6 minutes de lecture

Épisode 3 : Mots magnifiques (1) - Corps à mots

« à présent, trois chansons aux paroles magnifiques. Si je dis qu’elles sont magnifiques, c’est parce qu’elles ne sont pas de moi… Pour les deux premières, c’est une compilation de phrases venant de Twitter. »

Do mineur… Pas d’intro. On entre tout de suite dans le vif du sujet…

Tous ces mots qu’on se chuchote

Dépassent l’entendement

Près de toi, je suis toujours à l’article de l’amour

S’enflammer nous glace le sang

On s’éprend puis on sème le trouble

Près de toi, je suis toujours à l’article de l’amour

Pour celle- ci, Marianne m’accompagne. Elle est pianiste comme moi mais c’est son violoncelle qui chante sur ce morceau- ci. Ça donne une impression de profondeur pareille à celle que j’ai ressentie en lisant ces mots pour la première fois. Sur Twitter, oui. Quelqu’un qui m’a envoûtée dès le début. Un « grand amateur », de leurs jeux, de la manière élégante, raffinée de les combiner pour faire naître des émotions magiques. Au fil du temps, je me suis même dit que si j’avais choisi ces phrases- là, c’était parce qu’elles m’inspiraient des choses que je ne parvenais pas à dire aussi clairement…

L’amour, c’est quand nos textes s’emmêlent

Ayons faim de prémisses, la pudeur, ça lasse

Je veux rejoindre tes abscisses désordonnées

J’espère tes douces aspérités, tes mots susurrés me dévoient

Je rêve nos sagesses dans de faux lits

Le plaisir nous en fait voir de toutes les douleurs

Rester près de toi et m’enfouir : tu es ma liaison d’anges heureux

Et nous sommes devenus amants virtuels. De douceurs en folies, de sérénité en fougue. Des moments magnifiques, des étreintes fabuleuses. Rien que de l’irréel mais qui je me sentais si vivante… Et puis, le temps a passé, les échauffements aussi. Il reste, de toute manière, quelqu’un qui a vraiment compté pour moi, même si lui, ce fantasme qui est ma muse, il plane encore et toujours au- dessus de nous…

Je t’écris à y perdre des plumes

L’amour, cette science- friction

Je suis textuellement dépendant de toi

T’aimer sans fin, jusqu’à l’ultime atome

Tu es mon inspiration à couper le souffle

Tu es mon premier état second

J’ai tout fait pour respirer près de toi

Les vies denses sont mystérieuses

S’écrire… Lui écrire, ne jamais renoncer. Il fut un temps où il ne m’accordait qu’un jour par semaine pour lui envoyer un petit mail… J’avais choisi le lundi. J’aurais peut- être dû fixer mon choix sur le vendredi, comme dans la chanson de Cure… Je ne lui racontais que des choses banales, lui envoyais des liens de tel concert, de telle photo… Je ne parlais jamais de mes sentiments. Il en faisait ce qu’il voulait mais quand je me rendais compte qu’au final, il appréciait (évidemment, il ne m’en touchait mot), ça me réchauffait vraiment le cœur…

Et oui, aussi, je me disais que lui, pas mon monsieur de Twitter, non, mon musicien poly-instrumentiste, il m’avait toujours inspirée : dans mes chansons, dans mes textes…

Et pour les « vies denses », c’est une évidence, tout ce que, grâce à lui, j’ai été capable d’extirper de ma petite cervelle d’oiseau.

« Je passe devant toi et je t’ouvre… »

Je regarde son dos. Ses épaules larges. Sa jolie carrure. Et ses fesses… Oui, il est toujours habillé, bien sûr, mais juste comme ça, il est déjà tellement appétissant.

Mon monsieur de Twitter, celui qui m’a ouvert mes boîtes de Pandore, comme je le lui ai dit souvent, il aimait s’exhiber devant moi. Il m’envoyait son dos nu, ses fesses tout aussi nues et… une autre partie de son anatomie dont je ne parlerai pas. J’aurais voulu voir son ventre. J’aime les ventres, et les jolis petits fessards aussi. Mais ça, jamais…

Alors, je n’ai en tête que le ventre de mon audacieux…

Et là, je vais le voir, je vais pouvoir le regarder, m’en bafrer. Et j’espère que cela ne se limitera pas à ça (le regarder et rien que lui, pas une autre partie délicieuse de son corps de rêve).

Donc, il passe devant moi et introduit sa clé dans la porte de son appart.

Comme j’en ai rêvé de cet endroit… Il est vraiment à l’image de ce que j’ai imaginé.

Oui, je sais, il y a des choses pour lesquelles il est très méticuleux, et puis d’autres où c’est une vraie débâcle.

Par exemple, pour ce qui est d’être précis, il s’agit plutôt de son boulot. Son ordi doit être rangé nickel, afin qu’il n’ait pas de mal à retrouver tous les fichiers dont il a besoin pour bosser.

Par contre pour le reste…

Mais là, non, ça va : on n’ira pas jusqu’à dire que c’est rangé impeccablement mais il n’y a pas d’habits qui traînent un peu partout, ni de bouteilles de bière, ni de restes de plats livrés tout prêts. Non, juste une pile de papier sur sa table de travail, des post- it sur l’écran de son ordi, l’un ou l’autre bouquin. Le lit est fait. Il y a des coussins dessus. C’est plutôt sympa. Pas, en tous cas, une garçonnière ou une chambre d’adulescent. Non, plutôt le logement d’un jeune adulte, passionné par son boulot, ayant une petite vie sociale tranquille et une vie sentimentale et/ou sexuelle non dissolue. Cela me plait. Ce dont je suis certaine, c’est qu’il n’a pas « rangé exprès pour moi » : c’est juste l’ambiance habituelle. Ce n’est pas très grand. Il y a une cabine de douche dans un coin, pas une vraie salle de bain mais ça n’est pas dérangeant. Je ne m’attendais pas, de toute manière, à un véritable appartement avec une chambre et une cuisine séparées. Non…

Donc, je suis là. Avec mon sac en bandoulière. J’ai chaud même si on n’est encore qu’en avril. Je me dis que jamais, je n’oserais me déshabiller devant lui, qu’il est bien trop beau et trop bien fichu pour … Il me regarde. Il me sourit gentiment.

« Pas trop stressée ? »

Ce n’est pas la première fois qu’il me pose une question mais cette fois, je ne peux m’empêcher de réagir en rougissant telle une collégienne. Mais si, que je suis stressée. Tu dois bien t’en douter. C’est comme un examen très difficile à passer. Je ne veux pas te décevoir, je veux être parfaite. Je veux que tu n’oublies jamais ce moment. Et déjà, je pars avec un fameux handicap : je n’ai plus rien d’une jeune fille extérieurement. Pour le cœur et ce qui se passe dans ma tête, oui, mais… Te rends- tu compte de cela ?

« Arrête de rougir comme une petite fille : je ne vais pas te manger… «

Il me sourit à nouveau, tendrement, si tendrement. A nouveau, je me sens fondre. Une petite fossette. Cette petite fossette, qui creuse un peu sa joue droite. On ne la voit pratiquement plus, maintenant, simplement parce que depuis un moment, déjà, il se laisse pousser la barbe. J’ai déjà eu envie plus d’une fois de lui dire que ça ne servait à rien, qu’il aurait toujours l’air jeune et cela, même s’il perdait tous ses cheveux, s’il devait prendre un peu de poids, si les petites rides autour de ses yeux se dessinaient plus profondément. Il est tellement … beau….

Alors, voilà. Mon trouble est apparemment bien visible. Tant pis.

« Assieds- toi où tu veux. Je te sers un verre de quoi ? »

Là, impossible de ne rien dire…

« Quelque chose pour te détendre ? »

J’ai envie de lui répondre : mais oui, tu vois bien combien je me fais un monde de ce moment. Je pensais être sûre de moi mais non, en fait. J’ai bien peur de perdre tous mes moyens, comme on dit, simplement parce que je voudrais être parfaite.

« Tu ne bois pas de bière, hein ? Alors, je te propose d’ouvrir une bouteille de vin… Je pense qu’il m’en reste une ou deux de Saint- Julien. C’est bien ce que tu aimes, non ? »

Et là, oh oui, combien je suis touchée… Il y a, mais j’en ai déjà parlé, presque 4 ans de cela, un soir où il est venu souper à la maison. Et c’est une bouteille de ce vin qu’on a ouverte, et puis, une deuxième. Et c’était une soirée magnifique.

« Tu n’as pas peur de l’effet que ça pourrait avoir sur moi « ? »

Mon dieu : j’ai osé.

Il me regarde en souriant.

« Je sais de quoi tu as envie, tu sais, et tu penses bien que si je ne partageais pas ton envie, je ne t’aurais rien proposé ».

C’est vrai… C’est donc, mon cher, que tu mérites vraiment ce surnom d’audacieux que je te donne depuis le début de mon récit.


Appuyez sur "Entrée" pour effectuer votre recherche