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Épisode 4 : Mots magnifiques (2) - Talentueuse en série.

« Une fraîche de cette année… Talentueuse en série »

Une formule mélodique ressassée, encore et encore… Et puis ma voix, un peu plus grave que dans les trois chansons précédentes.

Nos amours sont fruits d’ébauche

Avec toi, je vise l’indicible

Tu es ma talentueuse en série

Sniffer ta peau à en pleurer

Ma douce, tu es ma drogue dure

S’aimer c’est savoir se rendre ses vices

Tout ce que j’ai ouï de toi est plaisir

Avec toi, je pourrais franchir l’amour du son

Ton intimité me défoule

S’enlever les mots de la bouche

Près de toi, être l’ivre ouvert

Il y avait ces dualités, ces… oxymores. Ça, c’est un mot que je connais depuis peu de temps… Un de mes correspondants me dit parfois que c’est ce que je suis. La douceur, la dureté. Et toujours ces jolis mots pour exprimer des choses troublantes. Des images délicates, pas crues. Des jeux dans lesquels une lettre donne toute la profondeur de l’histoire. Chaque fois que je la chante, celle- ci, je pense à lui, ce « dieu du son ». Cette faculté qu’il a de triturer le résultat d’enregistrements pour leur donner profondeur et légèreté…

Ce qui me tue, c’est qu’avec toi, je ne sois jamais à court de vivre

Après tout, j’aime être ton avant- coureur

Tes vagues me submergent, précisément

Tu es mon transport hors du commun

On est vraiment tous deux complets menteurs….

Expressions détournées. Ce ne sont pas mes mots mais chacune des choses me touche de par sa logique d’écriture, de par le sentiment qu’elle véhicule. C’est tendre et fou à la fois. Cela me ressemble, cela ressemble à ce que je vis et ressens.

Il a débouché une bouteille de Saint- Julien. Il en reste une autre…

Il a pris deux verres et les a remplis aux trois- quarts.

« A ta santé et à l’accomplissement de ton fantasme le plus fou ».

Nous nous regardons dans les yeux. Je suis heureuse. C’est au moins mon quatrième moment de paradis depuis le début de la soirée. Le premier, c’était ce concert. Le deuxième, c’est ma rencontre avec mon ami chanteur. Le troisième, c’est notre conversation à mon audacieux et moi. Le quatrième, c’est maintenant. Il sait combien j’ai envie de lui. En tout et en chaque partie de lui.

Il est venu s’asseoir juste à côté de moi.

« Tu veux grignoter un petit quelque chose ? Du fromage ? Sorry, j’ai pas prévu 4 desserts comme toi. Mais j’ai essayé une mousse au chocolat. Avec le vin rouge, c’est bon, non ? »

Comme il est adorable.

« Je préfère le sucré.

- Ok… J’aurais préféré que tu me parles d’amertume mais bon…. «

Il me balance un coup d’œil un peu coquin. Oui, ça va, j’ai compris. Et oui, bien sûr, je pourrai en goûter, tout à l’heure, de l’amertume !! Il n’a pas oublié ce que je lui avais proposé il y a presque 13 ans… Oui, oui, tout ça…

Il se lève, va chercher deux verrines dans le frigo et deux petites cuillers.

« Voilà : c’est sans doute moins bon que la tienne mais je te sais indulgente quand il s’agit de moi. »

Rhoo, il n’en loupe pas une…

On est donc assis l’un à côté de l’autre dans le canapé. Je mange lentement et lui, plus vite. Il est gourmand, je sais bien. Et quand il ne reste presque plus rien dans sa verrine, il en racle bien les bords pour ne rien gaspiller… tout manger, plutôt !

Il me laisse terminer en buvant quelques gorgées de vin. Et moi, je n’avance pas : c’est vrai qu’elle est moins bonne que la mienne, sa mousse, mais cela n’a aucune incidence sur la rapidité avec laquelle je mange. C’est plutôt parce que je suis intimidée, que j’ai la gorge serrée par les sanglots et l’angoisse. Il faut absolument que je me détende, sinon, au lit, ce sera la catastrophe et je ne veux pas me montrer pitoyable… Il mérite bien mieux que cela, non ?

« Alors, tu termines ? On va pouvoir passer à du plus cru ? »

Ça, ça m’a fait sourire. Mais la mousse au chocolat, elle n’était pas cuite, tout de même ?

Insensiblement, il s’est rapproché de moi, comme si de rien n’était. Il est si près à présent que je sens son souffle dans mon cou. Son nez, son souffle, et sa bouche, et ses lèvres, et sa langue…

Je me dis que je ne vais jamais pouvoir terminer cette fichue mousse. Je n’ai pas envie de lui faire l’affront d’en laisser.

« Si tu as trop, tu laisses. Te gêne pas, surtout… »

Alors, très calmement, très raisonnablement, je dépose verrine et petite cuiller sur la table basse qui nous fait face et…

Il continue de m’embrasser le cou. La nuque. Le lobe de l’oreille. C’est délicieux.

Il dégage mes cheveux du col de la veste que j’ai gardée.

Il recommence de m’embrasser. Les joues, cette fois, de plus en plus près de la bouche mais jamais « la bouche elle- même ».

Il passe les doigts à la racine de mes cheveux, lentement.

Je m’abandonne, littéralement. Je ne fais rien d’autre que … savourer. Ses baisers, la douceur de ses doigts.

Je pense aux paroles de cette chanson : « talentueuse en série ». C’est ce que j’aimerais être pour lui : une perle rare, un flot de sensations agréables, être à la fois, la douceur et la dureté. Remplie de paradoxes, de contradictions, ange et démon, musicienne inspirée, conteuse fantasmatique…

Avec une infinie douceur, il me retire la veste.

Dans mes rêves, j’imaginais que j’aurais envie de lui sauter dessus, de le déshabiller sauvagement, de l’emboucher, de le pénétrer, de lui faire l’amour avec art et voracité.

C’est toujours ce dont je rêve mais la voie sur laquelle il m’entraîne est bien meilleure et, dans un premier temps, me convient tout à fait.

« Je peux ? »

Il me pousse un peu sur le canapé pour que je m’allonge et, je n’ai jamais imaginé que ce genre de chose aurait pu lui plaire ni qu’il me manifesterait autant de respect, il suit, depuis mon cou, la courbe de ma poitrine toujours habillée. Il passe et repasse juste un doigt. C’est si inattendu et excitant que je sens mes tétons durcir. D’habitude, il faut un temps incroyable pour que mes seins réagissent de cette manière. Ici, non… ce n’est pas fulgurant, mais beaucoup plus rapide…

Il n’effleure même pas mes mamelons, non, juste mon buste. Il contourne chacun de mes seins, s’approche de l’aréole, s’en éloigne. Il a collé sa bouche à l’endroit découvert de ma gorge et y dépose de gentils baisers tout en continuant de me caresser.

Bon dieu, mon audacieux…

« Encore, surtout, ne t’arrête pas…

- Oh, tu as retrouvé ta langue ? »

Je ne l’avais jamais perdue, d’ailleurs toi, tu ne perds rien pour attendre…

Tu vas goûter à ma langue très bientôt, si tu me laisses faire…


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