7 minutes de lecture

Épisode 13 : Les intimes (3) - Tout feu tout flamme

Ah, mon cher monsieur, mon mentor, il vient d’arriver… Cela tombe bien : la chanson que je viens de terminer, c’est une de ses préférées. J’avais les yeux fermés tant j’étais concentrée et pénétrée de ce que je racontais. Je pensais et repensais aux stratégies que j’ai déjà mises en place pour… Je saurai sans doute plus tard pourquoi il est tellement en retard… Je voulais tant qu’il soit là et à présent, je me sens comme déshabillée, nue, face à lui et aussi à ces gens qui m’écoutent. J’ai une boule dans la gorge parce que je ne voudrais pas le décevoir. Ce que je raconte dans mes chansons, peut- être va- t- il se dire « mais je reconnais ces situations » et être étonné des sentiments que mes mots véhiculent. Et puis, au final, le savoir là, ça me donne un coup de boost pas possible. Je me dis que je peux compter sur lui, sur sa présence et son écoute attentive et bienveillante.

Cette chanson- ci, elle est vraiment particulière. Elle parle de la manière dont mon musicien poly-instrumentiste s’occuperait du corps d’une femme comme il joue de son instrument de prédilection. De cet instrument- là, il a « vraiment » appris à jouer : ce n’est pas juste « je m’débrouille ». Il a un son suave, velouté. Et j’ai pensé à certaines choses qui se passent et se passaient quand j’allais le voir en concert…

Tes doigts, tes doigts si caressants, si doux

Effleurent, effleurements insignifiants

Tes doigts savants, je les voudrais fous

Ils seraient comment sur un corps de femme

Hésitants et tremblants

Mais tout feu tout flamme

Tes yeux, tes yeux dans le vide pourtant

S’accrochent, s’accrochent à leurs rêves là- haut

Tes yeux inquisiteurs, c’est chaud

Ils seraient comment sur un corps de femme

Hésitants ou brûlants

Mais tout feu tout flamme

Pour ce qui était de le regarder, justement, cela peut paraître étrange mais… je ne le faisais pas beaucoup. Il m’impressionne tellement, et moi, j’ai si peur de lui « faire le même effet » que bien souvent, j’évitais son regard. Pas de l’impressionner, non, de le troubler.

Et cette chanson, c’est ça. Mes imaginations…

Et s’il me traitait comme son instrument ?

S’il me touchait de la sorte, les doigts déterminés et voltigeurs… Les yeux perdus dans ses rêves mais que, de temps en temps, comme dans un sursaut, il pose sur moi de manière intéressée, curieuse…

Ton souffle, ton souffle régulier, dosé

Précis, précisément très calculé

Ton souffle quand tu aurais du plaisir

Il serait comment sur un corps de femme

Hésitant ou haletant

Mais tout feu tout flamme

Et son souffle… chaud, un peu précipité, qui … déconnerait parce qu’il est excité… Encore faut- il qu’il le soit. Et je ne suis pas vraiment celle qui lui ferait perdre les pédales de cette manière. Mais bon, on peut toujours rêver.

Ta langue, ta langue agile et licencieuse

Détache, détachements, slaps et attaques

Ta langue qui explore l’intime

Elle serait comment sur un corps de femme

Hésitante ou affolante

Mais tout feu tout flamme

Le dernier couplet, c’est celui que je préfère. La langue impudique, qui se faufilerait… Hmmm. Je dis « sur » un corps de femme, mais ce serait plutôt « dans » un corps de femme. Le mien, en l’occurrence… Mais je rêve. Je rêve depuis si longtemps…

… Le plaisir qu’il m’a donné et la fièvre de mon orgasme l’ont enflammé réellement. On pourrait parler de violence, même.

Les échanges de fluides, les morsures, les insertions délicieuses, tout n’a été qu’un vaste terrain excitatif.

Nous sommes enlacés, comme pour reprendre nos esprits. Il me regarde, tendrement. Et moi, je fais pareil : je le trouve si beau, tellement mâle dans l’abandon qui suit l’orgasme qu’il m’a donné. Sa main gauche traîne dans mon cou, descend près de mes seins, contre mon ventre, entre mes cuisses. Je voudrais faire pareil, le chérir, lui montrer que moi aussi, ça m’a bouleversée, tout ce plaisir.

« Je nous sers un autre verre ? »

Je ferme les yeux : je ne veux perdre aucune de ces minutes précieuses, de ces instants de pur bonheur. Mon A(udacieux), mon cher A. , celui que j’aime et adule depuis si longtemps, à portée de doigts mais surtout à portée de mon cœur : c’est trop beau.

Je n’ai jamais voulu d’une histoire de baise. C’est véritablement une histoire d’amour. Et c’est sans doute de cela dont il a peur depuis tout ce temps.

Alors, les yeux toujours clos, je hoche la tête de manière affirmative.

Il se lève. Remplit nos verres en souriant.

« Tu tiens bien l’alcool, toi… »

Deux verres, c’est… rien… C’est au quatrième, en général, que les choses se corsent. Et avec une bonne bouteille de Saint- Julien, je sais que je n’aurai pas la gueule de bois, donc… Pourquoi me priver ?

Il me rejoint, les verres en main. On s’assied à nouveau dans le lit mais côte à côte, cette fois- ci, la couette relevée sous les bras. De temps en temps, ma tête rejoint son épaule. Je suis bien. J’aurais envie de pleurer de bonheur.

La nuit est bien avancée. Nous ne sommes pas fatigués vraiment. Le vin nous suspend dans l’état euphorique des jouissances que nous venons de nous donner. Nuages doux et un peu fous, enveloppant. Il n’y a pas beaucoup d’autres mots pour qualifier ce que je ressens.

Et pourtant…

Pourtant, il reste encore la folie d’une étreinte que j’attends… L’étreinte et … la folie. Les deux choses mêlées…

Je mets tant d’importance et de poids là- dedans. Il doit bien s’en rendre compte, non. Jusqu’à présent, c’était « juste des préliminaires ». Du moins, c’est ce que les bouquins racontent. Que les pratiques orales, ce sont les prémisses de… Combien elles ont été agréables, intenses, mais toujours respectueuses.

Et là, à nouveau, je me dis « Alors, maintenant, on y est. Oui, je trompe mon mari depuis le moment où j’ai accepté ses baisers, ses caresses. J’ai franchi le pas en le gratifiant d’une fellation ô combien magique – autant pour lui que pour moi. Et oui, je lui ai permis de me sucer… Mais à présent, il reste… l’apothéose. »

Nos verres ne sont pas vides. Le mien, pratiquement, mais le sien seulement à moitié. Avec nonchalance, il me le prend des mains et les dépose tous deux à côté du lit. Il passe la langue sur ses lèvres. Son front est moite, son buste aussi. Un voile de sueur.

Nous sommes nus, l’un à côté de l’autre, l’un contre l’autre. Et, à présent, tout naturellement l’un DANS l’autre.

C’est lui, maintenant, qui me chevauche. D’un geste rapide et très calculé, il fait entrer son sexe dans le mien. Je suis toujours aussi mouillée et cela se passe de manière tout à fait évidente et fluide.

Un premier coup de rein, pour s’enfoncer en moi bien profond.

Nous avons fermé les yeux tous les deux pour profiter de nos sensations.

Un deuxième coup de rein, plus rapide. Un troisième…

Chercherait- il le meilleur angle ?

Et puis… je ne les compte plus. Un ballet qui donne l’impression de ne jamais vouloir s’arrêter, de ne plus POUVOIR le faire.

Nos rôles ont changé : moi, je suis passée de la passionnée à la réservée. Il est vrai que depuis le moment où nous nous sommes croisés tout à l’heure et avons commencé d’échanger, je me suis bien gardée de trop parler, de lui jeter des regards énamourés. Mais ce trouble qui est le mien est tel un petit animal sauvage dompté de façon très sévère. Lui, par contre, d’habitude, tellement introverti, il laisse le feu intérieur prendre le large : c’est tout son corps qui est brûlant, ardent. Il a perdu la contenance sage qui le caractérise.

Les coups de rein s’enchaînent, les pénétrations, les morsures, les « je te la mets loin : tu sens comme je te remplis ? »…. Il me remplit d’aises, oui. Il me remplit de lui, aussi. Il me réconcilie avec moi- même. Il est parfait…

Je sens mon vagin se contracter, encore. Et lui, il pénètre en moi. Il est enserré en moi… Prisonnier. Très raide. Très gonflé.

Mon intimité trempée le laisse glisser. Et puis, délicieusement, il me fait changer de place. Il me maintient intimement contre lui et nous nous retrouvons, lui, le dos contre le lit et moi à califourchon sur lui. Je lui fais l’amour, très tendrement.

Il m’empoigne les fesses, me fait bouger sur lui, imprimant des mouvements lascifs à nos bassins. Et puis, sans crier gare, de sa main droite, il cherche ma rosette, délicatement. Il passe un doigt dans ma raie qu’il longe dans un geste déterminé, évident. Aucune hésitation : il sait où il veut aller. Et… y arrive.

Le doigt titille l’entrée de mon anus et puis….

Comment sait- il que c’est cela qui me fera vraiment hurler et jouir ?

Je suis silencieuse. Aucun cri, aucun grognement. Juste la jubilation. La seule chose qui me vient en tête, ce sont les noms que, dans l’intimité de mon cœur, je lui donne quand je pense à lui, quand, de manière fantasmée, il est à côté de moi et qu’il me regarde sans me toucher, ou qu’il est en moi et que cela me procure un plaisir fantastique.

Et là, je me dis : de savoureux, il est devenu audacieux et à présent, il est… FABULEUX.

Et lui, il se lâche complètement. Il se laisse emporter dans l’orgasme.

Je me souviens…. Je me souviens qu’à ce moment, il m’a dit des mots un peu crus…


Appuyez sur "Entrée" pour effectuer votre recherche