’on mélange nos notes

On boirait un verre de vin ensemble

Et puis, on recommencerait de s’aimer

Moins calmement

Mais tendrement

Si tendrement

Si tendrement

Le vin, c’était une allusion discrète à cette bouteille et demie qu’on a flûtée un soir d’août, la veille de mon anniversaire, s’en souvient- il ?

Ça m’avait tourné la tête.

Je lui avais proposé quatre desserts différents après le repas et il avait choisi… les macarons au gingembre, s’en rappelle- t- il ?

Ça m’a fait sourire…

Et là, on y était… La promenade n’avait pas été longue. Pas plus d’un petit quart d’heure, je dirais. On avait roulé silencieusement. On ne s’était pas regardés non plus. Sans doute la gêne, la peur.

Moi, celle de me montrer trop empressée, lui, craignant peut- être les questions du genre « alors, tu veux enfin de moi… Qu’est- ce qui t’a fait changer d’avis ? »

On était là, un peu patauds, l’un à côté de l’autre. De temps en temps, il jetait un coup d’œil au rétroviseur de la voiture pour être certain que nous n’étions pas suivis. Oui, ça fait un peu « espionnage » mais bon, il faut tout de même se souvenir que je suis mariée, que lui, il est bien plus jeune que moi et en couple, que même si mon mari n’est pas hostile à une aventure entre ce jeune homme et moi, le regard qu’il portera après sur moi, sa gentille et sage épouse…

Donc, mieux vaut être seuls, vraiment seuls.

J’ai tour à tour le cœur complètement affolé, puis, battant comme au ralenti, la bouche sèche et la langue pâteuse, les lèvres serrées qui tremblent, et dans les yeux, bon dieu, dans les yeux : des larmes… de bonheur.

Je ne sais pas du tout comment les choses vont se passer. Il y a longtemps, j’avais imaginé que nous nous retrouverions lui et moi au lit ensemble. Et puis, les choses étaient si compliquées entre nous que j’ai refoulé (et oui, encore) ces envies très profond.

Ce que je voudrais juste, c’est lui donner tout ce plaisir que je dispense à d’autres virtuellement. Mais je voudrais que ça, ce soit quelque chose d’ « à part », de magique, de tellement fabuleux qu’il ne m’oublie jamais, qu’on soit liés pour la vie. Je veux le rendre heureux, qu’il se sente viril. Qu’il sente qu’il peut me combler parce qu’il est un bon coup. Oui, je sais, ça peut paraître idiot mais je sais que les hommes sont sensibles à ça, au fait de pouvoir satisfaire une femme. Et cela même s’ils ne sont pas amoureux. C’est comme si leur « survie » en dépendait. C’est dans leur tête et dans leurs tripes.

Donc… Je le laisse approcher, comme un animal féroce hypnotise sa proie avec des regards enjôleurs : tu ne risques rien, tu vois bien !

Et ça marche… Là, il a coupé le contact. M’a fait signe. « On est arrivés ».

L’endroit est mal éclairé.

Alors, je réfléchis très vite : je tente quelque chose ou… on attend d’être montés. Je suppose qu’on est arrivés à son appartement…

« Tu permets, je prends un truc dans le coffre. Tu peux sortir si tu veux. »

Toujours pas un mot de moi. Il a du mal à me reconnaître, je m’en rends bien compte. Et ça me fait sourire intérieurement… « Alors, tu vois, mon audacieux : depuis des années, tu imagines que je parle de manière écervelée, que je suis toujours à te houspiller, à chercher la conversation avec toi et à présent… J’ai tellement changé, j’ai tellement appris à être celle qui ne te ferait pas peur, qui ne te ferait pas fuir non plus… ».

Je suis descendue de sa voiture, silencieuse. J’avais mon sac en bandoulière et lui, un petit sac à dos noir endossé à moitié. Il a repris ma main après avoir ouvert la porte de la maison.

« Prête pour le grand saut ? »

Oh, oui, si tu savais, mon audacieux… J’anticipe le fait que dans quelques minutes, nous serons l’un contre l’autre. Celui aussi que cette nuit, il deviendra mon amant. Que, comme dans ma chanson « si tendrement », je vais prendre un temps infini pour le déshabiller. Effleurer chaque petite partie réactive de son corps, son corps à tomber qu’il cache sans arrêt. Que je recommencerais de le respirer. Que je le regarderais, à m’en crever les yeux de plaisir. Le buste, le ventre, surtout le ventre et ce duvet fin que j’ai découvert il y a tant d’années sur une photo qu’il avait sans doute mise en ligne exprès pour moi… et que j’ai sauvée sur mon ordi. Juste le dessous de son nombril, une petite rivière de poils châtains qui se dirigeait… hmmmm… rien qu’à y penser, j’en tremblais déjà. Mon cœur faisait des grands bonds dans ma poitrine. Je savais que j’allais perdre pied.

Il ne fallait pas que je perdre la tête. Juste me servir de tout ce que mes amants virtuels m’avaient appris.


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