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Épisode 14 : Les intimes - Les yeux fermés

Une petite surprise attend mes auditeurs (et uniquement eux) en fin d'enregistrement…

On arrivait en fin de concert. La tension était palpable. Celle des émotions partagées, des regrets enfouis qu’on laisse resurgir.

Cette dernière chanson parlait de ses yeux. Ses yeux qu’il clôt souvent pour se plonger en lui, dans ses sensations et retrouver ainsi son calme, sa pseudo- assurance, son flegme.

C’est quand tu as les yeux fermés que tu es le plus beau

Tu n’as pas besoin de battre des cils, d’en faire des tonnes

De me transpercer de ton regard profond

Je sais que tu es là, à l’intérieur de toi

C’est quand tu as les yeux fermés que tu me troubles le plus.

Tu n’as pas besoin de parler parce que je m’imagine

Que tu me déshabilles lentement en pensée.

Et que tu te réfugies à l’intérieur de moi…

C’est quand tu as les yeux fermés que tu me fais décoller.

Tu n’as pas besoin de me regarder, de me toucher,

De me goûter, de me respirer

Contente- toi de me chercher délicatement…

Reste les yeux fermés

N’effleure pas mon ventre

La chaleur de tes doigts

Les effluves de ton corps

Juste cela me suffit

Reste dans le silence

Ne prononce pas un mot

Nous partirons ensemble

Je me souviens qu’il a dit des mots un peu crus, mais pas tant que ça, pour la crudité et pour le nombre.

Je me souviens qu’il m’a dit qu’il m’aimait.

Je me souviens qu’il m’a dit que la manière dont nous avions fait l’amour et le reste lui avaient plu infiniment.

Je me souviens qu’il m’a dit qu’il n’oublierait jamais cette nuit.

Je me souviens qu’il m’a dit que oui, même s’il y a toutes ces années entre nous, mon corps a parfaitement répondu aux envies du sien.

Je me souviens qu’il m’a dit qu’il ne m’oublierait jamais…

Et moi, je pleurais… et je pleure encore. De tout ce bonheur partagé, de tout ce plaisir.

….

Les années ont passé. Quinze, déjà. Nous ne nous sommes plus revus « vraiment », du moins, de cette manière.

Je pense que l’un comme l’autre, nous avions peur de briser la magie de cette nuit particulière où nous avions fait l’amour aussi intensément.

J’avais enfin connu la chaleur de ses bras et de sa peau, le parfum de sa toison, le goût de ses baisers et de son sperme. J’avais été heureuse moins de 8 heures mais cela avait remplacé ces années de disette auxquelles il m’avait contrainte.

Ma petite- fille la plus âgée avait à présent vingt ans, son aîné à lui un peu plus de quatorze. Il était né une nuit du mois de janvier suivant cet après- concert d’avril.

J’avais calculé qu’il devait avoir été conçu quelques jours après notre « nuit d’amour ». Et je rêvais, un peu secrètement, qu’il était toujours sous le coup des souvenirs et des émotions de nos étreintes, qu’il avait pensé à moi, juste un peu, en …

Cet ado, donc, avait les yeux verts écume de son père et son air de chat effarouché. De qui avait- il hérité les cheveux châtain foncé, le nez en trompette et la bouche un peu large ? Personne ne le savait mais pas de sa maman, en tous cas.

J’en étais la marraine et quand je le regardais, aussi beau, aussi talentueux, aussi … je me disais : dans six ans, à peine, il aura l’âge que son père avait quand nous nous sommes croisés pour la première fois, un samedi de juin. Et il me fera certainement rêver autant que lui (son père).


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