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Une rencontre, un dîner

Un vendredi soir, début novembre. La nuit est déjà tombée, il est presque vingt heure, je t'attends. Amusant, ces simples mots, "je t'attends", me font penser à l'un de mes premiers textes publiés. Il aurait pût être pour toi. Qu'importe, je t'en ai offert un autre, que tu as aimé. Il ne m'en fallait pas plus. Un peu d'appréhension, non beaucoup même, ce n'est pourtant pas la première fois que je reçois une femme, aussi superbe soit elle, à dîner. Et pourtant, là, je sens une différence. Un "je ne sais quoi" qui me pousse à ce que tout soit parfait, irréprochable. Un de mes amis qui me verrait et qui ne connait bien dirait qu'on aurait l'impression que "je joue ma vie". Il faut que je me calme. Facile à dire. Autant demander à une araignée de ne pas tisser de toile. La nervosité est une seconde nature chez moi. Ou une troisième, selon l'importance qu'elle prend.

Bon allez, on passe tout en revue une dernière fois.

Ménage... Ok.

Table... mise.

Cuisine... en ordre et les plats sont prêts.

Musique... MERDE ! Elle va arriver et un silence de mort règne ici. Bravo pour l'ambiance. Chaîne HIFI, attraper la télécommande. Je me suis embêté à créer une playlist pour la soirée, faudrait pas qu’elle tombe dans l’oubli. La musique se lance, Des flamands roses entament une douce mélodie, tout est en ordre. Je n'ai plus qu'à attendre son arrivée. Coïncidence ou non c'est le moment où l'interphone se mets en branle. Même si j'y suis préparé, je sursaute quand même. J'appuie sur le bouton et ta voix retentit.

- Bonsoir, je pense que je suis au bon endroit ?

- Je pense aussi. Bonsoir. Je t'ouvre, monte !

Le simple fait d'entendre ta voix déclenche un mélange d'émotions en moi. Joie, appréhension, nervosité... tout y passe. Moins de deux minutes plus tard et c'est la sonnerie de la porte qui prends le relais. Je t'ouvre et je ne peux m'empêcher de sourire en te voyant. Un visage d'ange autour duquel une chevelure semble appeler mes doigts à s'y glisser, un petit sourire tranquille sur les lèvres... je ne m'attendais pas à mieux. J'ouvre plus grand et t'invite à entrer. Lorsque tu passes devant moi, les effluves de ton parfum me submergent. Un regard, un geste vers toi, je m'approche.

- Bonsoir Stéphanie.

- Bonsoir Christophe.

Deux chastes baisers déposés sur des joues attirantes. Première sensation de ta peau sur mes lèvres, intérieurement je prie pour qu'il y en aient d'autres avant que tu t'en ailles.

- Je te débarrasse ?

- Avec plaisir.

Tu m'abandonnes ton manteau et je découvre ta tenue pour cette soirée. Une robe d'été, couleur violette, tenue par une seule bretelle qui te ceinture en diagonale. Elle s'arrête au niveau du genou et plus bas, des sandalettes de la même couleur ornent tes pieds. Tu es ravissante.

- Tu es superbe.

- Merci. Je ne la mets pas souvent. Je me suis dit que ce serait une bonne occasion.

- Je pense que tu as eu raison.

Je remercie le ciel d'avoir opté pour une panoplie vestimentaire qui s'accorde avec toi. Jean noir et chemise mauve pâle, étrange concordance des tons entre nous. Ton manteau sur le bras je fais un geste en avant.

- Je te fais visiter ?

- C'est si grand que ça ?

Ton rire résonne dans l'entrée et me réchauffe.

- Non mais c'est aussi une façon de te mettre à l'aise.

- Je te suis.

Nous passons en revue les différentes pièces. Rien d’extraordinaire, une grande pièce salon / salle à manger, cuisine ouverte avec vaste plan de travail, un peu plus loin un couloir qui dessert deux chambres, les toilettes et enfin la salle de bains. Là, tu t'extasies devant la grande douche à l'italienne.

- Whaou ! On tiens au moins à deux là dedans !

- Je pense oui, je n'ai pas eu l'occasion d'essayer. Pas encore.

Tu me renvoie un sourire avant de sortir, un message peut être ? Nous verrons. Nous repartons vers le salon, en passant je lâche ton manteau dans une chambre, pas la peine de la visiter, là aussi nous verrons. Je ne veux pas te donner l'idée que j'ai prévu quelque chose. Non. Un repas, c'est ce qui est convenu pour ce soir, tout en laissant une possibilité de...

Arrivés dans le salon, je t'accompagne vers le canapé, mais te laisse t'y asseoir.

- Un verre avant de dîner ?

- Mmm.... pourquoi pas. Tu as prévu quoi ?

- Attends de voir. J'espère ne pas m'être trompé.

Je pars en cuisine et reviens avec un plateau que je pose sur la table basse. Dessus, deux verres à cocktail contenant un liquide orangé, ornés d'un quartier de citron vert. Je te vois froncer les sourcils et me demande si tu as déjà deviné. Je m'assoie à côté de toi, pas trop près, mais ni trop loin non plus. Je désigne les verres.

- Alors, une idée ?

- Et bien... si tu as été prévenant, vu ta requête envoyée par le forum.... je penche pour un punch.

- Gagné !

- Tu avais dit que le mojito était trop classique, trop... effet de mode je crois.

- C'est vrai, tu as une bonne mémoire.

Je te tends un verre.

- A notre premier dîner.

- « premier » ? Tu penses qu'il y en aura d'autres ?

Tu as l'air si sérieuse en prononçant ces paroles que je reste interloqué. Et puis je comprends.

- Tu peux prédire l'avenir toi ?

- Non. Tu as raison, à notre premier dîner.

Nos verres s'entrechoquent légèrement, tu porte le tiens à ton visage, le sens et me jette un coup d’œil admiratif.

- Bien joué. Tu gagnes des points.

- Rhum blanc, pamplemousse rose, ananas, sirop de sucre de canne et cannelle. Et servir bien frais.

Tu en prends une gorgée, ferme les yeux et savoure avec un sourire. J'en fais de même, content d'avoir réussi à devancer une de tes envies.

Nous devisons gentiment, évoquons notre temps libre, de s'être affranchis des enfants et du reste pour le weekend... Nous évitons de parler boulot, météo et toutes ces banalités du quotidien. Tu me questionnes sur cet endroit.

- Alors comme ça tu as une garçonnière ou tu l'as louée pour l'occasion ?

- Ni l'un ni l'autre. Un ami me devait un service. Il est toujours en déplacement et il ne s'en sert que rarement.

- Tu lui as dit pourquoi tu en avais besoin ?

- Non mais je crois qu'il a deviné. Il m'a cuisiné un peu et a envoyé quelqu'un faire le ménage et remplir le frigo. Je n'avais plus qu'a tout préparé. Tu vois, je n'ai pas de mérite.

- Et que lui as tu fais pour avoir un tel service en retour ?

- J'ai sauvé son fils de la noyade.

Là tu me regardes comme pour savoir si je plaisantais. Je garde mon sérieux, reprends une gorgée de punch et attends.

- Sérieusement ?

- Oui. J'étais en stage de formation pour accompagner les enfants à la piscine. Son fils a eu une crampe au milieu du grand bain et a commencé à couler. J'étais à côté, j'ai pas réfléchis j'ai pris une inspiration et j'ai plongé. Je suis remonté avec lui au moment où le maître nageur arrivait sur nous, je lui ai passé le relais. C'est tout.

- C'est tout ?

- Ben oui... le gamin n'avait pas bu la tasse, il allait bien. Mais son père qui avait tout vu à passé les quinze minutes suivantes à me remercier. Depuis on est resté en contact.

Je vois une sorte d'admiration qui me gêne dans tes yeux. Je baisse les miens, vide mon verre d'un trait pour masquer mon embarras et commence à vouloir me lever... tu prends alors ma main dans la tienne et m'arrête dans mon élan. Je regarde nos mains liées, puis toi. Et j'ose. Je soulève ta main et la porte à mes lèvres. Je l'embrasse, chastement, juste comme ça, sans plus et dans un murmure te lâche :

- Merci d'être venue

Tu souris, ne cherche pas à te soustraire, j'apprécie. Je relâche ta main et enchaîne.

- Je te ressers ?

- Non... il est bon mais après deux verres comme ça, j'ai bien peur de ne plus avoir toute ma tête. Et je tiens à la garder ce soir. Tout du moins pour l'instant.

- D'accord, loin de moi l'idée de te saouler de toute façon. Je veux aussi que tu garde les idées claires.

Je suis debout devant toi, te tends la main.

- On passe à table ?

- Avec plaisir ! J'ai les crocs !

Tu me tends ta main et à nouveau je la prends, tu es là, au bout de mon bras, regard levé vers moi, épanouie, peut être simplement à l'idée d'aller (enfin!) manger. Je te lève doucement de ce canapé, tu te retrouves à dix centimètres de moi, je te tiens toujours, j'hésite à t'embrasser là, tout de suite. Je te lâche et d'un geste t'invite vers la table. Tu passes devant moi et encore une fois je m’enivre de ton parfum et, dans un sursaut d'audace, ma main se pose au creux de tes reins et je t’accompagne ainsi jusqu'à ta chaise. Tu ne fuis pas mon contact, je prends confiance en moi. Je tire ta chaise, te laisse t’asseoir, me penche sur toi et dépose un baiser sur ton épaule découverte. Tu frissonne un peu mais ne fait aucun mouvement de recul. Derrière nous, les Pink Floyds entament doucement "confortably numb" en sourdine, le morceau se prête parfaitement au moment. Je file en cuisine chercher le premier plat. Je reviens avec deux assiettes garnies, petite salade de mâche avec St Jacques. Je pose ton assiette devant toi et vois tes yeux pétiller. Bon, je ne me suis pas trompé. Je te regarde dévorer ton assiette, est-ce la faim ou le plat qui te plait ? Peut m'importe. Nos assiettes sont liquidées rapidement, entrée frugale mais appréciée.

- J'espère que tu n'as pas prévu trop lourd pour la suite.

- Non, juste une raclette.

- Hein ???!!!

Je te vois hésiter entre stupéfaction et plaisir à cette annonce. Je sais que ce plat te plaît particulièrement mais il sera trop.... lourd, oui. Et puis, on ne sait jamais, l'odeur du fromage au réveil... je tiens à éviter.

- Non, rassure-toi. Mais quelque chose qui je pense te fera plaisir.

- Allez, vas-y, fais moi plaisir.

- Est-ce une invitation ?

Les coudes posés sur la table, ton menton vient reposer sur tes mains.

- A ton avis ?

- Finissons le repas, nous verrons ensuite.

- Comme tu veux. Je sais attendre.

- J'espère ne pas te décevoir.

Je me lève pour récupérer les assiettes. Lorsque je prends la tienne, je vient frôler exprès ton poignet et ta main se décale pour continuer le contact. Un simple contact prolongé mais qui résonne comme une envie. Je m'attarde, ma peau glisse contre la tienne, je me redresse et mon autre main vient effleurer ton corps, d'une épaule à l'autre, léger mais lent, juste assez pour que tu comprennes. J'ai envie de toi, là, maintenant, je pourrais tenter, essayer... mais non. L'attente, l'envie, le désir... et surtout être sur de soi, de toi, de nous.

Lorsque j'apporte le plat sur la table, je te vois ouvrir les yeux en grand avant que tu n'éclate de rire. Hésitant au début devant ta réaction, j'ai peur de m'être trompé, puis je vois que tu ne te moques pas et je termine d'un pas plus assuré. Je te laisse commenter alors que je le pose entre nous.

- Spaghettis bolognaise. Un seul plat pour deux ? « La Belle et le clochard » ?

Je souris en rapprochant ma chaise. Tu poursuis,

- Tu te dévalorise souvent comme ça devant les dames ?

Je prends un faux air offusqué.

- Me dévaloriser, moi ? Tu te souviens de la fin ?

Tu fronces les sourcils.

- Oui. Ils ont trois petits.

C'est à mon tour d'éclater de rire.

- Je n'irais pas jusque là ! Promis !

- Bon, on attaque ?

Prenant notre fourchette nous entamons le plat gaiement, se regardant à tout de rôle pour savoir si le spaghetti tiré par l'un ou l'autre sera commun. Mais rien ne se passe comme dans les dessins animés, tout le monde le sait. Le prince charmant et la belle princesse ne sont que des illusions, mais nous jouons le jeu malgré tout. Tu restes la belle princesse pour moi. Là dessus je te sers un verre de vin, un rosé Cabardès, choisi exprès pour toi. Ton sourire de satisfaction tout au long de ce repas est le seul remerciement qui me convienne. Nous échangeons des regard, des petites confidences sur la cuisson et l'art de préparer les pâtes... Puis une dernière fourchette de ta part, un long spaghetti enroulé dessus, ses deux extrémités qui pendent, tu hésites en le voyant, me regarde et d'un signe de tête le désigne. Et je comprends. Je rapproche ma chaise de la tienne.

Ta main est suspendue, elle attend, elle nous attends. Nous nous approchons de cette fourchette, nos bouches se saisissent d'un bout et commençons à l'aspirer, lentement. Bientôt la fourchette ne sert plus à rien, nos visages se rapprochent, encore.... encore... il ne reste plus que quelques centimètres entre nos lèvres, je pose ma main sur tes doigts, tu les serres imperceptiblement, nous nous rapprochons, les yeux dans les yeux... on dirait presque un duel. Qui cédera en premier... ou pas ?

Le hasard en veut autrement. Sous nos succions mutuelles, le lien se rompt brusquement, nous laissant interloqués, presque lèvres contre lèvres. Puis en éclat de rire nous nous éloignons et nos mains se séparent également.

Finalement tu reposes ta fourchette et te renverse en arrière, ce faisant ta robe remonte légèrement, me dévoilant un peu plus tes cuisses. Tu croises les jambes, mon petit coup d'oeil instinctif, réaction primaire, ne t'échappe pas. Quelque chose vient de s'instaurer entre nous, je crois que nous le sentons. Mais ce ne sera pas à moi de prendre l'initiative. J'ai trop à perdre sur ce coup là et je ne suis pas encore assez sûr de moi. Mais cela s'accorde avec la suite. Un murmure sort de ma bouche.

- On passe au dessert ?

-Tu as prévu quoi ?

Tu as répondu sur le même ton, rendant ce moment plus intime.

-Une petite surprise...

-J'attends ! Dépêche toi, je suis impatiente !

-Je sais...

En riant je me lève, presque à regret de t'abandonner quelques instants, mais la perspective de la suite m'encourage. Je ramène les plats dans la cuisine et sort le dessert du réfrigérateur. Un dernier accessoire et je reviens vers toi.

Je ressors de la cuisine, une coupe à glace dans une main, une cravate dans l'autre. Un regard intrigué et amusé m'accompagne tandis que je me rapproche de toi.

- Une cravate en dessert ?

- Un petit jeu plutôt, mais avec ton accord. J'ai préparé un dessert exprès pour toi.

- Exprès pour moi ?

D'un geste tu balaies la table et le reste de la pièce avant de me fixer à nouveau, étonnée.

- Moi qui pensais que tout ceci était pour moi, je suis déçue.

- Non, tout est bien pour toi, mais je tenais à quelque chose de vraiment spécial pour terminer le repas.

- Et donc ?

Je te présente mes deux mains sans que toutefois tu puisses voir ce qu'elle contenait.

- Une dégustation en aveugle. Je te bande les yeux et te fait goûter. Mais comme cela demande une certaine confiance, je ne veux pas t'obliger. Tu es libre de la goûter de façon plus classique si tu veux.

Tu m'observe, restes silencieuse, ton regard passe de mes mains à mes yeux. Puis tu te redresse, croise tes mains dans ton dos, tes yeux gris bleus semblent me lancer un défi.

- Personne ne m'oblige à quoi que ce soit.

Un léger sourire au coin des lèvres, tu poursuis.

- Elle me plait cette cravate...

- Ferme les yeux s'il te plait.

Je te rends ton sourire avant que tu ne les ferme, m'approche de toi et, délicatement, en prenant soin de ne pas te tirer les cheveux, noue le ruban de tissu autour de ta tête.

- Ça va ? Si c'est trop serré tu le dis. Tes mains sont libres, tu arrêtes quand tu veux. Tu m'arrêtes quand tu veux. D'accord ?

- Oui.

Ce mot est plus qu'un soupir, comme une attente. Je penche et t'embrasse dans le cou, te faisant tressaillir. Un petit rire à peine retenu par tes lèvres que tu mords avec sensualité… tu me fais fondre par le moindre de tes gestes. Je pourrais arrêter là, enlever cette cravate et me comporter comme le ferait n'importe quel homme digne d'être avec toi. Mais non, je veux faire plus, je veux que tu te souviennes de cette soirée, peut-être même de cette nuit, je veux être au-dessus du commun des mortels avec toi. Ce soir tu es ma Déesse, tu es plus qu'une femme.

Je tire ma chaise à côté de toi, m'assoie et me rapproche. Nous sommes suffisamment près l'un de l'autre pour que tu sois obligée d'écarter les jambes afin que j'y glisse une des miennes. Ta robe remonte légèrement et je ne peux m'empêcher de détailler une fois de plus la finesse de ton grain de peau. L'a tu deviné ? Un sourire se dessine sur tes lèvres.

Je me saisis de la coupe, d'une cuillère, la plonge à l'intérieur, la ressort, garnie.

- Prête ?

- Prête.

J'approche la cuillère de ta bouche, l'effleure, tes lèvres s'ouvrent sur une bouche désirable, je fais glisser la cuillère à l'intérieur, attends. Je sens ta langue jouer avec, la presser, en tirer tout ce qu'elle contient. Je suis jaloux de cette cuillère et je me demande si tu ne le fais pas exprès. Je tire légèrement dessus et tu me la cède à regret. Tu dégustes le mélange, je devine tes papilles qui se mettent en effervescence tandis que les goûts explosent dans ta bouche. Tu avales enfin.

- Putain que c'est bon !! Oh pardon...

Tu finis cette phrase sur un rire et je ris avec toi. Tu te penches un peu en avant, tes mains quittent le dossier de la chaise pour venir sur tes cuisses.

- Qu'est-ce que c'est ?

- Une mousse au chocolat. Trois chocolats. Noir sur le dessus, fort caractère. Au milieu un praliné pour apporter un peu de sucré. Pour finir, un chocolat blanc, finir en douceur.

- C'est trop bon !

- Encore ?

- Oui !

Tu te redresse, tes mains reviennent derrière son dos. Ainsi tu sembles légèrement soumise, mais tout en restant libre de tes mouvements. C'est ainsi que je te préfère. Libre. La beauté n'a de superbe qu'en liberté. Une deuxième cuillère reprend possession de ta bouche. Tu savoures encore puis ouvres grand la bouche, quémandant encore. Cette fois c'est avec mon doigt que je te l’apporte. Lorsque tu refermes les lèvres dessus je sens ton étonnement, une légère hésitation, mais aussitôt tu fais subir à mon index le même sort qu'à la cuillère. Ta langue s'acharne dessus, tourne autour, le lèche, tes dents le retiennent et je dois tirer pour l'en faire sortir. Avisant une trace de chocolat au coin de tes lèvres, je te demande de ne pas bouger.

- Tu as un peu de chocolat sur le coin des lèvres, je vais essuyer.

Je me saisis d'une serviette et, pendant que je la déplie, entendant le bruit du tissu tu lâches d'une petite voix :

- Ce serait dommage de salir cette serviette, non ? Tu ne l'as pas encore goûté cette mousse toi...

Je m'arrête subitement, saisissant le sous-entendu.

- Tu as raison, ça serait dommage.

Je me rapproche de toi. Ton visage à quelques centimètres du mien, ta bouche à portée de la mienne. Toi, lèvres semis ouvertes, légèrement teintées de chocolat, attendant. Tu sens mon souffle sur ta joue, prends une inspiration, moi aussi. Je me lance.

Ma langue vient effleurer le coin de tes lèvres, tu ne bouges pas. J'insiste un peu plus, recueillant la saveur sucré, revient en chercher, dérive doucement de quelques millimètres... Tu ouvres un peu plus la bouche et ma langue en explore l'orée, lentement, ayant peur qu'elle ne se referme par trop d'audace de ma part. Puis je sens son homologue venir la tâter, comme pour l'inviter. Ton visage n'est plus qu'à un centimètre de moi. Tes yeux que je devine. Non... pas comme ça !

D'un geste je te retire le bandeau. Si je dois t'embrasser, si tu dois m'accepter en toi, je veux le voir dans tes yeux, je veux lire que tu le veux vraiment. Je m'écarte un peu, m'obligeant à abandonner tes lèvres, cherche tes yeux, un signe, cet appel qui fera que je replongerais sur toi. Pendant une seconde tu clignes des yeux, puis me regarde. Je ne bouge pas. Souviens-toi... s'il te plait... souviens-toi de ce que je t'ai écrit. C'était le 12 octobre dernier...

- Sache que ce sera à toi de prendre l'initiative, si un jour tu en avais l'envie.

Et ta réponse... simple, en trois mots.

- Ok je note

Souviens-toi...

Tu dois lire la peur dans mes yeux à ce moment-là. Lentement tu tournes la tête, un léger rapprochement... je m'enhardis à faire le reste du chemin. Ma bouche se colle à la tienne, doucement, comme pour ne pas l'abîmer. Cette fois je prends le temps d'enregistrer ses détails, ses contours, ses aspérités. Puis ma langue vient s'immiscer entre tes lèvres que tu ouvres et la tienne vient à ma rencontre. Premier mélange de la soirée entre nos deux corps. Moment unique qui m'accompagnera jusqu'à ma fin. Jusqu'à la fin de tout. Je me presse un peu plus contre toi, tu ne cherches pas à fuir, je reprends confiance en moi. Mes mains viennent se poser sur toi, une contre ta hanche, l'autre à l'opposé, en haut de ta cuisse. Je les fais remonter plus haut, sans me presser, mes doigts positionnés dans ton dos, les pouces en bas de tes côtes, tu te cambres, je marque un temps d'arrêt. Ne pas me presser, ne pas te presser. Nos langues continuent leur ballet, se croisent, s'entrechoquent, se goûtent, nos lèvres sont soudées, se frottent, glissent puis soudain...

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